Publié le 10 octobre 2025. Une enquête de la BBC révèle que de nombreux propriétaires à Londres contourneraient la limite légale de 90 jours de location de courte durée sur Airbnb en créant des annonces multiples pour le même logement. Cette pratique, qui rend plus difficile l’application de la loi et réduit l’offre de logements à long terme, suscite l’inquiétude des autorités locales et des résidents cherchant un logement abordable.
- Des milliers d’annonces sur Airbnb à Londres utilisent des photos identiques, suggérant une création d’annonces multiples pour contourner la limite de 90 jours de location.
- Cette méthode permet aux propriétaires de louer leur bien illégalement sur de plus longues périodes, impactant l’offre de logements et les prix pour les résidents.
- Les autorités locales dénoncent une « parodie » de la loi, tandis qu’Airbnb affirme agir sur la base des signalements des municipalités.
À Londres, la location d’un logement entier à des touristes est limitée à 90 nuits par an sans permis de construire, une mesure visant à préserver l’offre locative pour les résidents. Cependant, une analyse menée par la BBC Verify, utilisant un logiciel de reconnaissance d’images, a identifié près de 1 300 annonces pour des logements « entiers » qui réutilisaient des photographies identiques. Ces doublons, repérés sur 37 000 annonces analysées en une seule journée, suggèrent que des hôtes créent de nouvelles annonces une fois la limite de 90 nuits atteinte, leur permettant de continuer à louer leur bien sur une période indéterminée et en toute illégalité.
Pour Ciaron Tobin, un étudiant de 22 ans à la recherche d’une colocation à Londres, cette situation complique la tâche. « Les propriétés sont tout simplement trop chères pour ce que je peux gagner à Londres, surtout compte tenu des endroits où je dois me déplacer », explique-t-il. « Les prix sont désormais hors de ce que je peux me permettre. Avec Airbnb, l’offre diminue et les prix augmentent. » La politique des 90 jours, bien que conçue pour permettre un revenu d’appoint aux propriétaires, se voit ainsi mise à mal, impactant directement la disponibilité de logements abordables dans une capitale où la crise du logement est déjà prégnante.
Face à ces révélations, Adam Hug, chef du conseil municipal de Westminster, a déploré que la situation « tourne en dérision » les restrictions en vigueur. Son conseil enquête actuellement sur environ 2 700 propriétés pour des violations présumées du délai de 90 jours. La création d’annonces en double complique la tâche des autorités pour identifier et sanctionner les contrevenants. Un porte-parole de l’Autorité du Grand Londres a souligné que ces pratiques illégales « exercent une pression sur l’offre à un moment où le logement abordable est désespérément nécessaire ».
Airbnb, de son côté, a déclaré avoir agi sur la base des rapports des autorités locales lorsque des hôtes contournaient les règles. La plateforme affirme utiliser un logiciel avec un « compteur » intégré pour limiter les locations à 90 jours et considère les annonces en double comme une violation de ses conditions. La compagnie soutient également que les locations à court terme ne représentent qu’une petite partie du parc immobilier londonien et contribuent de manière significative au tourisme, avec 1,5 milliard de livres sterling injectés dans l’économie de la capitale en 2023. La BBC a partagé ses méthodes et conclusions avec Airbnb, mais l’entreprise a refusé une interview devant la caméra.
Le ministère de la Culture, des Médias et des Sports développe actuellement un système d’enregistrement pour les locations à court terme en Angleterre. L’Association de l’hébergement à court terme a exprimé son souhait de « règles claires et équitables », estimant qu’un système d’enregistrement fournirait les outils nécessaires pour lutter contre les mauvaises pratiques, y compris les annonces en double. Airbnb a indiqué travailler avec le gouvernement à la mise en œuvre de ce programme.
À l’échelle du Royaume-Uni, l’Écosse impose une licence d’exploitation pour les locations de courte durée, tandis que des projets similaires sont en cours au Pays de Galles et que l’Irlande du Nord exige déjà une certification par Tourism NI. À l’international, des villes comme New York et Barcelone ont mis en place des restrictions strictes, voire des interdictions totales de certaines formes de locations à court terme, face aux pressions exercées sur le marché du logement.
Reportages supplémentaires de Kris Bramwell et Stephen Menon