Publié le 31 octobre 2025 à 8h31. Des chercheurs britanniques ont réussi à visualiser pour la première fois de minuscules agrégats de protéines, précurseurs de la maladie de Parkinson. Cette avancée majeure, grâce à une nouvelle technique de microscopie, pourrait révolutionner le diagnostic précoce de cette pathologie neurologique en plein essor.
- Une méthode inédite, baptisée ASA-PD, permet de rendre visibles et de quantifier des amas protéiques jusque-là indétectables dans le cerveau humain.
- Ces micro-agrégats d’alpha-synucléine, considérés comme les premiers signes de la maladie, sont significativement plus abondants et volumineux chez les patients parkinsoniens.
- Cette découverte ouvre la voie à un diagnostic plus précoce et à une meilleure compréhension des mécanismes de développement de la maladie, potentiellement applicable à d’autres affections neurodégénératives.
La maladie de Parkinson, dont la prévalence mondiale croît rapidement, échappe encore aujourd’hui à un diagnostic précis avant l’apparition des symptômes cliniques. Pendant longtemps, les scientifiques ont émis l’hypothèse que de petits amas d’une protéine appelée alpha-synucléine, bien avant la formation des corps de Lewy caractéristiques, étaient les véritables initiateurs de la pathologie. Ces agrégats naissants, appelés oligomères, seraient responsables des dommages aux cellules nerveuses avant que des dépôts plus importants ne deviennent visibles.
Aujourd’hui, une équipe de chercheurs issus des universités de Cambridge, UCL, de l’Institut Francis Crick et de Polytechnique Montréal annonce avoir franchi un cap décisif. En utilisant une technique de microscopie ultrasensible nommée ASA-PD, ils sont parvenus à visualiser, compter et comparer directement ces oligomères d’alpha-synucléine dans des tissus cérébraux post-mortem de patients atteints de la maladie de Parkinson. La méthode ASA-PD parvient à amplifier les signaux ténus émis par ces nano-amas, tout en filtrant le bruit de fond, rendant ainsi possible l’observation d’agrégats protéiques isolés pour la première fois.
« Les corps de Lewy sont la marque de la maladie de Parkinson, mais ils montrent essentiellement où se trouvait la maladie dans le passé, et non où elle se trouve actuellement. Si nous pouvions observer la maladie de Parkinson à ses premiers stades, cela nous en apprendrait beaucoup plus sur la manière dont la maladie se développe dans le cerveau et sur la manière dont nous pourrions la traiter. »
Professeur Steven Lee, participant à l’étude.
Les observations réalisées sont révélatrices : les oligomères se sont révélés plus volumineux, plus intenses et significativement plus nombreux dans les échantillons de cerveaux de patients parkinsoniens par rapport aux tissus de contrôle du même âge. Ces différences suggèrent une corrélation directe entre la croissance et l’accumulation de ces agrégats, et la progression de la maladie.
« Nous avons pu étudier les oligomères directement dans le tissu cérébral humain pour la première fois à cette échelle : c’est comme si nous pouvions voir des étoiles en plein jour. Cela ouvre de nouvelles perspectives dans la recherche sur la maladie de Parkinson. »
Dr Rebecca Andrews, chercheuse au sein de l’équipe d’étude.
L’équipe de recherche a également identifié un sous-groupe d’oligomères spécifiques aux tissus atteints par la maladie de Parkinson, représentant un potentiel marqueur précoce pouvant apparaître des années avant les premiers symptômes. Cette nouvelle approche ne se limite pas à un simple instantané, mais offre une cartographie complète des altérations protéiques au sein du cerveau.
« Il fournit un aperçu complet des modifications protéiques dans le cerveau, et des technologies similaires pourraient également avoir des applications dans d’autres maladies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer et la maladie de Huntington. »
Professeur Lucien Weiss, également impliqué dans la recherche.
Selon le professeur Weiss, cet « atlas des changements protéiques » pourrait grandement faciliter un diagnostic plus précoce, optimiser la sélection des participants pour les essais cliniques et orienter plus efficacement le développement de nouveaux médicaments en ciblant des mécanismes clés dès les premières phases de la maladie. « Nous espérons qu’en surmontant cet obstacle technologique, nous comprendrons pourquoi, où et comment se forment des amas de protéines, comment cela modifie l’environnement cérébral et conduit à des maladies », a-t-il conclu.
Cette recherche a été publiée en octobre 2025 dans la revue scientifique Nature Biomedical Engineering.