Publié le 2025-10-26 21:00:00. Le gouvernement péruvien sous Dina Boluarte aurait considérablement augmenté, entre 2022 et 2025, le budget alloué à la répression des manifestations sociales, tout en négligeant les fonds dédiés à la lutte contre la criminalité et l’exploitation minière illégale. Les chiffres révèlent une priorité donnée à la gestion de l’ordre public par la force.
- Le budget du ministère de l’Intérieur destiné à la « Diminution de l’incidence des conflits, des protestations et des mobilisations sociales violentes qui altèrent l’ordre public » a doublé entre 2022 et 2025.
- Parallèlement, les fonds alloués à la lutte contre la criminalité n’ont connu qu’une augmentation modeste durant la même période.
- Les budgets pour combattre l’exploitation minière illégale et le trafic de drogues illicites ont également stagné, voire diminué dans certains cas.
Lors de sa prise de fonction en 2022, le gouvernement de Dina Boluarte a hérité d’un budget de 552 114 596 soles (environ 136 millions d’euros) pour le ministère de l’Intérieur, spécifiquement dédié à la gestion des troubles sociaux. Cependant, après les manifestations qui ont secoué le pays et entraîné la mort de 50 citoyens, le régime, soutenu par le Congrès, a choisi d’intensifier les dépenses dans ce domaine. Ainsi, les fonds ont grimpé à 687 404 130 soles en 2023, puis à 715 696 634 soles en 2024, pour atteindre un pic de 1 125 084 624 soles en 2025. Cette augmentation représente une hausse de 115,51 % en seulement trois ans. Fait notable, cette escalade budgétaire intervient alors que les sondages indiquent un rejet citoyen massif du gouvernement et du Congrès, atteignant 93 % selon un rapport de l’IEP.
Le projet de budget pour 2026 prévoit une légère baisse, avec 756 000 000 soles (environ 187 millions d’euros) alloués à la répression des manifestations, soit une diminution de 32,84 % par rapport à 2025. Si le Congrès venait à approuver cette proposition, le budget consacré à la gestion des protestations citoyennes aurait tout de même connu une croissance de 44,80 % entre 2022 et 2026. Cette orientation soulève des interrogations quant à la définition des priorités gouvernementales.
Le Congrès, en approuvant ces augmentations, semble partager la préoccupation du régime Boluarte face à la possibilité d’une « débordement » de mouvements sociaux. La nomination de José Jerí Oré à la présidence de l’État ne semble pas indiquer un changement de cap, l’objectif affiché étant d’apaiser la population en vue des prochaines élections.
Cette focalisation sur la répression a un coût. Alors que le budget pour la gestion des conflits sociaux a explosé, celui destiné à la lutte contre la criminalité a connu une augmentation bien moins significative. Pour les dépenses directement liées à la lutte contre la délinquance (sous le titre « Réduction des crimes et délits portant atteinte à la sécurité des citoyens »), le budget est passé de 3 643 378 916 soles en 2022 à 4 205 449 127 soles en 2025, soit une hausse de seulement 15,43 %. Cette disparity budgétaire suggère un mépris flagrant pour la sécurité des citoyens, privilégiant la préservation du pouvoir face aux manifestations.
Le projet de budget pour 2026 propose toutefois une hausse notable pour la lutte contre la criminalité, atteignant 6 862 000 000 soles, soit une augmentation de 163,17 % par rapport à 2022. Si le Congrès valide cette mesure, le poste budgétaire dédié à la sécurité citoyenne enregistrerait une croissance de 88,30 % entre 2022 et 2026.
Priorités autoritaires face à la criminalité
Un autre domaine négligé par le gouvernement et le Congrès, malgré son lien direct avec l’augmentation de la criminalité, est la lutte contre l’exploitation minière illégale. Entre 2022 et 2025, les financements ont progressé de manière peu spectaculaire : 52 495 172 soles en 2022, 62 477 485 soles en 2023, 79 746 854 soles en 2024, et 91 119 135 soles en 2025. Cette progression n’a pas empêché des événements tragiques, comme l’exécution de 13 agents de sécurité en mai 2025 dans la région de Pataz, attribuée à une organisation criminelle.
De manière préoccupante, le projet de budget 2026 prévoit une réduction de 8,91 % des fonds alloués à la lutte contre l’exploitation minière illégale, passant à 83 000 000 soles. Des sources policières soulignent que les sommes consacrées à cette lutte restent dérisoires face aux ressources des organisations criminelles.
La situation est similaire concernant le trafic de drogues illicites. Le Pérou, deuxième producteur mondial de cocaïne, a vu une augmentation des crimes liés à ce trafic au cours de la dernière décennie. Cependant, le budget du ministère de l’Intérieur dans ce secteur n’a pas été renforcé : 273 692 558 soles en 2022, 312 956 165 soles en 2023, avant de redescendre à 273 007 097 soles en 2024 et 267 394 634 soles en 2025. Pour 2026, le budget proposé n’affiche qu’une très légère hausse de 2,84 %, atteignant 275 000 000 soles.
Ces chiffres suggèrent une réorientation des dépenses vers la répression des manifestations sociales, potentiellement au détriment de la lutte contre le crime organisé. L’arrivée du nouveau président José Jerí Oré ne semble pas infléchir cette tendance. Le ministre de l’Intérieur, Vicente Tiburcio, a récemment annoncé des contrats d’envergure pour l’acquisition d’équipements destinés au contrôle des manifestations, incluant des chars blindés, des véhicules anti-incendie, des gilets pare-balles et des armes à feu, pour un montant total de plus de 275 millions de soles. Ces dépenses substantielles témoignent d’une peur palpable face aux potentiels mouvements de protestation dans les rues.