Home Économie Dollar au minimum, trade gagnant et inflation qui ne cède pas, un schéma qui comporte des risques, selon les analystes

Dollar au minimum, trade gagnant et inflation qui ne cède pas, un schéma qui comporte des risques, selon les analystes

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Publié le 15 février 2026 à 22h38. L’Argentine observe un retournement de situation inattendu : le dollar s’affaiblit, les réserves augmentent et les taux d’intérêt en pesos restent attractifs, mais cette stabilité financière coexiste avec une inflation persistante et une activité économique qui peine à redémarrer.

  • Le dollar de gros a chuté de 4,5 % depuis le début de l’année, franchissant la barre des 1 400 pesos argentins.
  • La Banque centrale argentine a accumulé plus de 2,048 milliards de dollars américains (US$) en 2026 grâce à 29 cycles consécutifs d’achats de devises.
  • Malgré ces avancées, l’inflation reste obstinément élevée, avec une augmentation de 2,9 % en janvier, marquant le huitième mois consécutif sans ralentissement.

Buenos Aires – L’Argentine connaît une conjoncture économique paradoxale. Le peso argentin se renforce de manière surprenante, soutenu par un afflux de dollars et une politique monétaire agressive de la Banque centrale (BCRA). Cependant, cette apparente stabilité financière ne se traduit pas par un recul de l’inflation, qui continue de ronger le pouvoir d’achat des Argentins.

Vendredi dernier, le dollar de gros a franchi le seuil des 1 400 pesos argentins, enregistrant une baisse de 4,5 % depuis le début de l’année, selon LCG. Parallèlement, la BCRA enchaîne 29 cycles consécutifs d’achats de devises sur le marché officiel, accumulant plus de 2,048 milliards de dollars américains (US$) en 2026, un démarrage parmi les trois meilleurs de la dernière décennie, selon GMA Capital. Les réserves brutes dépasseraient déjà 45 milliards de dollars américains, en hausse d’environ 3,9 milliards de dollars cette année.

Toutefois, le Fonds d’investissement et de garantie (IGF) affiche toujours un déficit de 16 milliards de dollars américains, ce qui signifie que tant que la dette ne sera pas refinancée, ces achats de devises ne se traduiront pas par une augmentation réelle des réserves de la BCRA.

Cette situation s’explique par une forte offre de devises, principalement liée à la liquidation des obligations négociables émises après les élections, qui dépasse les 10 milliards de dollars américains entre la dette des entreprises et celle des provinces, selon Invecq. LCG ajoute que la croissance marquée des prêts en dollars – en hausse de près de 1,2 milliard de dollars cette année – contribue également à cet afflux, ces prêts devant être réglés sur le marché officiel.

Le flux de dollars maintient le prix stableUnsplash

Le ministre de l’Économie, Luis Caputo, et le président de la BCRA, Santiago Bausili, orchestrent une mécanique complexe : la BCRA achète des dollars – en injectant des pesos – et le Trésor absorbe ces pesos en plaçant de la dette en monnaie locale. La dernière adjudication de titres publics a confirmé cette dynamique, avec un rollover (renouvellement de la dette) atteignant 123,4 %, conformément à l’objectif de retirer des pesos du marché, et ce, sans prime significative. LCG estime que le Trésor a retiré 1 700 milliards de pesos supplémentaires du système, renforçant ainsi la stérilisation.

Cette combinaison – dollar stable et taux d’intérêt élevés – a relancé le carry trade (arbitrage de taux d’intérêt). GMA Capital résume la situation : « des réserves en hausse, un dollar calme et un carry trade imbattable », offrant un rendement en dollars de 16 % depuis les élections. Le cabinet de conseil 1816 calcule que la stratégie d’investissement en pesos sans durée totale a généré un rendement de 88 % en dollars depuis l’arrivée au pouvoir de Javier Milei.

Cependant, cet enthousiasme n’est pas partagé par tous. Les analystes de la ville avertissent que ces rendements sont « impressionnants » en dollars, mais que la réalité est différente pour ceux qui vivent et consomment en pesos. Même avec des taux d’intérêt élevés, le pouvoir d’achat local s’est détérioré en raison d’une inflation qui ne montre aucun signe de ralentissement.

De plus, ils soulignent que la stratégie semble aujourd’hui plus risquée qu’en octobre ou novembre, lorsque le taux de change était plus élevé. Plus le dollar baisse, plus le risque d’entrée est grand : le profit potentiel diminue et le décalage entre la dynamique du taux de change et celle de l’inflation – qui semblent aujourd’hui découplées – pourrait être corrigé à tout moment. Dans ce scénario, le carry trade cesse d’être une opération presque automatique et dépend à nouveau du timing.

Le contexte international est également favorable. Invecq souligne que l’appréciation du peso s’inscrit dans une tendance régionale de renforcement des monnaies, avec le réal brésilien en hausse de 5 % cette année et le peso chilien de 4,8 %. 1816 ajoute que cette vigueur récente se produit dans un contexte « particulièrement positif pour les devises et les actifs émergents », avec un dollar qui s’affaiblit à l’échelle mondiale.

Mais le front inflationniste introduit une note discordante. Les 2,9 % de janvier marquent, selon 1816, le huitième mois consécutif sans ralentissement mensuel. Le cabinet Econviews a été plus explicite : les données « sont tombées comme un seau d’eau froide » et montrent que la désinflation « s’est heurtée à une inertie difficile à briser ». Il avertit également que les anticipations inflationnistes se sont ajustées à la hausse et que les obligations intègrent déjà une inflation implicite proche de 27 % par an.

Le contraste entre le dollar stable et les prix toujours élevés implique une réelle appréciation du peso. LCG estime que le taux de change multilatéral réel a chuté de 12 % depuis octobre et atteint son niveau le plus bas depuis juillet. Econviews reconnaît que le « super peso » contribue à contenir les prix à court terme, mais prévient qu’il rouvre le débat sur la compétitivité.

Invecq présente clairement le dilemme : même si « la marge du carry trade est maintenue », il sera essentiel d’« accélérer l’accumulation de réserves et d’éviter une appréciation excessive du peso ». Le cabinet de conseil rappelle que le deuxième semestre apporte généralement une offre de dollars plus faible, ce qui pourrait mettre à rude épreuve le système si le flux actuel n’est pas consolidé.

À cela s’ajoute un fait structurel. 1816 souligne que la base monétaire a diminué jusqu’à présent cette année, ce qui implique que l’accumulation de réserves ne s’est pas faite face à une demande réelle plus élevée de pesos, mais par le biais d’une stérilisation avec une dette en monnaie locale. La remonétisation promise par la BCRA dans sa quatrième phase n’a pas encore commencé.

En résumé, l’équilibre actuel repose sur quatre piliers : une offre abondante de dollars, des taux réels positifs, la capacité du Trésor à absorber les pesos et un contexte mondial favorable aux pays émergents. Mais l’inflation persistante et l’appréciation du taux de change réel introduisent des limites potentielles, selon les analystes.

Le super peso fonctionne tant que le flux extérieur de devises et le taux d’intérêt maintiennent le système en place. Le défi, selon les experts, sera d’empêcher le calme financier actuel – qui contient aujourd’hui le dollar et soutient le carry trade – de devenir une nouvelle source de tensions sur les prix et la compétitivité.

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