Jakarta, le 15 février 2026. L’Indonésie a créé la surprise en adhérant à l’initiative controversée du « Conseil de la Paix » (BoP), promue par l’ancien président américain Donald Trump, une décision qui soulève des interrogations sur l’évolution de sa politique étrangère et ses implications économiques.
- L’adhésion de l’Indonésie au BoP s’accompagne d’une contribution financière d’un milliard de dollars (environ 16 800 milliards de roupies).
- Cette décision est perçue par certains comme un pragmatisme politique, tandis que d’autres craignent qu’elle ne dilue les principes fondamentaux de la politique étrangère indonésienne.
- Le président Prabowo Subianto semble privilégier une approche transactionnelle et personnalisée des relations internationales, s’éloignant de la tradition de non-alignement du pays.
Le 22 janvier 2026, Jakarta a annoncé son adhésion au « Conseil de la Paix » (BoP), une initiative lancée par Donald Trump, initialement présentée comme une plateforme de gestion du conflit post-Gaza. Cette annonce a rapidement suscité des réactions contrastées, tant au niveau national qu’international.
L’engagement de l’Indonésie en faveur de l’indépendance palestinienne et le coût de l’adhésion – une contribution d’un milliard de dollars (environ 16 800 milliards de roupies) – ont alimenté les critiques. Les partisans de cette décision la justifient par un calcul pragmatique, estimant qu’elle permet de renforcer les relations avec les États-Unis et de défendre les intérêts nationaux. À l’inverse, ses détracteurs craignent qu’elle ne compromette la crédibilité de l’Indonésie sur la scène internationale et qu’elle ne l’éloigne de ses principes traditionnels.
Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large, que certains analystes décrivent comme une approche « une logique, deux arènes ». Il s’agit pour le président Prabowo Subianto de consolider son pouvoir à la fois sur la scène nationale et internationale, en minimisant l’opposition et en maximisant l’inclusion. Cette approche est conforme à son principe directeur : « Un millier d’amis, c’est trop peu ; un ennemi, c’est trop. »
Sur le plan intérieur, Prabowo a réussi à former une large coalition gouvernementale, menée par son parti Gerindra et la Coalition Advance Indonesia (KIM, Coalition indonésienne avancée), qui détient désormais une position dominante au sein du corps législatif national, le DPR. Presque tous les partis politiques indonésiens font partie de cette coalition, à l’exception du Parti démocratique indonésien de lutte (PDI-P), qui s’est défini comme un « contrepoids » plutôt qu’une force d’opposition ici.
Prabowo semble également adopter une vision réaliste de la politique internationale, estimant que, pour être véritablement hors bloc, l’Indonésie doit se suffire à elle-même. Il a déclaré : « Si nous voulons être véritablement hors bloc… nous sommes livrés à nous-mêmes. » Bien que cela ne signifie pas un abandon total de la politique traditionnelle indonésienne de « libre et actif », cela témoigne d’une évolution vers une stratégie plus transactionnelle, axée sur la proximité et l’accès.
Le président Prabowo Subianto s’intéresse personnellement aux affaires étrangères et privilégie un style de diplomatie personnalisé, s’appuyant sur un cercle restreint de conseillers fidèles ici. Contrairement à son prédécesseur, Joko « Jokowi » Widodo, il a centralisé la gestion des affaires étrangères, marginalisant parfois le corps diplomatique traditionnel indonésien, le Kemlu.
En un peu plus d’un an de mandat, Prabowo a effectué des visites officielles dans 30 pays ici. Sous sa direction, l’Indonésie a renforcé sa coopération avec les États-Unis, la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Russie et les États du Golfe dans divers domaines, notamment l’économie, le commerce, la sécurité et les infrastructures.
Cette approche multilatérale vise à réduire les tensions et à collaborer avec plusieurs partenaires simultanément, plutôt que de privilégier un alignement spécifique. Certains ont qualifié cette stratégie de manque de priorités claires, mais Prabowo la considère comme un moyen de renforcer les réseaux internationaux de l’Indonésie.
L’adhésion au BoP pourrait également être motivée par des considérations économiques. Le 2 avril 2025, l’ancien président Trump a annoncé la mise en œuvre du « Jour de la Libération », imposant des tarifs douaniers à ses partenaires commerciaux afin de réduire les déficits commerciaux américains et de relancer son industrie. L’Indonésie, bénéficiant d’un excédent commercial avec les États-Unis, a initialement été soumise à des tarifs de 32 %, qui ont ensuite été réduits à 19 % après des négociations ici.
En décembre 2025, Washington aurait accusé Jakarta de revenir sur l’accord précédent visant à abolir les barrières non tarifaires sur les produits américains. Les négociations sont toujours en cours ici, et aucun accord n’a encore été signé.
L’ancien président Trump a utilisé la menace de tarifs douaniers pour inciter d’autres pays à rejoindre le BoP. La France, par exemple, a été menacée de droits de douane de 200 % sur le vin si elle ne s’inscrivait pas ici. De nombreux dirigeants mondiaux ont affirmé qu’ils étaient « obligés de s’inscrire plutôt que de risquer la colère de Trump ». Cela illustre comment le Conseil peut servir d’instrument de pression transactionnel.
Bien qu’il n’existe aucune preuve d’un tel ultimatum adressé à Jakarta, la vulnérabilité de l’Indonésie constitue une forte incitation à éviter une nouvelle confrontation avec Washington. Pour Prabowo, le Conseil offre un canal de communication privilégié avec les États-Unis, qui pourrait faciliter les négociations commerciales et lui permettre de se positionner comme un acteur majeur de la politique étrangère.
Cependant, l’adhésion au BoP comporte également des risques à long terme. En premier lieu, elle enferme Jakarta dans le cadre défini par Donald Trump. La charte du BoP accorde au président une discrétion totale pour « créer, modifier ou dissoudre » la plateforme. En tant que tel, elle pourrait évoluer rapidement, et l’Indonésie pourrait se retrouver entraînée dans des controverses imprévues.
En second lieu, Jakarta risque de compromettre sa réputation internationale. En tant que plus grand pays à majorité musulmane au monde et voix influente du Sud, l’Indonésie a cultivé son autorité morale en défendant constamment l’autodétermination palestinienne et les principes anticoloniaux. Participer à une plateforme perçue comme promouvant leunilatéralisme pourrait affaiblir sa diplomatie ici.
La dimension palestinienne est particulièrement sensible, car l’adhésion au BoP pourrait être interprétée comme une légitimation d’un processus sur lequel l’Indonésie n’a aucune influence réelle. Même si Jakarta espère influencer la gouvernance post-Gaza « de l’intérieur », sa participation ne garantit pas une influence significative dans un contexte marqué par d’importantes asymétries de pouvoir et des priorités changeantes.
Enfin, l’initiative risque de renforcer une approche centrée sur les dirigeants, plaçant le Kemlu dans une position réactive, chargé de légitimer les initiatives présidentielles plutôt que de les concevoir. Cela pourrait nuire à la coordination et à la continuité de la politique étrangère indonésienne ici.
La décision de rejoindre le BoP pourrait également entraîner des réactions négatives au niveau national. Bien que certaines organisations islamiques aient exprimé leur soutien, l’opinion publique reste sensible à la question palestinienne. Si le BoP ne produit pas de résultats tangibles, des critiques pourraient émerger, en particulier à l’approche des prochaines échéances électorales ici.
En conclusion, ce qui peut apparaître comme un gain à court terme pourrait se traduire par des difficultés à long terme. L’adhésion au BoP offre un accès et une visibilité, mais elle risque également de contraindre l’Indonésie à choisir entre la proximité d’une puissance imprévisible et sa propre crédibilité en tant qu’acteur indépendant. Une politique conçue pour consolider le pouvoir au niveau national pourrait, paradoxalement, entraîner des atteintes à la réputation, aux institutions et à la confiance du public.