Xi Jinping intensifie un vaste remaniement au sein de l’élite militaire et du Parti communiste chinois, renforçant ainsi une mainmise déjà considérable sur le pouvoir. Cette purge, qui dure depuis deux ans, vise officiellement à éradiquer la corruption et à imposer la discipline, mais sa profondeur et le rang des personnalités visées suggèrent une stratégie politique visant à contrôler les cercles dirigeants.
La semaine dernière, un plénum du Comité central du Parti communiste a marqué une étape significative, excluant 14 membres et suppléants de ses rangs. Ce chiffre dépasse celui de toute réunion similaire depuis 2017. Plus de la moitié des membres initialement nommés en 2022 étaient absents, marquant le plus faible taux de participation observé depuis la fin des années 1970, un indicateur probant du nombre de dirigeants tombés en disgrâce.
Parmi les évictions les plus marquantes, celle de neuf généraux, dont He Weidong, membre du Politburo et numéro deux de la puissante Commission militaire centrale (CMC), directement présidée par Xi Jinping. Il s’agit du premier vice-président de la CMC à être ainsi écarté depuis 1967. Cette situation laisse la CMC, organe suprême de direction des deux millions de militaires chinois, avec seulement quatre de ses sept sièges pourvus.
« C’est assez choquant : ce sont des personnes très, très haut placées », commente Lyle Goldstein, directeur du programme Asie chez Defence Priorities. « Ce sont des suppressions à ce niveau, c’est presque sans précédent. » Ces purges au sein de l’armée témoignent de la volonté de Xi Jinping d’assurer un contrôle absolu, conscients que « le parti contrôle les armes », une maxime de Mao Zedong dont l’application concrète reste un défi face au poids et au prestige de l’institution militaire.
La lutte contre la corruption est une croisade personnelle de Xi Jinping depuis son arrivée au pouvoir en 2012. Cette politique a permis d’assainir les rouages de l’État et du Parti, mais elle a également servi à éliminer des rivaux politiques. Des millions de responsables ont été visés par des enquêtes, licenciés ou emprisonnés. En 2023, la campagne a ciblé le département des forces et équipements de fusées de l’Armée populaire de libération, entraînant la chute de deux chefs de la défense et de nombreux généraux.
« Il a de réelles inquiétudes concernant la corruption à l’ancienne », souligne Jonathan Czin, chercheur au John L. Thornton China Center de la Brookings Institution. « Il y a une tonne d’argent qui circule dans le système » notamment dans le cadre du développement des forces nucléaires et des achats militaires.
Au-delà de la lutte anticorruption, Xi Jinping a systématisé l’usage des purges pour asseoir son autorité, éliminer les factions rivales et se positionner comme le dirigeant le plus puissant depuis Mao Zedong. Même les personnalités qu’il a nommées ne sont pas à l’abri, un signe de sa domination : « ce sont des personnes qu’il a choisies pour diriger le système – elles sont jetables », analyse M. Czin. « C’est une fonctionnalité, pas un bug dans la façon dont il gouverne », ajoute-t-il, soulignant une stratégie visant à maintenir la vigilance constante de ses subordonnés.
Sur le plan idéologique, ces purges s’inscrivent dans la théorie de « l’auto-révolution » de Xi Jinping. Ce concept postule que le Parti communiste doit se renouveler et se contrôler intrinsèquement. En renforçant le contrôle léniniste sur la société, l’économie et la politique, Xi Jinping cherche à consolider la légitimité du Parti et à atteindre l’objectif de renouveau national. Cependant, cette intensification des purges alimente les interrogations sur sa propre succession, certains observateurs y voyant la crainte de voir émerger de nouveaux concurrents à mesure qu’il avance en âge.
Le communiqué final du récent plénum appelait d’ailleurs l’ensemble du Parti, de l’armée et du peuple chinois à « se rassembler plus étroitement autour du Comité central du Parti, avec le camarade Xi Jinping en son sein ». Les mouvements de personnel au sein de la direction chinoise, bien que souvent opaques, seront scrutés de près, particulièrement à l’approche de 2027, année où Xi Jinping pourrait briguer un quatrième mandat.