Publié le 6 février 2026 13h49. La Commission européenne s’attaque à TikTok, accusant la plateforme de créer une dépendance chez les jeunes utilisateurs et de ne pas suffisamment les protéger. Une enquête préliminaire pourrait déboucher sur de lourdes sanctions financières si des changements significatifs ne sont pas apportés.
- TikTok est accusé de mécanismes addictifs, comme des recommandations ultra-personnalisées et la lecture automatique de vidéos.
- L’UE estime que TikTok ne protège pas suffisamment les mineurs, notamment en matière de gestion du temps d’écran et de contournement des contrôles parentaux.
- Si aucune solution n’est trouvée, TikTok pourrait être passible d’une amende pouvant atteindre 6 % de son chiffre d’affaires annuel.
La Commission européenne intensifie sa pression sur TikTok, pointant du doigt des pratiques jugées addictives et préjudiciables au développement des jeunes. L’enquête préliminaire, révélée ce mercredi, cible notamment les recommandations personnalisées et la lecture automatique de vidéos, des fonctionnalités qui encouragent une utilisation prolongée et compulsive de l’application.
Selon la vice-présidente de la Commission, Henna Virkkunen,
« La dépendance aux médias sociaux peut avoir des effets néfastes sur le développement du cerveau des enfants et des jeunes. »
Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission européenne
L’objectif est de faire respecter les règles européennes en matière de protection des citoyens en ligne.
L’UE s’inquiète particulièrement de l’impact de TikTok sur les jeunes Européens. La plateforme compterait 170 millions d’utilisateurs dans l’Union européenne, dont une majorité sont des enfants. Une étude révèle que 7 % des jeunes de 12 à 15 ans passent quotidiennement « entre quatre et cinq heures » sur TikTok. La Commission critique le manque d’efficacité des outils de gestion du temps d’écran et la facilité avec laquelle les contrôles parentaux peuvent être contournés.
Les mesures prises par TikTok pour protéger les mineurs sont jugées « tout simplement insuffisantes ». L’entreprise est accusée de ne pas prendre suffisamment en compte les conséquences de ces fonctionnalités addictives sur la santé physique et mentale de ses utilisateurs.
TikTok se défend vigoureusement. Une porte-parole a déclaré :
« Les conclusions préliminaires de la Commission dénaturent catégoriquement notre plateforme et sont totalement sans fondement. Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour contester ces conclusions en utilisant tous les moyens à notre disposition. »
Porte-parole de TikTok
L’entreprise a la possibilité de présenter ses arguments et de modifier ses fonctionnalités pour répondre aux préoccupations de l’UE.
Si aucun accord n’est trouvé, TikTok pourrait être sanctionné financièrement. La Commission européenne pourrait constater une violation de la loi sur les services numériques (DSA) et imposer une amende pouvant atteindre jusqu’à 6 % de son chiffre d’affaires annuel.
L’enquête préliminaire appelle à la mise en place de « pauses d’écran » efficaces. TikTok est critiqué pour le fait de renvoyer constamment les utilisateurs sur la plateforme via des notifications, même la nuit. Les restrictions horaires actuelles sont également jugées trop faciles à contourner. L’autorité européenne accuse TikTok d’ignorer « des signes importants d’utilisation compulsive de l’application », comme le temps passé par les enfants sur la plateforme pendant la nuit.
Des changements sont également demandés concernant le contenu recommandé aux utilisateurs et la désactivation du « défilement infini », qui permet un chargement continu de nouveaux contenus sans interruption.
La Commission européenne souligne que la conception de TikTok « récompense » constamment les utilisateurs avec du nouveau contenu, encourageant ainsi une utilisation compulsive et mettant le cerveau en « mode pilote automatique ».
« La recherche scientifique montre que cela peut conduire à des comportements compulsifs et altérer la maîtrise de soi des utilisateurs. »
Cette enquête s’inscrit dans un cadre plus large d’examen de la plateforme TikTok, lancé en février 2024. La Commission cherche à déterminer si le géant du numérique protège suffisamment les jeunes. TikTok appartient à la société chinoise ByteDance, dont les activités américaines ont été transférées à une nouvelle entité avec des investisseurs américains.
TikTok est également critiqué pour son algorithme, accusé de favoriser certains mouvements politiques, comme l’AfD en Allemagne, et de censurer des sujets sensibles, tels que les droits de l’homme en Chine. L’application revendique plus de 135 millions d’utilisateurs mensuels actifs.
Parallèlement, des procédures sont également en cours auprès de la Commission européenne contre les entreprises américaines X et Meta. La réaction de Washington à l’amende infligée à X (120 millions d’euros) pourrait être interprétée comme une menace implicite à Bruxelles de ne pas prendre de nouvelles mesures contre les géants technologiques américains. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a déclaré que les plateformes américaines étaient injustement ciblées et que la liste pourrait s’allonger en l’absence de changement de cap.
Dans l’Union européenne, l’âge minimum requis pour utiliser les réseaux sociaux est de 13 ans, à partir duquel les jeunes peuvent consentir à l’utilisation de leurs données. TikTok impose également cet âge minimum pour la création d’un compte.
Certains pays souhaitent aller plus loin. L’Assemblée nationale française a voté en faveur de l’interdiction de l’utilisation des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, une proposition qui doit encore être examinée par le Sénat. En Autriche, un débat est en cours sur une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 14 ans.
L’année dernière, le Parlement européen a voté en faveur d’un âge minimum de 16 ans dans toute l’UE, avec une surveillance parentale pour les jeunes de 13 à 16 ans. Cependant, ce rapport n’a pas encore force contraignante.
La Commission européenne n’a pas encore présenté de proposition concernant une limite d’âge. La députée européenne Elisabeth Grossmann (SPÖ) a déclaré :
« Il faut qu’il y ait du mouvement ici. »
Elle insiste également sur l’importance d’utiliser systématiquement la loi sur les services numériques pour réglementer les conceptions de plateformes manipulatrices et garantir la protection des enfants et des jeunes.