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Entre potentiel et pratique

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L’intelligence artificielle représente un potentiel considérable pour l’industrie, mais son adoption effective reste souvent en deçà des attentes. Un expert du MCI (Management Center Innsbruck) explique pourquoi de nombreuses entreprises peinent à exploiter les technologies disponibles, comment les appréhensions freinent l’innovation et quelles stratégies adopter pour rester compétitives.

Benjamin Massow, à la tête du Centre de production, de robotique et d’automatisation du MCI, travaille sur l’identification des applications pertinentes de l’automatisation et de l’IA au sein des entreprises. Son approche débute par une analyse approfondie des réalités opérationnelles. « Nous examinons en détail les processus pour identifier les pertes de temps, de ressources ou de qualité, explique-t-il. Sur cette base, nous évaluons les solutions existantes – qu’il s’agisse de numérisation, d’automatisation partielle ou d’une utilisation ciblée de l’IA – pour déterminer celles qui apporteront une réelle valeur ajoutée. L’objectif n’est pas d’imposer des solutions, mais de développer des concepts sur mesure, adaptés à chaque organisation. »

Si certaines régions semblent plus promptes à adopter ces nouvelles technologies, le Tyrol autrichien est-il à la traîne ? Selon M. Massow, la situation est nuancée. « Il existe de nombreuses entreprises très innovantes au Tyrol, mais la différence réside souvent moins dans l’ouverture à la technologie que dans les ressources disponibles. Les petites et moyennes entreprises, qui constituent une part importante du tissu économique local, manquent souvent de départements dédiés à l’innovation. Le manque de temps, dans le cadre des activités quotidiennes, constitue un obstacle majeur à l’exploration structurée des nouvelles possibilités et à leur intégration dans les processus existants. »

L’IA peut-elle réellement garantir la compétitivité à long terme de l’industrie nationale ? La réponse est affirmative, mais avec des réserves. « L’intelligence artificielle offre un potentiel important en termes d’efficacité, de qualité et de flexibilité, souligne M. Massow. Cependant, il faut être conscient que ces opportunités sont accessibles à tous, y compris à nos concurrents internationaux. Un retard pris pourrait être difficile à rattraper. Les processus décisionnels en Europe ont souvent été trop lents par le passé. À l’avenir, il faudra agir plus rapidement, expérimenter et accepter l’échec. Si la majorité des projets aboutissent, cela sera déjà un succès. »

Pour les années à venir, l’expert préconise de se concentrer sur l’implémentation des solutions existantes plutôt que de poursuivre des développements complexes. « L’écart entre ce qui est techniquement réalisable depuis longtemps et ce qui est réellement mis en œuvre est considérable. Nous disposons déjà de suffisamment de potentiel pour de nombreuses années si nous nous concentrions sur l’utilisation optimale de ce qui existe. L’accent doit donc être mis sur l’analyse, le soutien et la mise en œuvre. »

Comment combler cet écart entre le potentiel et la réalité ? La première étape consiste à clarifier les options disponibles pour chaque entreprise, en tenant compte de son secteur d’activité spécifique. « Les discussions générales sur l’IA sont inutiles si l’on ne sait pas clairement ce qu’elle implique pour la logistique, la fabrication ou l’assemblage », précise M. Massow. Il est ensuite essentiel d’analyser en détail les processus internes : où se situent les goulots d’étranglement, où les tâches répétitives immobilisent-elles inutilement le personnel ? Un accompagnement externe peut s’avérer précieux à ce stade. Enfin, il est important de créer un environnement favorable à l’innovation, en lançant des projets spécifiques qui permettent d’explorer ces sujets sur le long terme, avec l’implication de tous les départements concernés.

L’une des principales préoccupations des employés est la crainte de perdre leur emploi. Cette inquiétude est-elle justifiée ? « Ce débat existe depuis l’arrivée de l’automatisation classique il y a une vingtaine d’années, explique M. Massow. Nous vivons aujourd’hui une situation similaire, avec un nouveau discours. Le scepticisme est souvent élevé, notamment dans les entreprises de production. Pendant des années, l’image des ‘usines sombres’ a alimenté la perception que les progrès technologiques entraînent des suppressions d’emplois. »

Cette crainte peut freiner l’évolution des entreprises. « Nous avons constaté que des employés hésitent à révéler toutes les étapes de leur travail par peur d’être remplacés par une machine. Or, l’expérience montre que les nouvelles technologies s’attaquent avant tout aux tâches impopulaires et monotones. Les humains restent au cœur du processus, mais assument d’autres responsabilités, plus significatives et plus importantes. » Pour gérer cette transition, il est crucial d’impliquer les employés dès le début, de communiquer ouvertement sur les objectifs et d’investir dans la formation continue.

En guise d’exemple concret, M. Massow évoque un projet mené en collaboration avec STIHL Tirol, un fabricant d’équipements de jardinage. « Nous travaillons depuis environ un an sur plusieurs applications et nous en sommes au point où les concepts fonctionnent et doivent être transformés en solutions professionnelles. L’accent est actuellement mis sur l’intégration de ces solutions dans l’infrastructure informatique existante. » L’un des projets consiste à automatiser les contrôles qualité en fin de chaîne de montage. « Les données sont analysées pour détecter automatiquement les anomalies et les collaborateurs reçoivent des recommandations d’action concrètes, comme des ajustements de processus ou des investigations plus approfondies. Cela leur permet de gagner du temps, par exemple pour prendre des décisions stratégiques ou résoudre des problèmes complexes. Même quelques minutes gagnées chaque jour peuvent faire une grande différence. De plus, la surveillance continue des paramètres réduit le risque d’erreurs. »

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