Publié le 2024-10-13 06:30:00. Une étude de l’Université de Galway révèle que le carpobrotus, une plante exotique envahissante, fleurit plus longtemps dans les régions qu’il a colonisées que dans son Afrique du Sud natale. Cette floraison prolongée, documentée grâce à des milliers de photos partagées sur les réseaux sociaux, pourrait expliquer sa capacité à supplanter la flore locale et à altérer les écosystèmes côtiers.
- Le carpobrotus, une plante d’origine sud-africaine, reste en fleur beaucoup plus longtemps dans les zones où il a envahi que dans son habitat d’origine.
- Des chercheurs ont analysé plus de 1 700 photos issues des réseaux sociaux et de plateformes de sciences participatives pour parvenir à cette conclusion.
- Cette période de floraison étendue confère à la plante un avantage compétitif majeur face aux espèces indigènes.
Les scientifiques de l’Université de Galway, en collaboration avec des chercheurs internationaux, ont mené une étude approfondie sur le carpobrotus, une plante succulente aux couleurs vives souvent aperçue sur les côtes. L’analyse d’un vaste corpus d’images, collectées sur des plateformes telles qu’Instagram, a mis en lumière un phénomène préoccupant : dans les régions envahies – de la Californie à la Nouvelle-Zélande, en passant par la Méditerranée, la Grande-Bretagne et l’Irlande – cette espèce arbore des fleurs sur une durée significativement plus longue que dans son Afrique du Sud natale.
Selon le Dr Susan Canavan, auteure principale de l’étude publiée dans la revue *Ecological Solutions and Evidence*, cette observation est cruciale. « Nous avons découvert que des milliers de personnes documentaient, sans le savoir, ces invasions en arrière-plan de leurs selfies sur la plage et de leurs photos de coucher de soleil au sommet d’une falaise », explique-t-elle. « Cela nous a donné des observateurs à travers le monde ». L’utilisation de ces données, baptisée « iEcology », révolutionne la manière dont les scientifiques surveillent la propagation des espèces.
Cette floraison prolongée est considérée comme un atout majeur pour le carpobrotus dans sa stratégie d’invasion. Elle lui permettrait de capter l’attention des pollinisateurs plus longtemps et de produire une plus grande quantité de graines, assurant ainsi sa reproduction et sa domination sur les espaces côtiers. Une seule plante peut recouvrir jusqu’à 50 m², étouffant la végétation indigène par sa masse et modifiant la chimie des sols. Elle est notoirement difficile à éradiquer, se propageant aussi bien par graines que par fragments de tiges et de feuilles.
« L’étude démontre également comment l’ère numérique transforme la recherche écologique », souligne le Dr Canavan. « Ce qui a commencé comme des photos de vacances et des observations de la nature est devenu un outil puissant pour suivre les invasions biologiques. » Pour les gestionnaires des espaces côtiers, ces résultats offrent des pistes concrètes. Identifier les périodes de floraison maximales dans les zones affectées permettrait de mieux cibler les opérations d’élimination, afin de limiter la production de graines et de fragiliser les colonies avant qu’elles ne s’étendent davantage.
« Ces plantes sont notoirement difficiles à contrôler car elles se propagent à la fois par graines et par fragments », ajoute le Dr Anna Novoa, co-auteure de l’étude et responsable de projet à l’Institut de Botanique de l’Académie tchèque des sciences. « Savoir exactement quand elles fleurissent dans chaque région signifie que nous pouvons intervenir au moment où elles sont les plus vulnérables, avant qu’elles ne produisent des milliers de graines. » Sans mesures de contrôle adéquates, le carpobrotus risque de causer un « déclin important de la diversité côtière indigène » et pourrait même mener certaines espèces locales à l’extinction, particulièrement en Irlande.