Publié le 10 février 2026 à 23h30. L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle, porté par NVIDIA, exige de la patience de la part des consommateurs, selon son PDG Jensen Huang, qui anticipe encore plusieurs années d’investissements massifs et de tensions sur les approvisionnements.
- Jensen Huang, PDG de NVIDIA, estime que la croissance de l’IA se poursuivra pendant encore sept à huit ans.
- Les investissements massifs dans l’IA, estimés à 650 milliards de dollars (environ 600 millions d’euros) en 2026 pour les entreprises nord-américaines seules, sont jugés nécessaires pour construire une infrastructure unique.
- Les consommateurs devront faire preuve de patience, car la priorité est donnée aux centres de données et les délais de normalisation des marchés de composants pourraient s’étendre jusqu’en 2028.
La révolution de l’intelligence artificielle (IA), propulsée par NVIDIA, continue de redéfinir l’industrie technologique à un rythme effréné. Cependant, cette transformation d’ampleur aura un coût pour le consommateur : l’attente. C’est ce qu’a déclaré Jensen Huang, le PDG de NVIDIA, soulignant que la demande dépasse actuellement les capacités de production.
Huang avait déjà alerté sur la pénurie croissante de plaquettes électroniques et la nécessité de mémoires RAM haute performance. Aujourd’hui, il appelle au calme ceux qui espèrent un retour rapide à la normale sur les marchés. Pour le dirigeant, l’expansion de l’IA est loin d’être terminée, avec encore sept à huit années de croissance et d’investissements massifs à venir. Cette perspective contraste avec celle de certains analystes, qui perçoivent des signes de bulle spéculative prête à éclater.
Huang défend fermement ces investissements de plusieurs milliards de dollars, les qualifiant de « nécessaires et appropriés ». Il estime que ce qui est en train d’être construit représente une « infrastructure unique pour une génération ». Il a notamment souligné lors d’une récente intervention sur CNBC que le principal obstacle au développement d’entreprises comme OpenAI ou Anthropic n’est pas le manque de fonds, mais la capacité de calcul disponible.
C’est pourquoi NVIDIA exerce une pression constante sur ses fournisseurs, tels que Samsung (pour les nouvelles mémoires HBM4) et TSMC (pour les processeurs), afin d’accélérer la production. La question de la pérennité de ce rythme d’investissement reste ouverte, mais Huang se montre optimiste. Les chiffres sont éloquents : si les dépenses totales des géants technologiques ne dépassaient pas les 400 milliards de dollars en 2025, on prévoit que les entreprises nord-américaines seules investiront environ 650 milliards de dollars en 2026.
Amazon et Alphabet (Google) à elles seules représenteront un investissement d’environ 385 milliards de dollars. Selon Gil Luria, analyste chez DA Davidson, l’industrie considère l’informatique IA comme la prochaine grande course technologique, où le gagnant rafle tout, et personne ne veut être laissé pour compte.
Cette course à la suprématie de l’IA ne se limite pas aux États-Unis. La Chine émerge comme un autre acteur majeur, développant ses propres modèles linguistiques et disposant d’une ressource de plus en plus rare en Occident : l’énergie nécessaire pour alimenter les besoins colossaux de l’IA. Pékin mise simultanément sur la robotique et le développement de son propre réseau de semi-conducteurs pour atteindre sa souveraineté technologique, tout en continuant à s’approvisionner auprès de NVIDIA.
Cet environnement d’investissement massif crée également des opportunités pour les entreprises en quête de renouveau. Intel, après avoir bénéficié du soutien de l’État pour se restructurer, se positionne comme l’une des plus grandes fonderies aux États-Unis. Elle explore également de nouveaux segments, comme la mémoire DRAM, grâce à un partenariat stratégique avec le géant japonais SoftBank, ce qui pourrait offrir au Japon une nouvelle chance dans l’industrie de la mémoire, dominée par la Corée du Sud depuis les années 1980.
Qu’en est-il des composants pour le consommateur moyen dans ce contexte ? La réponse n’est pas réjouissante. Des entreprises comme Micron augmentent considérablement leur capacité de production, mais la priorité n’est pas donnée au grand public. L’accent est mis sur les mémoires à large bande passante (HBM) destinées exclusivement aux centres de données. Si les prévisions antérieures tablaient sur la fin de la crise pour des composants tels que la RAM et les SSD vers la fin de 2026, les nouvelles estimations sont plus pessimistes. Lip-Bu Tan, PDG d’Intel, a récemment déclaré que le soulagement sur le marché ne devrait être visible qu’à partir de 2028.
L’industrie technologique s’est massivement orientée vers l’IA, et les fabricants capables d’augmenter la production de composants clés le feront. Le problème est que ces composants ne correspondent pas aux besoins de l’utilisateur moyen, une situation que NVIDIA illustre parfaitement en se concentrant désormais sur le marché lucratif de l’IA, au détriment du grand public.