Publié le 2024-02-29 14:35:00. Des neuroscientifiques explorent une nouvelle voie pour préserver la santé cognitive des seniors : le jeu social, spontané et créatif, pourrait stimuler une région clé du cerveau et ralentir le déclin lié à l’âge.
- Le jeu social, caractérisé par la spontanéité et le plaisir partagé, active le système locus coeruleus-norépinéphrine (LC-NA), essentiel à l’attention et à la flexibilité mentale.
- Des séances ludiques de seulement 20 minutes ont montré des améliorations de l’attention, de la mémoire et de la fluidité verbale chez les personnes de plus de 80 ans.
- Les chercheurs suggèrent que l’incertitude inhérente au jeu stimule le LC-NA, contribuant à la résilience neuronale et à un vieillissement cérébral plus sain.
Alors que le cerveau vieillit, des fonctions cognitives telles que la mémoire, le raisonnement et la vitesse de traitement tendent à diminuer. Face à cette réalité, les neuroscientifiques se penchent sur des approches novatrices pour contrer cette perte et maintenir l’autonomie des personnes âgées. L’une de ces pistes prometteuses réside dans le jeu social, une activité qui rappelle les interactions spontanées et créatives de l’enfance.
Une récente étude publiée dans Frontières des neurosciences humaines met en lumière l’impact positif de ce type d’activité sur le cerveau. Les chercheurs décrivent l’attitude sociale ludique – concept connu sous le nom de social play en anglais – comme une extension de l’idée que le jeu est fondamental à l’exploration humaine. Ils définissent le jeu social comme une forme d’interaction dynamique « caractérisée par la spontanéité, le plaisir mutuel et la créativité, où les individus s’éloignent des rôles routiniers ».
Contrairement aux jeux structurés, qui imposent des règles et des objectifs précis, cette approche privilégie l’improvisation, l’imagination et la collaboration. Le théâtre improvisé, les jeux de rôle ou la création collective d’histoires en sont des exemples concrets. En s’engageant dans ce type d’activité, les participants évoluent dans un environnement sécurisant où ils peuvent affronter l’incertitude sans crainte.
Le jeu social est déjà utilisé depuis plusieurs années pour réduire le stress et renforcer les liens sociaux chez les personnes âgées. De nombreuses études ont également établi un lien entre cette pratique et une diminution des troubles cognitifs. Des séances récréatives de seulement 20 minutes ont ainsi permis d’améliorer l’attention, la mémoire et la fluidité verbale chez des personnes de plus de 80 ans.
Mais quel est le mécanisme qui relie la joie et le plaisir à un vieillissement cérébral plus sain ? C’est cette question que tente de résoudre la nouvelle étude. Les chercheurs proposent une hypothèse théorique centrée sur le rôle du locus coeruleus (LC), une région du cerveau impliquée dans la gestion de l’incertitude. Ils suggèrent que les exigences cognitives liées à l’improvisation et à l’adaptation dans un jeu social activent le système LC-norépinéphrine (LC-NA), un neuromodulateur essentiel pour faire face à l’imprévisible.
« Nous suggérons que des niveaux élevés d’incertitude, illustrés par des échanges ludiques spontanés, imprévisibles et réciproques, nécessitent la mobilisation de ressources métaboliques, l’éveil périphérique et l’activation du système LC-NA du cerveau pour s’adapter et naviguer dans l’incertitude. »
Auteurs de l’étude
Or, le LC-NA tend à se détériorer avec l’âge, et son intégrité est un facteur prédictif de bonnes performances cognitives. En stimulant cette région par des interactions ludiques, il serait donc possible de préserver les fonctions mentales, d’améliorer la résilience neuronale et de favoriser un vieillissement plus sain. Les auteurs de l’étude soulignent toutefois que ce lien n’a jamais été établi auparavant et appellent à la prudence.
Ils proposent ainsi l’hypothèse d’une « optimalité positive de l’enjouement social », suggérant que les interactions ludiques encouragent l’exploration et l’adoption de nouveaux comportements. Ces interactions, marquées par des changements narratifs fréquents, un niveau élevé de nouveauté et une adaptation constante aux signaux des autres, exigent une vigilance et une flexibilité accrues. Pour répondre à ces demandes, le cerveau s’appuie sur le système LC-NA, ce qui améliore l’éveil, la concentration et la capacité d’adaptation.
Pour l’heure, cette hypothèse reste à confirmer. D’autres études et essais cliniques seront nécessaires pour valider ces premiers résultats. Néanmoins, les auteurs insistent sur l’importance d’intégrer la dimension ludique et sociale dans toute stratégie visant à promouvoir la santé cognitive des personnes âgées.
Enfin, une autre étude mentionnée suggère qu’une réduction de 30 % de l’apport calorique pourrait également ralentir le vieillissement cérébral en protégeant la substance blanche et en diminuant la neuroinflammation. Avoir un objectif dans la vie est également un facteur de protection contre la démence.