La Banque Centrale Européenne (BCE) franchit une étape majeure dans le déploiement de l’euro numérique. Cinq piliers de ce futur moyen de paiement électronique ont été attribués, marquant l’avancée d’un projet ambitieux où l’Italie joue un rôle central. En effet, le développement du « Software Development Kit » (SDK), composant essentiel à l’adoption de la monnaie, a été confié à un consortium mené par les entreprises italiennes Almaviva et Fabrick.
Ce projet d’envergure s’étend sur quatre ans, avec un contrat estimé à 76,8 millions d’euros et un cadre pouvant atteindre 153,6 millions d’euros. Les lauréats auront la tâche de concevoir l’application de l’euro numérique, baptisée « Lapon », ainsi que le SDK associé. Ce dernier sera déterminant pour l’intégration de la nouvelle monnaie électronique sur les appareils mobiles et les interfaces en ligne des quelque 400 millions d’Européens concernés. L’objectif est de rendre cet outil de paiement universel, accessible, gratuit, sûr et fiable pour tous, à l’instar des espèces et des systèmes de paiement actuels garantis par la BCE.
L’euro numérique se veut une application pratique, permettant à chaque utilisateur de disposer d’un portefeuille électronique pour ses transactions quotidiennes, qu’il s’agisse d’achats en magasin, de paiements en ligne ou de virements entre particuliers.
Piero Cipollone, membre du Comité exécutif de la BCE, a récemment réitéré la vision de l’institution lors d’un discours à Francfort. Il a rappelé que la monnaie de banque centrale demeure le socle de la confiance et de la stabilité financière. Dans un écosystème des paiements en constante mutation, les banques centrales doivent impérativement s’adapter aux innovations numériques pour préserver ce rôle de gardien de la confiance.
« L’argent des banques centrales est toujours l’ancre de la confiance et de la stabilité du système financier. Les espèces offrent un système immédiat et sans risque pour les transactions de détail et les marchés de gros, éliminant les risques de contrepartie. Dans les deux cas, la confiance est garantie par la convertibilité avec l’argent des banques centrales. Mais dans un monde qui enregistre une évolution rapide de l’écosystème des paiements et de l’innovation, les banques centrales doivent également jouer leur jeu sur la nouvelle frontière numérique afin de défendre le patrimoine de la confiance et de la stabilité dont elles sont des gardiennes. »
C’est dans cette optique que la BCE explore les technologies de registre distribué (DLT), telles que les blockchains, non pas par mimétisme, mais pour évaluer leur potentiel en termes d’efficacité, de programmation et d’intégration des services. L’objectif est de connecter l’euro numérique à l’ensemble de l’écosystème des paiements, du détail au marché de gros, aujourd’hui largement numérisé et dépendant de systèmes comme le T2 au sein de la zone euro. L’adoption de ces technologies permettra également de contrer le risque de fragmentation induit par la numérisation et la tokenisation, affirmant ainsi le rôle de la BCE en tant que garante de la confiance dans le système économique.