Home Économie Ex-bras droit de Blanquer, technocrate… Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, inquiète déjà les profs

Ex-bras droit de Blanquer, technocrate… Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, inquiète déjà les profs

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Publié le 15 oct. 2025 à 18h07. Édouard Geffray succède à Élisabeth Borne au ministère de l’Éducation nationale. Cet énarque, ancien directeur général de l’enseignement scolaire, suscite des inquiétudes chez les acteurs du monde enseignant, perçu comme déconnecté des réalités du terrain.

  • Édouard Geffray, 47 ans, est le septième ministre de l’Éducation nationale sous Emmanuel Macron.
  • Les syndicats craignent un manque de connaissance du terrain et une continuité dans les réformes critiquées.
  • La gestion du harcèlement scolaire est un point de préoccupation majeur pour les associations.

L’ancienne Première ministre Élisabeth Borne, en poste rue de Grenelle d’octobre 2024 à octobre 2025, n’est pas reconduite à la tête de l’Éducation nationale. Elle est remplacée par Édouard Geffray, un nouveau venu dans le paysage politique, nommé dans le gouvernement Lecornu II. Son profil, bien que décrit comme travailleur, inquiète une partie du monde enseignant qui le juge « déconnecté des réalités » du terrain. Des rumeurs circulent également sur son implication dans de récentes réformes de l’éducation, lesquelles ont rencontré une vive opposition de la part des professeurs et des élèves.

À 47 ans, Édouard Geffray, issu de l’ENA, devient officiellement le septième ministre de l’Éducation nationale sous le mandat d’Emmanuel Macron. Il succède à une série de ministres incluant Jean-Michel Blanquer, Pap N’diaye, Gabriel Attal, Amélie Oudéa-Castera, Nicole Belloubet et Anne Genetet. Du côté des syndicats, notamment le SNES-FSU et la FSU-Snuipp, on appelle à la « stabilité » et à la nomination d’une personne « qui connaît le terrain », une qualité qui semblerait faire défaut au nouveau ministre. Bien qu’il ait occupé des postes clés tels que directeur général des ressources humaines du ministère (2017-2019) et directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco) de 2019 à 2024, il n’a jamais exercé en tant qu’enseignant. Aurélie Gagnier, secrétaire générale de la FSU-Snuipp, souligne auprès d’actu.fr qu’« on ne peut pas comprendre le terrain tant que l’on ne l’a pas pratiqué ».

« Il a marqué l’Éducation nationale parce qu’il a quand même été l’homme qui a mis en musique l’enchaînement de réformes (Blanquer, Attal… NDLR) qui a fait beaucoup de mal à l’école et au personnel. Il a accompagné beaucoup de réformes qui ont fait beaucoup de dégâts. »

Sophie Vénétitay, Secrétaire générale du SNES-FSU

Sophie Vénétitay, actuelle secrétaire générale du SNES-FSU, tempère quelque peu, indiquant qu’Édouard Geffray « a appris à connaître le monde de l’Éducation nationale et surtout ses réalités, même s’il y a encore peut-être quelques progrès à faire ». Elle l’a connu lorsqu’il était à la Dgesco, le décrivant initialement comme un « pur technocrate, très dur ». Les enseignants gardent en mémoire certaines de ses déclarations, comme une comparaison controversée entre le suicide de la directrice d’école Christine Renon et une chute dans un escalier.

Malgré une certaine circonspection, voire une inquiétude, manifestée par Sophie Vénétitay et Aurélie Gagnier, l’angoisse n’est pas encore totale. « Quand on est enseignant, on apprend à être optimiste », confie Sophie Vénétitay. Elles attendent désormais de voir la politique menée par l’« ancien numéro 2 du très décrié Jean-Michel Blanquer ». Contrairement à Élisabeth Borne qui pouvait invoquer un manque de spécialisation sur le sujet, Édouard Geffray, fort de cinq années au sein de l’écosystème éducatif, ne pourra pas utiliser cet argument.

« Il va falloir montrer qu’il a les marges de manœuvre, qu’il a la capacité et le poids politique pour agir puisque maintenant il n’est plus haut fonctionnaire, il n’est plus numéro 2, il est numéro 1, il est politique et il va falloir qu’il passe aux actes. »

Sophie Vénétitay, Secrétaire générale du SNES-FSU

Les priorités soulevées par les syndicats incluent la réduction des effectifs par classe, le recrutement de davantage d’Accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) et de psychologues scolaires, ainsi que la revalorisation des salaires des enseignants en milieu de carrière. Le média professionnel Le Café Pédagogique se montre particulièrement méfiant, citant une étude Talis qui révélait que seulement 4 % des professeurs se sentaient considérés par la société ou les dirigeants, plaçant la France en dernière position à ce sujet. L’ironie est de mise : « L’objectif serait-il d’arriver à 100 % à l’issue du second quinquennat ? »

« Un expert du déni de harcèlement scolaire »

La santé mentale des jeunes et la lutte contre le harcèlement scolaire constituent un autre dossier urgent sur le bureau du nouveau ministre. Le tragique suicide de Sara, 9 ans, à Sarreguemines, le 11 octobre 2025, victime de harcèlement, met en lumière une réalité alarmante : le ministère de l’Éducation nationale indique une augmentation de 300 % des tentatives de suicide chez les jeunes de moins de 15 ans au cours des dix dernières années.

Ce sujet est une priorité pour Hugo Martinez, président de l’association Hugo !. Contacté par actu.fr, il exprime une vive inquiétude quant à la manière dont Édouard Geffray abordera cette question, le qualifiant d’« expert du déni de harcèlement scolaire ». Il témoigne avoir constaté à plusieurs reprises des situations de harcèlement avérées où le ministre remettait en cause les témoignages des enfants, « même face à des preuves avérées ». Hugo Martinez a récemment lancé une pétition pour que la santé mentale des jeunes soit traitée avec plus de sérieux par l’exécutif.

« À plusieurs reprises, on lui a présenté des situations de harcèlement avérées avec de nombreux témoignages, etc. Et son premier réflexe était de demander si l’enfant n’avait pas tout inventé. Je sais bien que parfois les enfants ont des interprétations un peu différentes. Mais qu’il ose dire qu’un enfant qui pleure dans son bureau est un menteur, ça je ne peux pas accepter. »

Hugo Martinez, Président de l’association Hugo !

Si Aurélie Gagnier ne se prononce pas spécifiquement sur ce point concernant le nouveau ministre, Sophie Vénétitay se souvient d’une approche plus constructive sous Édouard Geffray, comparée à celle de son prédécesseur Gabriel Attal et de son conseiller. Elle indique qu’il avait réussi à « remettre les discussions sur de bons rails » et à réintégrer les organisations syndicales dans les réunions dédiées à la lutte contre le harcèlement scolaire.

Mauvais signal

Ce qui préoccupe néanmoins les deux syndicalistes, c’est l’« énième mauvais signal » envoyé par le gouvernement. Dans l’ordre protocolaire, le ministère de l’Éducation nationale recule à la neuvième place, une position symbolique mais révélatrice. Il occupait la quatrième place sous Michel Barnier et même la première sous François Bayrou. « Pour nous, l’éducation, c’est l’avenir du pays. Ce ministère devrait être dans les premiers », s’insurge Aurélie Gagnier. « Le symbole fait mal », conclut Sophie Vénétitay.

Il incombe désormais à Édouard Geffray de prouver aux enseignants, CPE, directeurs d’établissements, personnels de santé scolaire, inspecteurs, recteurs, et plus largement aux élèves, que ce recul protocolaire n’est qu’une simple apparence.

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