Un documentaire inédit plonge au cœur des douze derniers mois de Jens Stoltenberg à la tête de l’OTAN, une période marquée par des tensions géopolitiques sans précédent depuis la Guerre froide. Pendant une décennie, de 2014 à 2024, le diplomate norvégien a dirigé l’Alliance Atlantique à travers une crise majeure, prolongé son mandat sur la demande du président américain Joe Biden pour faire face à l’invasion russe de l’Ukraine.
Le film révèle un Stoltenberg confronté à la véritable essence de la mission de l’OTAN, un rôle qui dépasse la simple gestion administrative. L’adhésion de l’Ukraine, jugée trop risquée en raison du risque de confrontation directe avec la Russie, a conduit à des stratégies alternatives. Comment aider l’Ukraine sans provoquer Poutine ? Le documentaire met en lumière cette interrogation centrale, illustrée par le soutien financier et militaire occidental à Kiev, et la réponse russe potentielle.
Au fil des séquences, on découvre Jens Stoltenberg navigant habilement entre les exigences diplomatiques et les réalités militaires. Les rencontres médiatisées avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, ponctuées de promesses de moments de détente post-conflit, contrastent avec la dure réalité du terrain. « Après la guerre, après notre victoire, nous aurons le temps… », aurait ainsi répondu Zelensky, une phrase empreinte d’une profonde mélancolie.
Le secrétaire général est également dépeint dans son rôle de médiateur interne, gérant les dissensions au sein de l’Alliance. Les images le montrent dans des échanges chaleureux avec les dirigeants occidentaux, tout en devant composer avec les réticences de certains membres. La Turquie, sous la présidence d’Erdoğan, a vu son opposition à l’adhésion de la Suède levée contre la livraison de chasseurs américains F-16. De même, la Hongrie de Viktor Orbán a obtenu une exemption pour ses contribuables de financer l’aide à l’Ukraine, suite à une manœuvre de Stoltenberg. Quant à Donald Trump, son scepticisme a été apaisé par une augmentation des contributions financières des autres membres de l’OTAN.
Si le documentaire frôle parfois l’auto-satisfaction, il met subtilement en évidence la stratégie de Stoltenberg et de l’OTAN : exploiter les périodes de crise pour gagner du temps et éviter des actions jugées trop audacieuses face à la Russie. L’objectif à long terme est de maintenir une façade d’unité, malgré la persistance de la guerre et des sanctions.
Le film capture l’essence du « cabaret international » des sommets, où les dirigeants occidentaux, malgré les tensions cachées, doivent maintenir une image de cohésion. Ils jouent la carte de l’attente, interrogeant la résistance de chaque acteur. Vladimir Poutine, fin connaisseur de l’histoire récente, sait que la chute du Mur de Berlin en 1989 et la dissolution de l’Union soviétique ont été rendues possibles par des dynamiques similaires. Jens Stoltenberg, qualifié de personnage « froid » mais « redoutablement efficace », admet d’ailleurs une certaine affinité avec Tony Soprano, contraint de ménager toutes les parties prenantes.
« Facing War » est disponible dans les cinémas britanniques à partir du 31 octobre.