Genève, Suisse – 20 octobre 2025. Alors que le monde est confronté à une dette croissante, un ralentissement des investissements et une fracture numérique grandissante, la seizième session de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED16) s’ouvre aujourd’hui à Genève. Placée sous le thème « Façonner l’avenir : conduire la transformation économique pour un développement équitable, inclusif et durable », cette rencontre vise à réorienter l’économie mondiale vers une croissance plus juste, plus verte et plus résiliente.
- Malgré un contexte économique mondial fragilisé, des opportunités émergent grâce aux nouvelles technologies, à l’évolution des flux d’investissement et à une coopération renforcée.
- Les investissements dans le numérique et l’intelligence artificielle tirent la croissance, même si les investissements globaux accusent un net recul.
- Le commerce international demeure un moteur essentiel de la croissance et de l’emploi, malgré les tensions et l’augmentation des droits de douane.
- L’Afrique affiche une croissance remarquable des investissements directs étrangers (IDE), notamment dans les secteurs du numérique et des énergies propres.
- La technologie offre un potentiel de développement significatif pour les économies émergentes, à condition d’être soutenue par des politiques adéquates.
La CNUCED16, qui se tient du 20 au 23 octobre 2025, réunit décideurs politiques, investisseurs et innovateurs pour aborder les défis majeurs de l’économie mondiale. L’événement mettra en lumière les tendances actuelles, de l’endettement massif des pays en développement aux turbulences sur les marchés financiers, en passant par l’innovation technologique et la transformation numérique.
L’optimisme prudent qui se dégage des discussions contraste avec des réalités préoccupantes. Si le commerce mondial des biens et services devrait dépasser les 33 000 milliards de dollars en 2024, représentant près de 30 % du PIB mondial, les investissements directs étrangers (IDE) ont chuté de 11 % en 2024 et devraient encore reculer de 6 % en 2025. Les investissements dans les secteurs clés comme les énergies renouvelables, les transports et l’eau ont subi une baisse de plus de 30 %.
Parallèlement, la dette des pays en développement atteint des niveaux alarmants. Ces nations font face à un déficit de financement annuel de 4 000 milliards de dollars, contre 2 500 milliards en 2015. En 2024, le coût des intérêts sur leur dette s’élèvera à 921 milliards de dollars, dépassant leurs dépenses cumulées en matière de santé et d’éducation. Les tensions commerciales se matérialisent par une hausse des droits de douane moyens dans les principales économies, qui ont augmenté de 2,6 % à 18 % en 2025, perturbant les chaînes d’approvisionnement et générant de l’incertitude. L’imprévisibilité des politiques et la concurrence accrue pour les matières premières essentielles freinent également une croissance autrefois tirée par le commerce.
La fracture numérique, malgré une augmentation des investissements étrangers directs dans le secteur numérique dans les pays en développement, persiste. Ces économies ne représentent encore que 15 % des exportations de services livrables numériquement, loin derrière les 60 % enregistrés par les économies avancées. Cette convergence de pressions – espace budgétaire restreint, relations commerciales fragiles, déclin des investissements et transformation technologique inégale – risque d’aggraver les inégalités mondiales sans une action coordonnée.
Comment la CNUCED16 peut apporter des solutions
La force de la CNUCED16 réside dans sa capacité à réunir gouvernements, secteur privé, experts et innovateurs pour trouver des solutions concrètes. L’organisation est particulièrement bien placée pour favoriser le dialogue et élaborer des propositions pragmatiques et non contraignantes, visant à aligner la finance, le commerce, l’investissement et la technologie au service du développement durable.
- Réforme du système financier : Établir un consensus pour une résolution plus rapide et plus équitable de la dette et pour une architecture financière qui oriente les investissements vers les priorités de développement.
- Investir là où les besoins sont les plus grands : Mettre en avant des approches éprouvées pour attirer et faciliter les investissements dans des secteurs clés tels que les énergies renouvelables et les infrastructures numériques.
- Renforcer la résilience commerciale : Remédier à la fragmentation des chaînes d’approvisionnement et à la hausse des droits de douane, tout en développant le commerce des services et des minéraux essentiels. Il s’agit de réaffirmer l’engagement en faveur d’un commerce prévisible et fondé sur des règles comme socle de stabilité.
- Réduire la fracture numérique : Promouvoir la coopération via le Pacte numérique mondial et le SMSI+20 pour garantir que tous les pays bénéficient des avancées de l’intelligence artificielle et de la transformation numérique. Il est crucial de promouvoir des cadres de gouvernance numérique et de données inclusifs, qui élargissent la participation et autonomisent les entrepreneurs, les femmes et les jeunes.
La CNUCED déploie par ailleurs des actions concrètes et continues. Ses rapports phares, tels que le Rapport sur l’investissement dans le monde 2025, le Rapport sur l’économie numérique 2024, le Rapport sur la technologie et l’innovation 2025 et la série Le point sur le commerce mondial, offrent des analyses de référence sur les tendances mondiales en matière de finance, d’investissement, de commerce et de numérisation.
L’assistance technique et le renforcement des capacités sont également au cœur de ses missions. Le système de gestion de la dette et d’analyse financière (SYGADE) aide 75 pays à améliorer la gestion de leur dette et leur transparence. Les examens des politiques d’investissement et les services de conseil aident les pays à affiner leurs cadres juridiques et institutionnels pour attirer des investissements productifs. Les programmes BioTrade et Fabrication durable, ainsi que les initiatives « Le commerce électronique pour tous » et « Commerce électronique pour les femmes », démontrent comment le commerce et la gestion environnementale peuvent générer des emplois, améliorer les moyens de subsistance et protéger les écosystèmes, tout en élargissant l’accès au commerce électronique et en autonomisant les entrepreneurs des pays en développement.
Enfin, la CNUCED joue un rôle moteur dans la construction de consensus et de partenariats. Elle codirige le Groupe du Secrétaire général de l’ONU sur les minéraux critiques pour la transition énergétique, plaidant pour un partage équitable de la valeur et la durabilité dans les chaînes d’approvisionnement. Elle anime également des dialogues multilatéraux sur des sujets cruciaux tels que le Pacte numérique mondial et la réforme financière internationale, assurant ainsi que tous les pays participent activement à l’élaboration d’une économie mondiale plus juste.
Le monde dispose des capitaux, des technologies, des savoirs et des réseaux d’affaires nécessaires pour atteindre une croissance durable. Ce qui fait défaut, c’est la coordination et l’équité. La CNUCED16 se présente comme l’occasion privilégiée de rassembler ces éléments, de transformer l’incertitude ambiante en opportunité et de faire en sorte que la finance, le commerce, l’investissement et l’innovation servent véritablement le développement.