La Suisse révèle ses contrastes éducatifs : des villes ultra-diplômées aux campagnes axées sur la formation professionnelle. Une nouvelle carte interactive dévoile des disparités frappantes au sein de la population helvétique, traçant l’évolution de la formation sur trois décennies à une échelle inédite.
Les données les plus récentes, publiées ce jour, dressent un portrait précis de la répartition des niveaux d’études en Suisse, permettant d’observer des différences considérables d’une communauté à l’autre. À Zollikon, sur la prestigieuse « Côte d’Or » zurichoise, 72 % de la population âgée de 25 à 64 ans détient un diplôme de l’enseignement supérieur. À l’opposé du spectre, dans la commune montagneuse uranaise de Spiringen, ce chiffre chute à 13 %.
Ces statistiques inédites, disponibles jusqu’au niveau de l’hectare (100×100 mètres), permettent d’analyser le niveau de formation des habitants par quartier, quartier urbain ou encore grande zone villageoise. L’outil interactif proposé permet de comparer les données de 1990 à celles de 2022, distinguant trois catégories principales : l’enseignement supérieur (universités, écoles supérieures pédagogiques et techniques), le niveau secondaire II (principalement la formation professionnelle) et la catégorie « Sans formation post-obligatoire » (principalement l’école primaire). Pour chaque zone, la carte indique la catégorie la plus représentée.
Une progression globale, mais des disparités persistantes
Depuis les années 1990, la Suisse a vu une augmentation générale de la proportion de personnes possédant un diplôme de l’enseignement supérieur. Ce phénomène concerne l’ensemble du territoire, avec seulement 17 communes enregistrant une progression inférieure à 10 points de pourcentage sur trente ans, comme Loèche-les-Bains dans le Valais ou Reinach en Argovie.
Les grandes agglomérations comme Bâle, Berne, Lausanne, Genève et Zurich se distinguent par une expansion éducative plus rapide que la moyenne. La ville de Zurich a ainsi vu la proportion de sa population diplômée de l’enseignement supérieur augmenter de 44 points de pourcentage en trente ans, un rythme surpassé seulement par Kilchberg (Zurich) et Ennetbaden (Argovie).
Dans ces métropoles, les diplômés de l’enseignement supérieur sont désormais majoritaires dans la plupart des quartiers. À Zurich, il ne reste qu’un seul hectare où la majorité des habitants possède un diplôme de niveau secondaire ou inférieur. Bâle et Berne affichent une tendance similaire, les universités dominant le paysage éducatif, à l’exception de quelques zones périphériques. Cette prédominance académique se traduit par une proportion plus faible de diplômés de la formation professionnelle dans ces grandes villes : 23 % à Genève et 24 % à Zurich pour la tranche d’âge 25-64 ans.
Les lacs comme épicentres du savoir, les montagnes gardent la formation professionnelle
Les communautés situées dans des emplacements privilégiés, notamment autour des lacs de Zurich et de Genève, ainsi qu’à proximité des grandes villes, concentrent les plus hauts taux de diplômés de l’enseignement supérieur. Près de 50 communes helvétiques atteignant les sommets dans ce domaine se trouvent dans les cantons de Zurich, Genève et Vaud. Tannay (VD) détient le record avec 78 % de sa population âgée de 25 à 64 ans titulaire d’un diplôme supérieur, suivie de près par Kilchberg (ZH) et Saint-Sulpice (VD), toutes deux à 76 %.
À l’inverse, les régions rurales, particulièrement dans l’Emmental, l’Oberland bernois et certaines zones du Valais, se caractérisent par une forte proportion de diplômés de la formation professionnelle (niveau secondaire II). Habkern (BE) affiche le taux le plus élevé du pays dans cette catégorie, à 73 %, talonnée par Walterswil (BE) et Kandergrund (BE), à 71 %.
Cette dichotomie s’explique en partie par les structures locales et l’offre éducative disponible. Une étude de l’Université de Berne suggère que plus l’offre régionale d’enseignement général est étendue, plus les jeunes sont susceptibles de s’orienter vers ces filières. Inversement, une offre limitée favorise l’accès aux formations professionnelles de base.
La catégorie « sans formation post-obligatoire » et la présence étrangère
La catégorie « Sans formation post-obligatoire », regroupant ceux dont le plus haut niveau d’études est l’école primaire, révèle des concentrations notables dans certaines communes, souvent liées à une forte proportion de population étrangère et à une présence significative d’emplois dans la restauration. Täsch (VS) est en tête avec 52 % de sa population dans cette catégorie. Spreitenbach (AG) et Trimbach (SO) affichent également des taux élevés (36 %). Les données montrent une concentration de ces taux dans les régions romandes.
Täsch se distingue par sa proportion d’étrangers la plus élevée de Suisse (61,5 %), formant une majorité de la population, majoritairement portugaise, souvent employée dans le secteur touristique de Zermatt. Spreitenbach présente également une forte proportion d’étrangers.
Il est important de noter que si les grandes villes comptent également une importante population étrangère, celle-ci y est généralement plus diplômée, expliquant ainsi la faible proportion de personnes sans formation post-obligatoire malgré une immigration soutenue dans des villes comme Zurich ou Genève.
Perspectives d’avenir : une éducation toujours plus tertiaire, mais un risque pour la formation professionnelle
Les tendances actuelles, confirmées par les scénarios du Conseil fédéral, indiquent que l’expansion de l’éducation supérieure se poursuivra. D’ici 2055, 66 % des 25-64 ans devraient être titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur. Cette évolution s’explique par l’élargissement de l’offre académique, l’accès accru des femmes à l’éducation supérieure et les besoins changeants de l’économie, notamment avec la numérisation.
Ce dynamisme éducatif a un revers : le taux de diplômés de la formation professionnelle a diminué, soulevant des inquiétudes quant à d’éventuelles pénuries de travailleurs qualifiés, particulièrement au sein des PME. Face à ce constat, le Conseil fédéral travaille à un rapport sur les risques potentiels pour l’économie future. Pour valoriser et renforcer la formation professionnelle, des mesures comme les nouveaux titres de « Bachelor Professionnel » et « Master Professionnel » sont envisagées, une proposition déjà soutenue par le Conseil des États.