Loin de l’image d’Épinal du tueur au masque de hockey, le premier Vendredi 13 (1980) s’impose comme une œuvre à part, dont le charme et l’efficacité atmosphérique ont traversé les décennies malgré l’ombre portée par ses suites plus spectaculaires.
La genèse du film est marquée par une approche singulièrement cynique. Désireux de signer un succès commercial après plusieurs films familiaux sans grand impact, le réalisateur Sean S. Cunningham s’est inspiré du succès d’un long-métrage à petit budget, Halloween. Pour convaincre le scénariste Victor Miller, Cunningham avait été très direct :
« Copions-le »
Sean S. Cunningham, réalisateur
Malgré ce point de départ, le film a su forger sa propre identité. L’intrigue place plusieurs moniteurs d’adolescents lors de la réouverture du camp Crystal Lake, un lieu entouré de superstitions locales. Coincés par un violent orage, les jeunes se retrouvent traqués un à un par un tueur impitoyable.

Si certains critiques ont qualifié le film de dérivé ou d’exploitation dès sa sortie, c’est précisément sa simplicité — une sorte d’« horreur vanilla » — qui fait aujourd’hui sa force. Tourné dans un véritable camp du New Jersey, le film joue sur le contraste entre le cadre accueillant et sécurisant de Crystal Lake et la menace qui pèse sur les protagonistes, renforçant ainsi l’aspect oppressant de l’atmosphère.
L’impact visuel et sonore du film repose sur deux piliers majeurs. D’une part, les effets spéciaux de Tom Savini, dont le talent pour le réalisme de la violence s’est illustré à travers des scènes de décapitations et d’égorgements brutales. D’autre part, la partition sonore de Harry Manfredini, dont le motif « Ki Ki Ki Ma Ma Ma » est devenu l’une des signatures les plus emblématiques du genre slasher.
Au-delà de la technique, le film mise sur un suspense maîtrisé. Le scénario utilise habilement des mises en scène pour maintenir le spectateur en tension, comme la scène où un couple s’abrite dans une cabane sans savoir qu’un cadavre gît dans l’un des lits superposés, ou encore l’approche furtive du tueur derrière un moniteur dans des toilettes extérieures.
Le casting, composé de jeunes acteurs sympathiques, inclut notamment un jeune Kevin Bacon avant son ascension vers la célébrité avec Footloose. Bien que les personnages répondent à des archétypes, ils apparaissent plus nuancés que dans les opus suivants, rendant leur sort d’autant plus cruel.

L’un des aspects les plus troublants du film original demeure l’identité du tueur. Contrairement à d’autres classiques comme Massacre à la tronçonneuse ou Halloween, Vendredi 13 préserve le mystère jusqu’au bout, ne livrant que des bribes visuelles — une main déplaçant une branche, une ombre rampante — pour suggérer une rage incontrôlable. Fait notable : Jason Voorhees n’est pas le meurtrier de ce premier volet, bien que l’histoire gravite autour de lui.
Bien qu’initialement rejeté par la critique, le film est devenu un succès surprise grâce au bouche-à-oreille. Cette réussite a ouvert la voie à une franchise prolifique, initiée par la question finale et frénétique de la seule survivante : « Où est Jason ? ».