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Galp et Moeve bouleversent le conseil de l’énergie | Entreprise

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Publié le 15 janvier 2026 à 08h00. Galp et Moeve étudient une réorganisation majeure de leurs activités sur la péninsule ibérique, scindant leurs opérations industrielles et commerciales pour mieux faire face aux défis de la transition énergétique et à l’intensification de la concurrence dans le secteur des carburants.

  • Galp et Moeve envisagent de créer deux coentreprises distinctes : une dédiée à l’industrie (raffinage, chimie, biocarburants) et l’autre au commerce (stations-service et services de mobilité).
  • Moeve prendrait une participation majoritaire dans la partie industrielle, tandis que Galp conserverait une participation minoritaire.
  • L’opération vise à optimiser les investissements et à répartir les risques liés à la transition énergétique, un enjeu majeur pour les compagnies pétrolières traditionnelles.

Un accord préliminaire entre Galp et Moeve, annoncé cette semaine, suscite l’attention des observateurs du secteur énergétique. Loin d’une simple fusion, ce projet de réorganisation profonde vise à adapter les deux entreprises aux mutations du marché ibérique des carburants et aux impératifs de la transition écologique.

L’architecture envisagée prévoit la création de deux entités distinctes. La première, une plateforme industrielle, regrouperait les activités de raffinage, de chimie, le commerce de produits pétroliers, ainsi que les projets liés aux biocarburants et aux énergies renouvelables. La seconde, une entreprise commerciale, serait dédiée à la gestion du réseau de stations-service et au développement de services de mobilité en Espagne et au Portugal. Cette séparation stratégique permettrait à chaque entreprise de se concentrer sur ses forces et de mieux gérer les risques spécifiques à ses activités.

Pour l’heure, aucune valorisation financière précise n’a été communiquée concernant ces coentreprises. Les équipes de Galp et Moeve sont actuellement engagées dans des audits approfondis et l’évaluation des différents actifs susceptibles d’être intégrés à ces nouvelles structures. Selon une source proche du dossier, l’objectif principal n’est pas de fixer un prix à l’alliance, mais de concevoir un modèle industriel et financier viable à long terme.

La répartition des rôles proposée reflète une réalité croissante dans le secteur énergétique européen : toutes les entreprises ne disposent pas des mêmes ressources financières ni des mêmes appétences pour le risque. La partie industrielle, gourmande en capitaux et soumise à une réglementation complexe, serait majoritairement contrôlée par Moeve, tandis que Galp conserverait une participation minoritaire. Ce montage permettrait à Moeve d’assumer la gestion d’actifs industriels matures, confrontés à des exigences environnementales et technologiques croissantes, tout en allégeant l’exposition de Galp à ces risques.

« Pour Moeve, cette alliance s’inscrit pleinement dans son objectif d’atteindre, d’ici 2030, une part de plus de 50 % de ses résultats d’exploitation provenant des énergies propres », explique une source interne. Depuis 2022, l’entreprise a déjà cédé environ 70 % de ses actifs de production pétrolière et ses activités de gaz butane et propane afin de concentrer ses ressources sur des projets industriels d’envergure liés à la transition énergétique, tels que la Vallée verte de l’hydrogène en Andalousie ou le projet d’une usine de biocarburants de deuxième génération, l’une des plus importantes du sud de l’Europe.

Moeve souligne que cette intégration industrielle « positionne favorablement la plateforme pour le développement de l’hydrogène vert et d’autres molécules vertes à faible teneur en carbone ». L’entreprise ajoute que cette restructuration vise à « renforcer la pertinence stratégique des raffineries en Espagne et au Portugal, en assurant la continuité de leurs opérations et leur transformation à long terme. En augmentant l’échelle et la capacité d’investissement, la plateforme industrielle proposée renforcera la capacité d’allouer des capitaux de manière significative à l’évolution de ces installations en véritables hubs multi-énergies intégrées, façonnant ainsi l’avenir du raffinage sur la péninsule ibérique. »

La logique diffère en ce qui concerne la partie commerciale. La coentreprise qui regrouperait environ 3 500 stations-service serait structurée comme une joint-venture paritaire, sans position dominante pour l’un des partenaires, dans un contexte de concurrence accrue, marquée par l’essor des enseignes à bas coûts et l’électrification du parc automobile, ainsi que par une fidélité des consommateurs en baisse.

Dans une note récente, Morgan Stanley a mis en avant les avantages de cette opération pour Galp, soulignant qu’elle permettrait à l’entreprise de simplifier son périmètre opérationnel et de se recentrer sur ses activités stratégiques. Cependant, cette réorganisation à deux niveaux témoigne d’un objectif plus large : créer des entreprises capables d’autofinancer leur croissance et d’absorber les coûts de la transformation énergétique sans dépendre de transferts de fonds constants de la partie amont.

Cette approche est d’autant plus pertinente que la pression financière est forte sur les activités industrielles. Maintenir des raffineries existantes, les adapter aux nouvelles normes environnementales et investir simultanément dans des alternatives bas carbone nécessitent des capitaux considérables. Galp avait déjà donné des signes de ce changement de cap en fermant sa raffinerie de Matosinhos, au Portugal, en 2021, estimant qu’il n’était pas viable d’entreprendre seule sa transformation.

Dans ce contexte, l’intégration de la raffinerie de Sines avec celles de Moeve à Huelva et San Roque permettrait de mutualiser les coûts, de gagner en échelle et de justifier des investissements qui seraient difficiles à défendre isolément. Le défi n’est pas tant d’accélérer la transition que de la rendre financièrement viable.

Si l’industrie représente un enjeu de survie, le commerce est celui de la transformation. Avec un réseau combiné d’environ 3 500 stations-service sur la péninsule ibérique, Galp et Moeve pourraient rivaliser avec Repsol, qui en compte plus de 4 000 en Espagne et au Portugal. L’objectif n’est pas nécessairement de dépasser le leader du marché, mais de cesser de concurrencer à partir d’une position structurellement plus faible.

La valeur de la distribution au détail dépasse la simple taille. C’est dans la relation directe avec le client – la sphère B2C – que se concentrent aujourd’hui les plus grandes promesses de transformation : gestion avancée de la clientèle, programmes de fidélisation, analyse des données de consommation et capacité à introduire progressivement de nouveaux services, tels que la recharge électrique et les solutions de mobilité innovantes. Contrairement au secteur industriel, plus rigide et réglementé, le contact direct avec le client permet de gérer la transition énergétique par étapes et avec une plus grande flexibilité. La pression sur les prix bas renforce cette logique. Moeve a acquis le réseau Ballenoil en 2024 dans un contexte où les stations automatiques sont passées de 8,5 % du marché en 2019 à environ 29 %, selon l’Association espagnole des stations-service automatiques (Aesae). Dans ce scénario, l’échelle devient un outil défensif pour préserver les marges et financer l’évolution du modèle économique.

À court terme, cette alliance ne devrait pas modifier sensiblement le paysage concurrentiel. Les marques continueront à fonctionner séparément et le marché restera fragmenté. À moyen terme, cependant, ce mouvement relève le seuil de compétitivité : opérer sans une taille suffisante deviendra de plus en plus difficile dans un secteur qui exige des investissements croissants et des marges de plus en plus serrées.

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