Publié le 18 février 2026 à 18h44. Cinq cents salariés de l’usine Gambro-Vantive de Medolla ont entamé une grève de plusieurs heures pour protester contre l’annonce de la vente de leur site par le fonds d’investissement américain Carlyle, suscitant de vives inquiétudes quant à l’avenir de l’entreprise et de l’écosystème biomédical local.
- Les employés de Gambro-Vantive de Medolla ont manifesté leur opposition à la décision de Carlyle de céder l’usine.
- L’incertitude plane sur l’avenir du site, avec des craintes de fragmentation et de perte d’expertise.
- Les autorités locales et les syndicats se mobilisent pour trouver des solutions et garantir la pérennité de l’activité.
Une grève de huit heures, de 8h00 à 16h00, a été observée ce lundi devant les portes de l’usine Gambro-Vantive de Medolla. Les cinq cents employés ont ainsi exprimé leur vive inquiétude suite à l’annonce, le 16 février, de la volonté du fonds américain Carlyle de se séparer de l’entreprise, révélée lors d’une réunion régionale. L’absence de plan industriel clair et les incertitudes quant à l’avenir du site ont motivé ce mouvement de protestation.
« Suite à la réunion de décembre avec la Région, nous attendions un plan industriel. Mais aujourd’hui, on nous annonce une intention de vente : on ne sait pas si ce sera l’ensemble du site, une partie, à qui, comment, dans quel délai », a expliqué Luca Bortolotti, délégué de Filctem Cgil, l’un des syndicats – avec Femca Cisl, Uiltec Uil et Rsu – qui a participé à la mobilisation pour soutenir les salariés.
L’avenir du pôle biomédical de Mirandola, reconnu pour son excellence au niveau national et international, est particulièrement préoccupant. Alessandro De Nicola, secrétaire général de CGIL Modène, a mis en garde contre une possible « vente à la découpe », qu’il juge synonyme de « pierre tombale sur l’avenir de l’usine ». Il a souligné la nécessité d’un signal fort pour l’ensemble du territoire : « Les conditions pour produire sont toujours là, le savoir-faire, l’intelligence des travailleurs sont présents. Mais nous avons besoin d’entreprises ayant de véritables objectifs industriels, et non de fonds ou d’entités uniquement intéressées par des profits à court terme. »
Les craintes de fragmentation sont vives, rappelant l’expérience malheureuse de l’ancienne Bellco, aujourd’hui Mozarc, qui a été démantelée après le passage de plusieurs acteurs, dont des multinationales comme LivaNova et le consortium sino-suédois NorrDia/Tian Yi Medical. Lucio Zinno, représentant de Femca Cisl et salarié de Gambro-Vantive, a déploré : « Lorsque de nombreuses entreprises entrent et achètent une petite part, le professionnalisme, la recherche et le développement sont perdus. » Il a également souligné le manque d’investissement du fonds Carlyle dans l’usine : « Depuis que nous faisons partie du fonds, pas un seul euro n’a été investi ici. » Vantive semble d’ailleurs perdre de son intérêt pour le marché de l’hémodialyse, espérant se repositionner dans la recherche et les thérapies pour d’autres organes.
La mobilisation a bénéficié du soutien des institutions locales. Vincenzo Colla, vice-président de l’Émilie-Romagne, et Giovanni Paglia, conseiller régional du travail, se sont rendus sur place pour témoigner de leur solidarité. Des représentants des administrations de Modène et de Mantoue, provinces fortement concernées par l’emploi sur le site, ont également participé à la grève. Alberto Calciolari, maire de Medolla, a insisté sur la nécessité d’une attention particulière pour ces entreprises : « Nous sommes le troisième district mondial pour la production de ces dispositifs médicaux et l’un des principaux au niveau européen. » Letizia Budri, maire de Mirandola, a ajouté : « En tant que maires, notre présence est plus que jamais nécessaire ici et dans les discussions avec la Région et le Gouvernement, afin d’identifier des repreneurs sérieux et des perspectives de développement solides. »
Une assemblée publique est prévue samedi à 11h00 au Théâtre de Medolla, afin de permettre aux salariés d’exprimer leurs préoccupations et de débattre des solutions possibles. Les employés souhaitent passer de la « précarité » actuelle à des « certitudes » concernant l’avenir de leur emploi. La sénatrice Vicenza Rando a suggéré d’explorer la piste d’un investissement par des entrepreneurs locaux, « compétents, courageux et ouverts sur le monde », dans le secteur de la technologie médicale.