Home Divertissement Gauvreau 100 ans ! | Théâtre de la cruauté

Gauvreau 100 ans ! | Théâtre de la cruauté

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Publié le 30 octobre 2025 à 5 h 31. Le Gesù célèbre le centenaire de Claude Gauvreau, pionnier de la modernité québécoise et figure culte de la révolution culturelle des années 1960-1970, avec un événement en trois temps.

Claude Gauvreau, dont on commémore cette année le centenaire de la naissance, demeure une figure incontournable de la scène artistique québécoise. Mort en 1971 dans des circonstances mystérieuses, le signataire du manifeste Refus global a laissé une empreinte indélébile, fascinant plusieurs générations de créateurs.

« Pour moi, Gauvreau est l’un des auteurs les plus politiques qu’on ait eus au Québec. Il était radical, avec des opinions tonitruantes sur l’art et la société », souligne Martin Faucher, metteur en scène qui a dirigé à trois reprises L’asile de la pureté. « Il avait un regard percutant sur l’hypocrisie de la société québécoise, sa bien-pensance, son mauvais goût, son côté colonisé… Il exprimait la douleur du poète qui se confronte au pouvoir et à la médiocrité. »

Pour un metteur en scène, monter du Gauvreau est une expérience singulière. « Son œuvre dramatique est spectaculaire, voire démesurée. C’est une œuvre ouverte, et très permissive, avec une palette esthétique infinie », commente Martin Faucher.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Le metteur en scène Martin Faucher en 2018.

Lorraine Pintal, de son côté, s’intéresse depuis des décennies à la dimension révolutionnaire et pamphlétaire de l’œuvre de Gauvreau. « J’ai lu tout ce qu’il avait écrit : ses lettres, ses manifestes, ses pièces, ses poèmes. Les grandes envolées de ses personnages – que ce soit Mycroft ou Yvirnig – sont toujours des appels à la Révolution. »

Lorraine Pintal

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Lorraine Pintal.

Un art provocateur

La création des Oranges sont vertes en janvier 1972, cinq mois après la mort de Gauvreau, a largement contribué à cimenter son statut de mythe. Présenté au Théâtre Port-Royal, alors occupé par le Théâtre du Nouveau Monde (TNM), le spectacle a connu un succès retentissant, allant à l’encontre des prévisions initiales et devenant l’un des plus grands succès de l’histoire du TNM.

Gilles Renaud, qui était dans la salle lors de la première, a foulé les planches la saison suivante dans La charge de l’orignal épormyable, incarnant Mycroft, « ce personnage pur et naïf à la carrure de géant ». L’acteur se souvient de la difficulté à aborder le texte de Gauvreau : « C’est très difficile de se mettre en bouche du Gauvreau », confie-t-il à La Presse. « D’abord, il faut apprendre et mémoriser ses longs monologues en langage exploréen. Ensuite, il faut trouver le sens. Car il y a du sens dans cette langue inventée, des codes cachés dans les répliques, entre les mots et les noms des personnages. Il y a une logique derrière tout ça. »

Gilles Renaud au TIFF en septembre 2025

PHOTO SAMMY KOGAN, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

L’acteur Gilles Renaud au TIFF en septembre dernier.

Dominique Marier, directrice Arts et développement au Gesù, qui supervise l’hommage à Gauvreau, voit en lui un pionnier de la modernité culturelle. « Claude Gauvreau a provoqué une cassure avec son époque. Il a changé beaucoup de choses ; dont la manière de faire du théâtre et de la poésie. Il a ouvert la porte à une grande liberté créative qui nous inspire encore. Son legs est vivant un demi-siècle après sa mort », résume-t-elle.

Dominique Marier au Centre du Gesù

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Dominique Marier dirige l’événement Gauvreau 100 ans ! au Centre du Gesù.

Selon Marier, l’œuvre de Gauvreau parle à toutes les générations, y compris aux jeunes membres de la compagnie eXplo, qui présente L’asile de la pureté le 30 octobre, dans une mise en scène de Matthias Lefèvre.

Lorraine Pintal, associée à la renaissance de l’œuvre scénique de Gauvreau au Québec au cours des 30 dernières années, a dirigé une demi-douzaine de productions, incluant des reprises de La charge… et des Oranges sont vertes au TNM, ainsi qu’une mise en scène de l’opéra Le vampire et la nymphomane. Elle clôturera les festivités le 4 novembre avec le Cabaret Gauvreau, un spectacle réunissant plusieurs artistes invités pour « témoigner de cette époque charnière de l’évolution du milieu artistique et intellectuel québécois ».

Étienne Lou dans Le projet Riopelle

PHOTO DANNY TAILLON, FOURNIE PAR DUCEPPE

Étienne Lou (au centre) a incarné Gauvreau dans Le projet Riopelle.

Étienne Lou, qui a interprété Gauvreau dans Le projet Riopelle de Robert Lepage en 2023, déclare avoir trouvé l’homme et l’artiste « très inspirant ». « Gauvreau nous prouve qu’il faut obéir à son désir intérieur, écouter son intuition et ne pas se remettre toujours en question ou faire des concessions », explique le jeune comédien.

« C’est un théâtre haut-parleur qui diffuse une parole libre et révolutionnaire. Et ça fait du bien aujourd’hui, alors qu’on a l’impression que le monde retourne en arrière », conclut Lou.

L’événement Gauvreau 100 ans ! se tient au Centre du Gesù du 30 octobre au 4 novembre.

Pour consulter la page de l’événement : www.legesu.com/spectacles/

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