La nouvelle mini-série « Hal & Harper », lancée ce dimanche sur la plateforme Mubi, propose un portrait familial d’une rare beauté et générosité, se concentrant uniquement sur ses personnages, leurs relations et leurs aspirations. Loin des clichés cinématographiques, la série puise sa force dans la vérité du quotidien. Cooper Raiff, à seulement 28 ans, confirme son talent en tant que scénariste, réalisateur et acteur principal, offrant une œuvre qui, à l’instar de « Adolescence » cette année, mêle avec brio naturalisme et artifice pour insuffler une fraîcheur bienvenue dans un paysage audiovisuel saturé.
Malgré ses huit épisodes, « Hal & Harper » s’articule autour d’un cercle intime et restreint de personnages. On y retrouve Harper (Lili Reinhart), la fille de « Papa » (Mark Ruffalo), et son frère cadet Hal (Cooper Raiff). Jesse (Alyah Chanelle Scott) est la compagne de longue date d’Harper, tandis qu’Abby (Havana Rose Liu) partage une relation plus éphémère avec Hal. Kate (Betty Gilpin) est la petite amie de Papa. Le cercle se complète avec Audrey (Addison Timlin), divorcée et mère de deux jeunes enfants, qui partage un bureau avec Harper, et Kalen (Christopher Meyer), le colocataire de Hal.
Des scènes se déroulant dans le passé voient Reinhart et Raiff incarner leurs versions plus jeunes, dans la veine de « Pen15 » de Maya Erskine et Anna Konkle. Bien que moins ouvertement comique, l’interprétation de Raiff dans la peau d’un très jeune Hal, décrit par le critique comme « hyperactif » (sans diagnostic médical), s’avère souvent hilarante. Cette approche n’est pas un artifice gratuit mais un choix délibéré, tout comme la structure en plan-séquence de « Adolescence » n’était pas une simple prouesse technique mais une nécessité narrative. Ici, le choix de faire jouer aux acteurs leurs versions enfantines permet une profondeur de jeu inaccessible aux jeunes acteurs professionnels, tout en soulignant le lien indéfectible entre l’enfant et l’adulte, et en unifiant les personnages à travers le temps.
Une série d’événements déclenche le drame familial. La maison d’enfance de Hal et Harper, à laquelle Papa, visiblement accablé par une profonde dépression, s’accroche désespérément, est mise en vente. Pendant que les deux frères et sœurs se trouvent à Los Angeles, la maison, ainsi que Papa et Kate, sont ailleurs. Kate est enceinte, et la perspective d’un diagnostic de trisomie pour le bébé amène Papa à une profonde introspection : « avec un enfant handicapé… il faut le rencontrer là où il est chaque jour », confie-t-il, regrettant de ne pas avoir été un père plus présent pour ses aînés. Parallèlement, Jesse reçoit une offre d’emploi au Texas et souhaite qu’Harper la rejoigne. Hal, étudiant en dernière année de licence sans projet précis mais avec une passion pour le dessin, rompt avec Abby après avoir découvert, suite à sa proposition d’officialiser leur relation, qu’ils n’étaient pas exclusifs jusqu’alors. Enfin, Harper se sent de plus en plus attirée par Audrey.
La perte de leur mère et le deuil non résolu de leur père ont forgé entre Hal et Harper un lien d’une intensité rare. Harper agit souvent comme une protectrice pour son frère, qui, malgré son âge adulte, exprime parfois le désir de se blottir contre elle dans son lit. Harper, de son côté, a intériorisé le sentiment d’être celle qui maintient l’édifice familial, rendant tout mouvement de recul ou de changement particulièrement difficile. Ils semblent former une île à eux seuls.
« Est-ce qu’on est amis ? » demande le jeune Hal à sa sœur.
« On est frère et sœur », répond-elle.
« Pas amis. »
« Je suppose qu’on peut être amis aussi. »
La série se caractérise par une absence quasi totale de dialogues explicatifs. Les personnages ne s’embarrassent pas de longs discours ; les silences permettent au spectateur de s’immiscer dans les interstices relationnels et de faire résonner leur vécu avec le sien. Il n’y a pas de mur entre le spectateur et l’écran, mais les acteurs, et particulièrement Reinhart et Gilpin, parviennent à émouvoir aux larmes par un simple regard. L’artifice du long monologue est ainsi évité au profit d’une authenticité plus troublante.
Bien que le récit semble organique, il est finement structuré. La durée de la grossesse de Kate rythme l’intrigue, ponctuée de résonances et de réflexions. On retrouve la chanson « I Will Survive », interprétée par Harper adulte au karaoké et, dans un flashback, par une chorale d’enfants. Une jeune Harper, déjà précoce, lit « Cent ans de solitude ». « C’est l’histoire d’une famille où tout le monde est terriblement seul », confie-t-elle à Hal, éclairant ainsi sa propre situation. « Mais ensuite, ça empire parce qu’ils se replient sur eux-mêmes, deviennent égoïstes et misérables. Mais peut-être que ça s’améliore. » Cooper Raiff, tout comme il évite les explications superflues, élimine les transitions : nous sommes ici, puis nous sommes là. Le spectateur n’est jamais perdu.
À quelques reprises, une crainte a effleuré l’idée que Raiff puisse orienter son récit vers des clichés sombres, mais ces appréhensions se sont avérées infondées.