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« Hangar Rouge », la fissure morale du coup d’État au Chili

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Publié le 17 février 2026 à 02h10. Le réalisateur chilien Juan Pablo Sallato a présenté à la Berlinale 2026 son premier long métrage, « Hangar Rouge », une plongée troublante au cœur des jours qui ont précédé et suivi le coup d’État militaire du 11 septembre 1973 au Chili, vue à travers le prisme d’un officier de l’armée de l’air.

  • « Hangar Rouge » explore les dilemmes éthiques d’un capitaine chargé d’établir un centre de détention et de torture.
  • Le film évite les clichés héroïques ou diaboliques, préférant une approche nuancée des personnages pris dans la tourmente.
  • L’œuvre se veut un appel à la mémoire pour éviter la répétition des erreurs du passé.

Loin des reconstitutions grandioses des événements politiques et de la figure de Salvador Allende, dont le suicide au palais de La Moneda a marqué le début de la dictature, « Hangar Rouge » choisit un angle d’approche singulier. Juan Pablo Sallato s’intéresse aux coulisses de l’armée de l’air chilienne, aux décisions apparemment mineures qui, prises à ce niveau, ont pu avoir des conséquences dramatiques sur le sort de milliers de personnes.

Le film suit le capitaine Jorge Silva, confronté à une mission qui lui semble initialement temporaire : mettre en place un centre de détention au sein de l’académie militaire. Rapidement, l’afflux constant de prisonniers transforme cette tâche en un véritable cauchemar, le confrontant à des questions morales insupportables. La tension monte d’un cran avec l’arrivée du colonel Mario Jahn Barrera, un ancien rival dont les comptes en suspens avec Silva menacent de compromettre sa loyauté et sa conscience.

Sallato refuse de caricaturer son personnage principal. Il ne s’agit ni d’un héros, ni d’un bourreau, mais d’un homme pris au piège. Selon le réalisateur, « Hangar Rouge » dépeint « des hommes coincés entre la logique du pouvoir et le poids de la culpabilité », invitant le spectateur à s’interroger sur ses propres réactions face à une telle situation. Le choix du noir et blanc, explique-t-il, vise à souligner la vivacité de ces souvenirs dans la mémoire collective et à distinguer son film d’autres œuvres traitant du coup d’État militaire.

Construire la mémoire collective

L’ambition de Sallato dépasse largement la simple narration d’événements historiques. « L’important dans ce type de film est de construire la mémoire pour que l’histoire ne se répète pas », a-t-il affirmé. Le film se veut ainsi un outil de réflexion, destiné à maintenir vivants les traumatismes du passé et à empêcher toute banalisation de la violence dans la société.

L’acteur Nicolás Zárate, qui incarne le capitaine Silva, souligne que le cinéma ne peut pas modifier le cours de l’histoire, mais qu’il offre la possibilité de revisiter le passé et de poser des questions pertinentes sur le présent :

« L’art ne mettra pas fin aux guerres ou aux génocides, mais il est nécessaire de voir le passé pour pouvoir construire un avenir. Nous devons nous demander pourquoi le néofascisme et la violence réapparaissent en Amérique latine et dans le monde. »

Nicolás Zárate, acteur

Pour Zárate, le défi consistait à donner à son personnage la profondeur et l’humanité nécessaires, à montrer un homme qui a lui-même subi la torture de la part de ses pairs et qui tente de conserver son éthique et sa conscience intactes.

« Hangar Rouge » s’inspire du récit autobiographique « Tirez sur le troupeau », du journaliste Fernando Villagrán, que le capitaine Silva avait sauvé de la mort alors qu’il était étudiant et détenu à l’académie. Sallato a choisi de se concentrer sur l’expérience subjective de Silva pendant le coup d’État : « Non pas d’où les décisions sont prises, mais d’où elles sont reçues », a-t-il précisé, soulignant l’exploration de la pression exercée sur les individus au sein d’un appareil répressif.

La présentation du film à Berlin revêt une signification particulière, selon Zárate :

« C’est très politique de montrer cette histoire dans une ville qui confronte constamment le passé avec le présent. »

Nicolás Zárate, acteur

Le film révèle également le destin de ses protagonistes – exil, mort, et les conséquences qui se font sentir des années plus tard. À l’heure où les discours autoritaires refont surface dans différentes régions du monde, Sallato concentre son regard sur l’instant crucial où un individu choisit de s’intégrer au système ou d’y ouvrir une brèche, rappelant que chaque choix, aussi insignifiant qu’il puisse paraître, laisse une empreinte indélébile.

(ct/ms)

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