Publié le 2025-10-24 16:16:00. La nouvelle adaptation cinématographique d’Hedda Gabler transpose le drame d’Henrik Ibsen en Angleterre en 1954, revisitant l’histoire d’une femme aux désirs refoulés manipulatrice lors d’une réception.
- Tessa Thompson livre une performance acclamée dans le rôle d’Hedda Gabler, aux côtés de Tom Bateman dans le rôle de son mari.
- La réalisatrice Nia DaCosta modernise l’œuvre d’Ibsen avec une énergie nouvelle, une esthétique audacieuse et une touche sapphique.
- Le film se distingue par sa capacité à éviter l’aspect théâtral, offrant une interprétation visuellement riche et percutante.
Depuis sa création en 1891, la pièce Hedda Gabler, souvent comparée à Hamlet féminin, a connu de nombreuses adaptations. La réalisatrice Nia DaCosta, connue pour son premier long métrage Franchir la ligne (anciennement Petits bois), s’approprie ici le récit avec une vision singulière. Cette nouvelle version, portée par une performance remarquable de Tessa Thompson, dégage une énergie sensuelle et sapphique. L’histoire se déroule en Angleterre en 1954, où Hedda Gabler organise une réception dans le but de favoriser la carrière de son mari, George Tesman, candidat à un poste de professeur.
Au cours de cette soirée, Hedda manipule subtilement son entourage, révélant des désirs longtemps contenus et des tensions latentes. La mise à jour des thèmes de la pièce, notamment la contrainte subie par les femmes dans des rôles prédéfinis, est renforcée par l’atmosphère sombre et décalée de l’adaptation de DaCosta. Hedda, peu troublée par les murmures la qualifiant de « plus sombre que je ne le pensais », orchestre les événements avec un plaisir manifeste. Il est rare de voir à l’écran une femme noire campant un personnage d’une telle méchanceté calculatrice, un choix salué par la critique.
Tessa Thompson livre ici l’une des prestations les plus marquantes de sa carrière. Son interprétation est à la fois captivante et dévorante, oscillant entre une façade de contrôle et une vulnérabilité subtilement exprimée par des expressions faciales nuancées. Nina Hoss, vue précédemment dans Tár, brille également dans le rôle d’Eileen Lovborg, une réinterprétation du personnage original au genre inversé. Son entrée en scène, marquée par un plan séquence inspiré de Spike Lee, est particulièrement mémorable. Lorsque Hedda réalise que Lovborg est également candidate au poste convoité par son mari, le film prend une tournure plus sombre et tendue.
L’adaptation parvient à se démarquer des conventions théâtrales, notamment grâce à l’utilisation du manoir comme élément géographique clé dès le générique d’ouverture. La bande sonore signée Hildur Guðnadóttir, ponctuée de chants à bout de souffle, contribue à la tension ambiante, bien que son emploi puisse parfois sembler un peu répétitif. L’un des points faibles réside dans le procédé de mise en abyme initial : le film commence par Hedda face à des policiers lui demandant des comptes, introduisant ainsi une fin sanglante qui aurait gagné à être découverte progressivement. Cependant, une fois ces artifices scénaristiques dépassés, Hedda s’avère être un thriller haletant et captivant.