Séoul renforce son arsenal et sa coopération avec Washington face aux menaces nord-coréennes, un partenariat stratégique qui vise également à rééquilibrer les forces en Asie.
Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a salué mardi à Séoul la décision de la Corée du Sud d’accroître son budget militaire. Cette démarche, qualifiée d’essentielle par le responsable américain, s’inscrit dans un contexte de renforcement de l’autonomie sud-coréenne face aux dangers émanant de la Corée du Nord et dans la perspective de « contingences régionales » imminentes. L’alliance entre les deux nations entame ainsi une nouvelle ère, axée sur la modernisation des stratégies de défense et une possible réorientation des priorités américaines vers la Chine.
Lors de leurs entretiens annuels sur la sécurité, Pete Hegseth a félicité l’engagement sud-coréen dans l’amélioration de son budget de défense et ses investissements dans le progrès militaire. Ces efforts sont jugés cruciaux pour que la Corée du Sud puisse intensifier sa dissuasion conventionnelle à l’égard des menaces nord-coréennes. Cette coopération s’étend également au domaine naval, où l’expertise sud-coréenne en construction navale assure la maintenance et la réparation des navires américains, garantissant ainsi leur disponibilité opérationnelle en cas de crise.
« Malgré les périlleux défis de sécurité auxquels nous sommes confrontés, notre alliance est plus forte que jamais », a affirmé M. Hegseth, soulignant la solidité du partenariat entre les deux pays. Il a précisé que si la menace nord-coréenne reste la préoccupation majeure, l’alliance doit également considérer d’autres dangers régionaux. « Il ne fait aucun doute que nous examinerions la possibilité de faire preuve de flexibilité face aux imprévus régionaux, mais nous nous efforçons de rester aux côtés de nos alliés ici et de garantir que la menace de la RPDC ne constitue pas une menace pour la République de Corée et nous continuerons certainement à étendre la dissuasion nucléaire comme nous l’avons fait auparavant », a-t-il déclaré.
Parallèlement, le président sud-coréen Lee Jae Myung a soumis au Parlement une proposition d’augmentation de 8,2 % des dépenses de défense pour l’année à venir. Cette hausse vise à moderniser l’arsenal militaire national et à réduire la dépendance vis-à-vis du soutien américain. Pour autant, le ministre sud-coréen de la Défense, Ahn Gyu-back, a démenti toute spéculation quant à un éventuel programme d’armement nucléaire sud-coréen ou à une demande de redéploiement d’armes tactiques américaines, réaffirmant l’engagement de Séoul envers le traité de non-prolifération nucléaire. « Parce que nous ne pouvons pas avoir d’armes nucléaires, un système intégrant les capacités nucléaires américaines et les armes conventionnelles de la Corée du Sud, le cadre CNI (intégration nucléaire conventionnelle), a été établi », a-t-il expliqué.
La question du transfert du contrôle opérationnel des forces alliées en temps de guerre à un commandement binational dirigé par un général sud-coréen a également été abordée lors d’une rencontre entre Lee Jae Myung et Pete Hegseth. Ce transfert, considéré par de nombreux Sud-Coréens comme une question de souveraineté nationale, permettrait d’alléger le fardeau militaire américain dans la région.
Ces discussions se sont déroulées dans un climat de tensions accrues, la Corée du Nord ayant procédé à des tirs d’artillerie vers ses eaux occidentales, peu avant l’arrivée de M. Hegseth. Ces actions, qualifiées de « chimère » par Pyongyang quant à une éventuelle renonciation à ses armes nucléaires, surviennent alors que Séoul cherche à renforcer son rôle diplomatique et militaire dans la région.