Publié le 14 février 2026 19:55:00. Human Rights Watch dénonce la répression violente de manifestants papous en Indonésie, qui protestaient contre un vaste projet agricole menaçant leurs terres et leurs moyens de subsistance. L’organisation appelle à des enquêtes et à des sanctions contre les forces de l’ordre.
- Human Rights Watch (HRW) a condamné la dispersion violente, le 25 janvier dernier à Merauke, de 11 manifestants papous.
- Les manifestants s’opposaient au projet Merauke Integrated Food and Energy Estate (MIFEE), un programme de conversion de forêts et de marécages en plantations agricoles.
- HRW souligne que ce projet menace les droits fonciers de plus de 40 000 personnes issues des communautés autochtones Malind, Maklew, Yei et Khimaima.
Selon HRW, les manifestants, membres du mouvement « Voix du peuple catholique de Papouasie », s’étaient rassemblés dans une cathédrale pour demander l’intervention de l’Église en faveur des populations autochtones affectées par le MIFEE. Des policiers sont intervenus pour disperser la foule de force, sans avertissement préalable ni tentative de dialogue. Des témoins affirment que les manifestants ont été agressés physiquement, certains ayant reçu des coups de matraque à la tête.
Onze manifestants ont été arrêtés par la police et relâchés après minuit, sans aucune accusation formelle. Leur avocat, Arnold Anda, du Merauke Legal Aid Institute, a déclaré que les autorités n’avaient fourni aucune justification légale pour ces arrestations. De plus, la police aurait saisi un smartphone appartenant à un manifestant, supprimant des photos et des vidéos avant de le restituer, ce qui a engendré un sentiment de surveillance et d’insécurité.
Le projet MIFEE, qui prévoit de convertir près de trois millions d’hectares (30 000 km²) de forêts et de marécages en plantations de riz, de canne à sucre et d’autres cultures, est présenté par le gouvernement indonésien comme une solution pour atteindre l’autosuffisance alimentaire et en biocarburants. Mightyearth fournit des informations complémentaires sur ce projet.
HRW met en garde contre les conséquences de ce projet sur les droits fonciers des communautés autochtones. L’organisation Pusaka a documenté des accaparements de terres frauduleux qui privent ces communautés de leurs forêts ancestrales, compromettant leur accès à la nourriture, à leurs moyens de subsistance et menaçant leur culture. Les populations locales sont également confrontées à l’exploitation des travailleurs et à des salaires insuffisants.
En mars 2025, neuf rapporteurs spéciaux des Nations Unies avaient déjà exprimé de vives préoccupations concernant les violations systématiques des droits de l’homme et de l’environnement dans la région. Ils avaient averti que près de 40 villages risquaient de perdre leurs droits traditionnels en raison de la déforestation massive, de l’intimidation militaire et de la criminalisation de toute forme de dissidence. Lettre commune des rapporteurs spéciaux de l’ONU.
En novembre 2025, ces mêmes experts de l’ONU avaient également exprimé leur inquiétude concernant la Loi spéciale sur l’autonomie pour la Papouasie, la jugeant centralisatrice et aggravant la pauvreté, la persécution et le déplacement des populations autochtones papoues. Appel des experts de l’ONU.
La Constitution indonésienne, à travers son article 18B (2), reconnaît et respecte les communautés de droit coutumier et leurs droits traditionnels, sous réserve qu’ils soient compatibles avec les intérêts nationaux et les réglementations juridiques. L’article 28I (3) souligne quant à lui la nécessité de protéger les identités culturelles et les droits des communautés autochtones conformément au progrès sociétal.
« Les policiers et les militaires qui commettent des abus contre les communautés locales devraient être tenus responsables et punis de manière appropriée. »
Meenakshi Ganguly, directrice adjointe de HRW pour l’Asie