Il y a une quinzaine d’années, Philippa Langley se lançait dans une quête audacieuse : retrouver les restes du roi Richard III, dernier souverain de la dynastie Plantagenêt en Angleterre. Une mission que la plupart jugeaient vouée à l’échec, tant la trace du monarque s’était perdue depuis plus de 500 ans. Une lubie, une entreprise déraisonnable pour cette autodidacte, sans titres universitaires, que beaucoup pensaient dépassée par les événements.
Pourtant, avec une persévérance sans faille et une conviction intime profonde, Philippa Langley a mené ses recherches avec diligence. Sa foi inébranlable en sa découverte l’a menée à retrouver le roi. Un exploit retentissant, mais dont la médiatisation mondiale a étrangement omis de mentionner son rôle central.
C’est en découvrant le documentaire de Channel 4, « The King in the Car Park », que le scénariste Jeff Pope, aujourd’hui auteur du film « The Lost King », a entendu parler de cette femme singulière. Décrite comme excentrique, voire obsessionnelle, son parcours contrastait avec les titres de presse qu’il avait lus auparavant. Intrigué, il a souhaité la rencontrer. Malgré une santé fragile, Philippa Langley a révélé une détermination à toute épreuve qui a rapidement convaincu Jeff Pope et son équipe de son intégrité absolue.
Cette rencontre a donné naissance à un scénario relatant le voyage de Philippa de Édimbourg à Leicester et la découverte archéologique du siècle. Une histoire qui, aux yeux des auteurs, avait été éclipsée par des récits plus tapageurs. « The Lost King » est ainsi né, offrant une plateforme à une femme dont le mérite était largement méconnu.
Dans le film, le personnage de Richard Buckley, l’archéologue en chef, est dépeint comme un soutien indéfectible de Philippa, bien que son rôle soit nuancé. Son ex-mari, John Langley (interprété par Steve Coogan), est montré comme loyal, parfois exaspéré par l’obsession de Philippa. Richard Taylor, ancien registraire adjoint de l’Université de Leicester, complète ce casting, incarnant une autre facette de cette affaire complexe.
Philippa Langley est présentée comme un personnage imparfait, parfois difficile, mais dont la dualité entre ordinaire et extraordinaire est au cœur du récit. Le film aborde également sa lutte contre la myalgie encéphalomyélite (ME), ou syndrome de fatigue chronique, une condition dont elle parle ouvertement. Malheureusement, sa maladie l’a empêchée de témoigner lors du procès civil intenté pour déterminer si le film avait dépeint Richard Taylor de manière injuste. L’auteur du film regrette cette absence : « J’attendais avec impatience notre jour au tribunal ensemble, une chance pour un juge d’examiner toutes les preuves et de parvenir à une conclusion juste. Mais l’absence de Philippa a signifié que nous avions perdu notre témoin clé et que nous serions allés au procès avec une main ligotée derrière le dos. Personne ne veut faire pression sur une femme malade au point de risquer d’aggraver son état. Parfois, il faut savoir tomber sur l’épée. »
La conséquence directe de cette impossibilité à se défendre pleinement fut la nécessité de trouver un accord amiable. Richard Taylor souhaitait voir le film modifié ou retiré. Il n’a obtenu ni l’un ni l’autre. « Je suis heureux de dire qu’une seule image du film a été modifiée, à l’exception d’une clarification dans la séquence de pré-générique », précise l’auteur. Une carte indique désormais que le personnage de Richard Taylor est fictif et n’a aucun lien avec la personne réelle, décrite comme ayant « toujours agi avec intégrité ».
L’auteur note que le site web de l’Université de Leicester a publié la déclaration intégrale de Richard Taylor, mais pas la sienne, qu’il attribue à un simple « oubli ». Il rappelle les faits essentiels : c’est Philippa Langley qui a initié la recherche, déterminé l’emplacement exact dans le parking, levé des fonds lorsque le financement a été coupé, et insisté pour que les ossements découverts soient excavés. Ces ossements, présentant une courbure de la colonne vertébrale et des blessures à la tête cohérentes avec les récits historiques sur Richard III, ont scellé son identité.
Richard Taylor a déclaré par la suite dans un podcast avoir dû « créer un pare-feu entre l’université et Philippa », une démarche que l’auteur reconnaît comme légitime. Il rappelle également que lors de la conférence de presse annonçant la découverte, Philippa n’était que la 13ème intervenante sur 13.
« Une chose est sûre, si Philippa avait été sur la masse salariale de l’Université de Leicester, vous pouvez parier votre chemise qu’elle aurait été au premier plan de toutes les annonces de l’université. Pas Richard Taylor. Mais comme l’Université de Leicester aimait à nous rappeler hier : « C’est une amateur ». Avouons-le, il est toujours gênant quand l’amateur découvre les restes d’un roi mort depuis 500 ans sur votre propre territoire. »
Richard Taylor a suggéré la tenue d’une enquête. L’auteur accueille favorablement cette idée : « Je serais ravi de débattre avec Richard Taylor dans un forum public de toutes les questions entourant cette saga. Notre intention avec « The Lost King » a toujours été de donner une voix à Philippa et à son triomphe. C’est quelque chose à célébrer. »
Il conclut en affirmant que Richard Taylor a raison sur un point : il s’agissait d’un combat de David contre Goliath, sauf que dans leur version, Goliath est représenté par Richard Taylor et l’Université de Leicester, et David, par Philippa.
« The Lost King » est désormais disponible pour le public, qui pourra ainsi se forger sa propre opinion.