Dans un développement significatif du conflit au Myanmar, l’une des factions d’opposition armée les plus influentes du pays a accepté un retrait négocié par la Chine d’un centre minier stratégique et lucratif, célèbre pour ses rubis. Cette décision intervient après que le groupe eut pris le contrôle de la ville l’été dernier.
L’Armée de libération nationale de Ta’ang (TNLA), considérée comme le groupe le plus puissant derrière l’offensive, a annoncé son départ de la ville minière de Mogok, située dans le nord du Myanmar. La junte militaire birmane est en proie à une guerre civile depuis son coup d’État de 2021, affrontant une coalition hétéroclite de guérilleros pro-démocratie et de puissants groupes ethniques armés. L’opposition, initialement fragmentée, a orchestré une offensive combinée fin 2023, parvenant à s’emparer de vastes pans de territoire.
Selon un communiqué publié sur Telegram par le TNLA, un accord a été conclu avec la junte suite à deux jours de pourparlers qui se sont achevés mardi. Ces discussions, supervisées par un envoyé spécial chinois, se sont tenues dans la ville de Kunming, dans le sud de la Chine. L’accord stipule le retrait du TNLA des villes de Mogok et de la localité voisine de Momeik. Bien qu’aucun calendrier précis n’ait été communiqué, le texte précise que l’armée s’est engagée à cesser les frappes aériennes et que « les troupes des deux côtés cesseront d’avancer » à partir de mercredi minuit.
Les analystes soulignent le rôle prépondérant de la Chine dans la guerre civile au Myanmar, Pékin adaptant son soutien aux groupes d’opposition et à la junte en fonction de ses intérêts économiques et sécuritaires. Certains observateurs suggèrent que l’offensive qui a mené à la capture de Mogok bénéficiait au moins d’un soutien tacite de la part de la Chine, qui aurait été lassée par l’inertie de la junte face aux centres d’escroquerie en ligne qui proliféraient le long de sa frontière.
Cependant, le soutien de la Chine à la junte s’est fait plus manifeste cette année, alors que le gouvernement militaire cherche à reprendre du terrain avant les élections prévues en décembre. Pékin présente ces élections comme une voie vers la stabilité, bien que de nombreux observateurs internationaux les considèrent comme une manœuvre visant à légitimer le maintien du régime militaire, alors même que les scrutins devraient être impossibles à tenir dans de larges enclaves contrôlées par les rebelles. La Chine a manifesté son soutien, tant sur le plan diplomatique que sur le terrain. À titre d’exemple, la ville de Lashio, dans le nord du pays et qui représentait la perte territoriale la plus importante pour la junte depuis le début du conflit, avait été restituée à l’armée en avril dernier, suite à une médiation chinoise.