La réforme du travail en Argentine fait marche arrière sur un point sensible : le gouvernement a annoncé qu’il maintiendrait le paiement intégral du salaire en cas d’arrêts maladie pour les affections graves, dégénératives ou incurables, suite à une vive polémique. Cette concession intervient après l’adoption de la réforme au Sénat, qui prévoyait initialement une réduction de 50 % du salaire pendant les arrêts maladie.
Patricia Bullrich, figure de proue de la réforme, a précisé que cette modification s’appliquerait aux maladies graves, en rétablissant le paiement à 100 % conformément à l’ancienne législation du travail. « Pour ces maladies, nous allons revenir à 100 % conformément à la loi, à l’ancienne loi sur les contrats de travail. C’est le seul pays au monde qui va payer à 100 %. Le réveil va prendre fin pour les vivants », a-t-elle déclaré.
Le gouvernement justifie cette mesure par la nécessité de lutter contre les fraudes et les abus en matière d’arrêts maladie. Federico Sturzenegger, Ministre de la Déréglementation et de la Transformation de l’État, avait illustré cette position en affirmant que, dans le cas d’une blessure sportive, le salaire serait réduit à 50 %, l’employeur n’étant pas responsable de l’activité du salarié. « Si vous vous êtes blessé en jouant au football, vous avez agi activement et l’employeur n’y est pour rien ; dans ce cas, c’est 50 % », avait-il déclaré.
L’article 44 de la réforme, qui modifie l’article 208 de la loi sur le contrat de travail, stipule que les travailleurs en arrêt maladie pour des raisons non liées au travail recevront 50 % de leur salaire. Si l’arrêt est dû à une activité volontaire consciente des risques pour la santé, la rémunération sera de 75 %. En cas de rechute, celle-ci ne sera pas considérée comme une nouvelle maladie.
La question des arrêts maladie a suscité des tensions au sein du Parlement, certains législateurs exprimant des doutes quant à l’opportunité de soutenir la réforme dans ces conditions. Des inquiétudes ont été soulevées quant à l’ajout de cet article à la dernière minute.
Patricia Bullrich a également critiqué ce qu’elle qualifie d’« excès » en matière de congés pour raisons de santé mentale, dénonçant une « truite argentine » et évoquant des cas de fraudes à grande échelle. « Il y a un énorme excès » de ce type de licences, a-t-elle affirmé, précisant qu’elle avait été confrontée à de nombreux cas similaires lors de son mandat au ministère de la Sécurité. Elle a également évoqué l’existence d’une « mafia » derrière ces pratiques et a annoncé que La Libertad Avanza s’était adressée au gouvernement pour « mettre fin aux mafias ».
Le gouvernement insiste sur la nécessité de cette réforme pour améliorer la productivité et lutter contre les abus, affirmant vouloir « détruire cette mafia » et réduire l’absentéisme, actuellement estimé à 15 % en Argentine. « Nous avons besoin de productivité, pour que les entreprises travaillent, qu’elles aient confiance », a conclu Patricia Bullrich.