La potentielle acquisition de Downtown par Universal Music suscite une vive inquiétude quant à l’impact sur la diversité culturelle. L’association IMPALA, fer de lance du secteur indépendant, dénonce cette opération à 775 millions de dollars, mise à l’examen par la Commission européenne.
Alors qu’une enquête approfondie de la Commission européenne est en cours, IMPALA, basé à Bruxelles, a levé le voile sur un aspect souvent négligé de cette transaction : ses conséquences pour la diversité culturelle. Dans un document intitulé « Universal/Downtown – Pourquoi est-ce important du point de vue de la diversité culturelle ? », l’organisation expose ses arguments.
Cette préoccupation nouvelle s’inscrit dans un mouvement de résistance de longue date du secteur indépendant face au rachat de Downtown par UMG. Dès le début, des acteurs majeurs comme IMPALA et son membre AIM ont exprimé leur opposition, plaidant pour un blocage pur et simple de l’opération. En octobre dernier, ils ont d’ailleurs lancé la campagne « 100 Voices », mettant en lumière les inquiétudes spécifiques de nombreuses entreprises et dirigeants indépendants.
Jusqu’à présent, les critiques se concentraient principalement sur les risques de distorsion de la concurrence anticipés. Aujourd’hui, IMPALA élargit son champ d’action en mettant l’accent sur la dimension culturelle.
Bien que les détails exacts des arguments d’IMPALA ne soient pas publics, l’organisation aurait, selon toute vraisemblance, exploré en profondeur les considérations culturelles dans sa « soumission confidentielle… à la Commission européenne ». Un résumé partagé avec DMN offre cependant un aperçu complet.
Selon ce résumé, les labels indépendants sont « toujours à la pointe de l’acquisition et du développement de nouvelles musiques ». Cette position s’explique en partie par la taille plus modeste de leurs catalogues par rapport aux majors, dans un contexte où les œuvres existantes dominent sur les plateformes de streaming. Ces « acteurs essentiels du risque » seraient ainsi responsables de « plus de 80 % des nouvelles sorties en Europe », d’après le document. En suivant cette logique, et avec le soutien de travaux de la professeure en politique de la concurrence Amelia Fletcher, une réduction accrue de la concurrence aurait un impact négatif sur les revenus des indépendants, affectant ainsi le tissu culturel dans son ensemble, explique IMPALA.
D’autres facteurs déjà défavorables aux indépendants sont mis en avant : la domination des majors sur le streaming, la présence de places garanties dans les playlists, ainsi que la « politique de démonétisation du streaming initiée par UMG, basée sur un seuil de 1 000 écoutes », et bien d’autres éléments, détaille le document.
« C’est problématique car les labels indépendants ouvrent la voie à la promotion d’artistes nationaux hors des circuits traditionnels, chantant dans des langues locales et développant des genres de niche émergents. … Si UMG rachète Downtown, il y aura un impact préjudiciable significatif sur la diversité culturelle artistique au sein de l’Espace économique européen (EEE) du fait que les labels indépendants généreront moins de revenus et auront moins de fonds à consacrer à la nouvelle musique. »
« Il s’agit d’une question d’équilibre », a ajouté Helen Smith, présidente exécutive d’IMPALA. « Les grandes entreprises sont importantes, tout comme la collaboration, à l’image du projet conjoint de licence IA avec Spotify. »
« Parallèlement, des inquiétudes ont été soulevées quant à la santé du marché numérique et de son écosystème si le leader est autorisé à devenir trop important. Les conclusions pointent le risque de voir le secteur indépendant perdre des revenus, ce qui se traduirait par moins de sorties et une diversité réduite », a conclu Mme Smith.
Dans ce contexte, il sera essentiel de suivre de près l’enquête de la Commission européenne, dont la décision est attendue début 2025. L’approche réglementaire proactive de l’UE n’est plus un secret, tout comme les rencontres entre les dirigeants des organisations indépendantes et le commissaire européen Valdis Dombrovskis. De plus, IMPALA est lui-même « cofinancé par l’Union européenne », et la Commission n’a choisi de lancer une enquête de phase II plus approfondie qu’après avoir estimé que le rachat potentiel « menaçait d’affecter significativement la concurrence ».