Publié le 2025-10-18 19:54:00. La Commission européenne a dévoilé ce jeudi 16 octobre un ambitieux plan stratégique visant à renforcer significativement les capacités de défense des États membres de l’UE d’ici 2030. Baptisée « ReARM Europe », cette feuille de route propose des objectifs clairs, des initiatives conjointes et des investissements ciblés pour garantir la sécurité du continent.
- Renforcer la dissuasion face aux menaces extérieures.
- Combler les lacunes actuelles en matière de défense.
- Favoriser l’autonomie stratégique européenne.
Au cours d’une conférence de presse, la Commission européenne a présenté le calendrier de préparation à la défense pour la période s’étendant jusqu’à 2030. L’objectif principal de cette initiative, initialement nommée « Preparation 2030 », est d’établir des objectifs précis, mesurables et atteignables pour les États membres. La concrétisation de ces objectifs permettrait de combler les insuffisances actuelles en matière de défense et d’accélérer les investissements dans ce secteur.
Kaja Kallas, Haute Représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a souligné l’importance de cette démarche : « L’objectif de la proposition est que les États membres dissuadent les agresseurs potentiels en développant leurs forces, afin qu’ils puissent maintenir la paix en Europe. » Elle a ajouté que ce renforcement est d’autant plus nécessaire face aux menaces actuelles, notamment celles émanant de la Russie, qui pourraient se matérialiser dans les années à venir.
Henna Virkkunen, Commissaire européenne à la souveraineté technologique, à la sécurité et à la démocratie, a affirmé avec force : « Notre message est clair : l’Europe monte en puissance, investit dans sa défense et l’Europe est prête à se défendre. » Andrius Kubilius, Commissaire européen à la défense et à l’espace, a qualifié ce programme de « plan de construction stratégique révolutionnaire », visant à dissuader toute agression envers l’Europe et à préserver la paix.
La Commission européenne a présenté quatre initiatives européennes majeures dans le cadre de cette feuille de route : l’Initiative européenne de défense contre les drones (anciennement « mur de drones »), un système de surveillance de la frontière orientale, un bouclier aérien européen et un bouclier spatial européen. Ces initiatives visent à combler neuf lacunes identifiées précédemment dans les capacités de défense des États membres, couvrant des domaines tels que la défense aérienne et antimissile, la mobilité militaire, les systèmes d’artillerie, l’intelligence artificielle, la guerre électronique et cyber, les systèmes de missiles, les drones, ainsi que les capacités terrestres et maritimes.
Un aspect central de la proposition réside dans la promotion d’une coopération accrue entre les États membres, ainsi que dans le développement d’achats et d’investissements conjoints. Selon le Commissaire Kubilius, l’achat groupé d’équipements pourrait permettre de réduire les coûts jusqu’à 30 %, générant des économies substantielles pour les États membres. L’objectif est d’augmenter la part des achats groupés de près de 20 % actuellement à 40 % d’ici 2027, et à terme 60 % d’ici 2030.
La feuille de route met également l’accent sur l’autosuffisance européenne, encourageant l’acquisition d’armes et de munitions fabriquées au sein de l’UE. Dans ce contexte, le Commissaire Kubilius a appelé à la négociation et à l’approbation du programme industriel européen de défense (EDIP) d’un montant de 1,5 milliard d’euros, qui peine actuellement à aboutir. Ce programme a pour vocation de développer l’industrie européenne de défense afin qu’elle puisse fournir suffisamment de munitions et d’équipements aux États membres.
La proposition souligne la résilience des chaînes d’approvisionnement, l’exploitation du potentiel des développements de défense et la surveillance de la capacité de production. L’Ukraine est également appelée à jouer un rôle, potentiellement au sein de coalitions pour développer certaines capacités, notamment dans le domaine des drones. Kaja Kallas a d’ailleurs mentionné le souhait d’établir une alliance de drones avec Kiev dès l’année prochaine.
La Commission a tenu à préciser que la défense reste de la compétence des États membres. Cependant, l’UE s’engage à fournir un soutien maximal pour l’atteinte des objectifs fixés conjointement. Les États membres ont déjà augmenté leurs dépenses de défense, passant de 228 milliards d’euros en 2021 à 392 milliards par an sur quatre ans. Des fonds européens, tels que ceux du Fonds de reprise et de résilience (RRF) et potentiellement des fonds de cohésion, pourraient également être réaffectés pour financer ces efforts.
Le 23 octobre, Kaja Kallas et Ursula von der Leyen présenteront cette proposition de feuille de route au Conseil européen. Si un accord politique est trouvé, le texte sera ensuite soumis au Parlement européen et au Conseil de l’Union européenne pour discussion et adoption.