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Inquiétudes en matière de trafic dans un contexte d’augmentation de l’IPA vietnamienne

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Publié le 2025-10-16 07:00:00. Les autorités irlandaises observent une recrudescence spectaculaire des demandes de protection internationale émanant de ressortissants vietnamiens, une tendance accompagnée d’une hausse significative des cas signalés de traite humaine.

  • Le nombre de demandes d’asile de Vietnamiens en Irlande a plus que doublé cette année par rapport à 2023.
  • Le Bureau national des services de protection de la Garda constate une augmentation marquée des victimes de traite parmi ces demandeurs.
  • La traversée de la Manche par de petits bateaux et la zone de voyage commune sont citées comme facteurs explicatifs de cet afflux.

Les statistiques du ministère de la Justice irlandais révèlent une envolée sans précédent du nombre de ressortissants vietnamiens sollicitant une protection internationale sur le territoire. Cette augmentation, d’abord discrète, a pris une ampleur considérable depuis le début de l’année 2024. Parallèlement, les services de la Garda (police irlandaise) spécialisés dans la lutte contre la traite des êtres humains tirent la sonnette d’alarme face à une hausse notable des cas signalés au sein de cette population.

La pandémie de Covid-19 avait marqué un net ralentissement des demandes d’asile émanant du Vietnam, avec des chiffres ne dépassant pas la vingtaine par an entre 2020 et 2022. En 2023, cette tendance s’est inversée avec 36 demandes, avant une explosion en 2024. Au 2 octobre, le nombre de demandes avait atteint 520, dépassant largement le bilan annuel de 2023, qui avait déjà vu une nette augmentation. Cette progression n’a fait que s’accentuer, selon le surintendant-détective Derek Maguire du Bureau national des services de protection de la Garda.

Un lien avec les traversées de la Manche ?

Cette hausse coïncide avec une problématique majeure au Royaume-Uni : les traversées de la Manche à bord de petites embarcations. Les ressortissants vietnamiens ont constitué la première nationalité à tenter cette traversée vers le Royaume-Uni durant le premier semestre 2024. Les autorités soupçonnent un lien direct entre cette migration irrégulière et l’augmentation du nombre de personnes vulnérables arrivant en Irlande. Le processus de traite peut être long, parfois plusieurs années, avant que les victimes n’atteignent l’Irlande après avoir été exploitées dans divers pays, notamment en Russie, Lettonie, Lituanie et Allemagne.

« Finalement, ils se retrouvent en France, prennent des bateaux pour le Royaume-Uni, où ils entrent dans la procédure d’asile avant de disparaître », explique le surintendant Maguire. La zone de voyage commune, qui permet une circulation facilitée entre le Royaume-Uni et l’Irlande, est également pointée du doigt comme un facteur contribuant à cet afflux. Le ministre de la Justice, Jim O’Callaghan, a récemment souligné que près de 87,66 % des demandeurs de protection internationale entreraient en Irlande par la frontière nord, en provenance d’Irlande du Nord.

Si les Vietnamiens ne sont pas toujours considérés comme une nationalité à risque majeur en termes de trafic, l’augmentation spectaculaire observée cette année ne laisse pas les autorités indifférentes.

Des réseaux impliqués dans la culture de cannabis et les bars à ongles

La traite de main-d’œuvre et la criminalité forcée impliquant des ressortissants vietnamiens et chinois sont souvent liées à l’exploitation dans des lieux dédiés à la culture de cannabis et dans des bars à ongles. Les victimes, souvent désorientées à leur arrivée, tombent aux mains de réseaux qui les exploitent. Le coût de la traversée, initialement autour de 500 € pour un faux passeport, peut grimper jusqu’à 20 000 € à l’arrivée. Les personnes exploitées se retrouvent dans une dette qu’elles doivent rembourser par le travail, sans toujours comprendre l’ampleur de leur engagement.

Un cas révélé en 2023 par le Connaught Tribune illustre cette situation : une victime de traite, exploitée dans une ferme de cannabis dans l’est de Galway, avait été arrêtée par la Gardaí, ignorant sa localisation exacte. Le Bureau national des services de protection de la Garda traite chaque cas individuellement, indépendamment des lieux d’exploitation. Le surintendant Maguire insiste sur la distinction entre le simple passage clandestin et la traite des êtres humains, qui constitue un crime contre la personne, impliquant une exploitation et une contrainte.

Il rappelle le drame survenu en 2019, lorsque les corps de 39 migrants vietnamiens ont été découverts dans la remorque d’un camion frigorifique au Royaume-Uni. Ces individus avaient payé des sommes astronomiques à des organisations criminelles pour leur passage, mais ont fini par être victimes de trafic et d’exploitation. « Vous pouvez être un passeur clandestin, puis lorsque vous êtes exploité, vous devenez une victime de la traite », explique-t-il. Face à ces tendances, l’unité spécialisée de la Garda collabore étroitement avec les polices d’autres juridictions, ciblant les réseaux criminels qui maintiennent les victimes sous leur emprise par la peur et la désinformation.

L’augmentation des mineurs non accompagnés

Une tendance préoccupante concerne également les mineurs non accompagnés. Si les chiffres sont moins alarmants que pour les adultes, une augmentation est constatée. Ces enfants, pris en charge par l’équipe des enfants séparés de Tusla (l’agence irlandaise de protection de l’enfance), sont à la recherche d’une protection internationale. Entre 2020 et 2023, aucun jeune Vietnamien n’avait été référé à cette équipe. Cependant, en 2024, sept enfants vietnamiens ont été confiés à Tusla, un chiffre atteignant 45 à la mi-août. L’âge moyen de ces jeunes est de 17 ans et plus. Tusla signale systématiquement tout soupçon de traite à An Garda Síochána.

Une réponse jugée insuffisante

Un forum a été mis en place entre Tusla et la Garda pour améliorer la coordination dans la prise en charge des mineurs isolés et des enfants à risque de traite ou d’exploitation. Cependant, la Commission irlandaise des droits de l’homme et de l’égalité (IHREC), rapporteur national sur la traite en Irlande, critique de plus en plus la réponse de l’État. L’IHREC déplore que le mécanisme national d’orientation (NRM), destiné à coordonner l’identification et le soutien des victimes, ne soit pas encore opérationnel. Le commissaire en chef Liam Herrick souligne que le manque de protection juridique pour les victimes, souvent contraintes d’accomplir des actes répréhensibles, est inacceptable.

« Il n’est pas acceptable que les victimes de la traite puissent être punies par l’État pour des actes qu’elles ont été forcées de commettre mais sur lesquels elles n’avaient aucun contrôle réel », a-t-il déclaré. La réponse globale de l’Irlande à cette violation flagrante des droits humains reste selon lui inadéquate. La Garda exhorte les victimes à se manifester, promettant de cibler les groupes criminels qui les exploitent, et rappelle l’existence de la campagne Blue Blindfold, encourageant le signalement de suspicions liées à la prostitution et à la traite.

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