Drunken Noodles, le nouveau long-métrage du cinéaste argentin Lucio Castro, explore les liens ténus entre désir, mémoire et création artistique à travers le parcours d’un étudiant installé à Brooklyn.
Le récit suit Adnan, interprété par Laith Khalifeh, un étudiant diplômé qui s’installe à New York pour un stage d’été dans une galerie d’art locale. Le point de bascule du film survient lorsqu’une rencontre intime avec un livreur de nourriture réveille en lui le souvenir d’anciens amants. À partir de cet instant, le récit s’affranchit de la chronologie pour voyager à travers le temps, l’espace et l’art, illustrant comment chaque rencontre passée continue d’influencer la vie présente d’Adnan.

Lucio Castro mise sur une direction artistique fluide pour porter son œuvre. Si le film évoque initialement une romance estivale luxuriante, rappelant l’atmosphère de Call Me by Your Name, il évolue rapidement vers une forme plus hybride. En intégrant de la poésie, des tableaux et de la broderie, Drunken Noodles s’apparente à un film expérimental, voire multimédia, reflétant ainsi la nature changeante et parfois inexplicable du désir.
Cette approche expérimentale reste toutefois accessible grâce à l’écriture du personnage principal. Adnan est dépeint comme un participant relativement passif : qu’il s’agisse d’une nouvelle inspiration artistique ou d’un partenaire sexuel, il se laisse porter par les événements. Laith Khalifeh livre une performance habitée, dont le regard trahit une vie intérieure intense, rendant crédible le magnétisme qu’il exerce sur les hommes qu’il croise.
Au-delà des rencontres spontanées, le film s’intéresse à la quête d’un bonheur absolu, cherché tant dans la sexualité que dans l’art. Loin de suggérer que cette odyssée de relations casual nuise à son intégrité, le film soutient l’inverse : chaque personne rencontrée laisse une empreinte durable. Dans cette perspective, Adnan devient lui-même une œuvre d’art, façonnée par les autres autant qu’il est l’artiste de sa propre vie.