Publié le 2025-10-11 09:02:00. L’Association européenne des constructeurs automobiles (ACEA) presse la Commission européenne d’assouplir les objectifs de réduction des émissions de CO2 pour 2030 et 2035, arguant que le marché actuel des véhicules électriques ne permettra pas d’atteindre les seuils fixés. Cette requête pourrait retarder l’interdiction effective des ventes de voitures à combustion en 2035.
- L’ACEA demande une révision des normes CO2 jugées trop ambitieuses.
- Seulement 63 % des voitures vendues en Europe en 2035 seraient électriques selon les projections actuelles, loin des 100 % visés.
- Des amendes substantielles pourraient frapper les constructeurs ne respectant pas les futures réglementations.
L’Association européenne des constructeurs automobiles (ACEA) a officiellement saisi la Commission européenne pour une révision des objectifs d’émissions de dioxyde de carbone (CO2) prévus pour 2030 et 2035. Cette démarche intervient après des débats au Parlement européen et des rencontres entre des dirigeants de l’industrie automobile allemande et des responsables politiques.
Selon les analyses de l’ACEA, même avec la dynamique actuelle de transition vers l’électrique, la part de marché des voitures électriques en Europe n’atteindra que 63 % d’ici 2035. Ce chiffre est significativement inférieur à l’objectif fixé par l’Union européenne de 100 % de véhicules zéro émission parmi les nouvelles immatriculations à cette date. Il est rappelé que l’interdiction de l’immatriculation des voitures à combustion en 2035 correspond en réalité à une norme d’émission de 0 gramme de CO2 par kilomètre. Le dépassement de cette limite, même minime, entraînerait des pénalités financières lourdes pour les constructeurs, de 95 euros par gramme excédentaire et par véhicule.
Les dates clés de la proposition de l’ACEA concernent les futures réductions des seuils d’émissions. Pour 2030, la limite actuelle, fixée à un peu moins de 94 grammes de CO2 par kilomètre, devrait être ramenée à environ 50 grammes. L’échéance de 2035 verra l’application de la limite de 0 gramme.
L’industrie automobile européenne se dit préoccupée par la faisabilité de ces objectifs. L’ACEA avance que l’objectif pour 2030 est « irréaliste », et que le maintien de ce cap pourrait coûter aux constructeurs jusqu’à 25 milliards d’euros en amendes. Un scénario qui, bien qu’extrême, n’est pas dénué de fondement. L’année dernière, la Commission européenne avait exceptionnellement accordé un délai de paiement de trois ans pour les pénalités dues, afin de laisser plus de temps à l’industrie pour s’adapter à la norme de 93,6 grammes de CO2/km applicable dès janvier 2025.
Pour pallier ces difficultés, l’ACEA propose des ajustements. Notamment, elle suggère que la responsabilité des constructeurs pour atteindre l’objectif 2030 soit calculée sur une moyenne quinquennale, s’étalant de 2028 à 2032. D’autres propositions visent à soutenir le marché, telles que des subventions pour l’achat ou le leasing de petites voitures électriques, un rôle accru pour les hybrides rechargeables, et l’introduction d’incitations pour les innovations favorisant la décarbonation, comme l’utilisation d’acier à faible émission.
Malgré les affirmations d’organisations favorables au maintien des normes, comme Transport & Environment, selon lesquelles la majorité des constructeurs seraient « sur la bonne voie », des données récentes suggèrent une situation plus contrastée. Un rapport du Conseil international des transports propres (ICCT) indique qu’au premier semestre de l’année, seuls Renault respectait la limite en vigueur. Les deux principaux groupes automobiles européens, Volkswagen et Stellantis, dépassent quant à eux leurs objectifs d’émissions, respectivement de 11 et 12 grammes de CO2 par kilomètre.
« Il existe donc de solides arguments en faveur d’un recalibrage de la trajectoire actuelle de réduction des émissions de CO2 », affirment les représentants de l’ACEA.