Publié le 10 février 2026 20h32. La visite du président israélien Isaac Herzog en Australie s’est déroulée dans un contexte de vives tensions, marquée par des manifestations de grande ampleur et des critiques internationales concernant la politique israélienne en Cisjordanie.
- Le gouvernement israélien a annoncé de nouvelles mesures visant à renforcer son contrôle sur la Cisjordanie occupée, suscitant l’indignation internationale.
- Des manifestations ont eu lieu à Sydney, parfois émaillées de violence, en marge de la visite de M. Herzog, qui a dénoncé une tentative de délégitimation d’Israël.
- L’Australie a réaffirmé son opposition à la politique de colonisation israélienne et son soutien à une solution à deux États.
Alors que le président israélien Isaac Herzog accusait les milliers de manifestants à Sydney, qui protestaient contre sa visite lundi, de vouloir remettre en question le droit à l’existence d’Israël, son gouvernement prenait des mesures concrètes en Cisjordanie, qualifiées par certains d’efforts pour « enterrer l’idée d’un État palestinien ». Ces actions compliquent la position du gouvernement australien, qui avait tardivement reconnu l’État de Palestine en septembre dernier, après avoir longtemps soutenu une solution à deux États au Moyen-Orient.
Les scènes de tension observées lundi à Sydney ont largement circulé sur les réseaux sociaux, suscitant un débat sur les responsabilités respectives de la police et des manifestants. Des images ont montré des policiers intervenant brutalement sur des personnes en prière et frappant un manifestant les mains en l’air. Ces incidents illustrent la profondeur des divisions révélées par la visite de M. Herzog, loin de l’apaisement communautaire espéré par le Premier ministre australien, Anthony Albanese, qui avait invité le chef d’État israélien pour soutenir la communauté juive locale, se sentant « entendue » par cette invitation.
Un débat sans nuances
L’indignation face aux actions de représailles du gouvernement israélien à Gaza, qui ont fait environ 70 000 morts, s’est accrue après l’horreur initiale suscitée par les attentats du 7 octobre 2023 en Israël, au cours desquels 1 219 personnes ont été tuées. Israël est accusé de génocide devant la Cour internationale de Justice, ce qu’il conteste fermement. À cela s’est ajoutée la fusillade antisémite survenue lors d’une célébration de Hanoukka à Bondi, qui a fait 15 morts et constitue l’attentat terroriste le plus meurtrier de l’histoire de l’Australie.
Tous ces événements laissent planer un doute sur l’orientation future de la politique australienne dans un contexte politique particulièrement volatil.
M. Herzog, dont des propos ont été jugés incitant au génocide par une commission d’enquête spéciale de l’ONU (allégation qu’il nie), a déclaré lundi que les manifestations observées à travers le pays équivalaient à une tentative de saper et de délégitimer l’existence d’Israël, contredisant ainsi l’esprit de la longue alliance entre l’Australie et son pays. Il est important de noter que le rapport de la commission n’a pas de valeur juridique contraignante.
Cependant, la situation à Gaza met en lumière les actions d’Israël.
Israël continue de rejeter les critiques, les qualifiant d’antisémites ou de manque de compréhension de la nécessité pour l’État de se défendre.
Les positions israélienne et palestinienne dans ce conflit amer manquent cruellement de nuances.
Les Australiens ont commencé à protester contre la visite du président israélien avant son arrivée. (PAA : Callum Godde)
Israël renforce son emprise sur la Cisjordanie occupée
La position de l’Australie en faveur du droit d’Israël à exister n’implique pas de sacrifier les droits des Palestiniens dans les rares territoires qui leur ont été laissés après l’expulsion d’environ 800 000 Palestiniens de leurs foyers lors de la création de l’État d’Israël en 1948, un événement connu sous le nom de *Nakba*.
L’occupation par Israël de la Cisjordanie et des territoires palestiniens, y compris Gaza, est considérée comme illégale au regard du droit international. Le 19 juillet 2024, la Cour internationale de Justice (CIJ) a rendu un avis consultatif historique déclarant illégale l’occupation des territoires palestiniens par Israël, jugeant que sa présence, l’expansion des colonies, l’annexion et l’exploitation des ressources naturelles violaient le droit international. L’Australie, comme de nombreux autres pays, partage ce point de vue depuis longtemps.
Depuis la fin du cessez-le-feu en octobre dernier, 500 Palestiniens supplémentaires ont été tués par Israël dans la bande de Gaza.
Il s’agit d’une zone très restreinte de la bande – environ 42 % – non occupée et rasée par Israël. Aucun calendrier sérieux de retrait israélien de ce territoire n’a été annoncé.
Lundi, Israël a pris une nouvelle mesure pour renforcer son contrôle sur la Cisjordanie, où les colons ont chassé agressivement les Palestiniens de leurs terres, agressé les habitants, démoli des maisons et détruit des récoltes avec des pesticides.
La Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, constituerait la plus grande partie d’un futur État palestinien, mais est considérée par beaucoup, du point de vue religieux d’Israël, comme une terre israélienne.
Alors que M. Herzog entamait sa visite en Australie, le cabinet de sécurité israélien a annoncé son intention de renforcer l’emprise israélienne sur la Cisjordanie occupée, permettant aux Israéliens d’acheter directement des terres en Cisjordanie et d’étendre le contrôle israélien sur les zones administrées par l’Autorité palestinienne.
Cette annonce a suscité l’indignation internationale, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’étant déclaré « gravement préoccupé », tandis que l’Arabie saoudite et sept autres pays à majorité musulmane ont condamné cette décision, qui ouvrirait la voie à davantage de colonies dans le territoire palestinien occupé.
M. Guterres a averti que ces changements « érodaient les perspectives d’une solution à deux États », a déclaré son porte-parole, Stéphane Dujarric, dans un communiqué.
Et c’est clairement le plan.
Le DFAT confirme son objection
Le ministre israélien des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich, a annoncé cette décision en déclarant : « nous continuerons à tuer l’idée d’un État palestinien ».
Il a précisé que les changements visaient à « approfondir nos racines dans toutes les régions de la Terre d’Israël et à enterrer l’idée d’un État palestinien ».
Quelle est la réaction de l’Australie à ces événements alors que le président israélien est en visite d’État ?
Interrogé par l’ABC, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères et du Commerce a déclaré :
« L’Australie s’oppose à la décision du cabinet de sécurité israélien d’étendre le contrôle israélien sur la Cisjordanie ».
Porte-parole du ministère des Affaires étrangères et du Commerce
« Cette décision porte atteinte à la stabilité et à la sécurité. Le gouvernement australien a clairement indiqué que les colonies sont illégales au regard du droit international et constituent un obstacle majeur à la paix. La modification de la composition démographique de la Palestine est inacceptable. Une solution à deux États reste la seule voie viable vers une paix et une sécurité à long terme pour les Israéliens comme pour les Palestiniens. »
« Accélérer les tentatives d’annexion illégale »
Les ministres des Affaires étrangères d’Arabie saoudite, de Jordanie, des Émirats arabes unis, du Qatar, d’Indonésie, du Pakistan, d’Égypte et de Turquie ont « condamné avec la plus grande fermeté les décisions et mesures israéliennes illégales visant à imposer illégalement la souveraineté israélienne », selon un communiqué saoudien.
Ils ont dénoncé une tentative de « consolider l’activité de colonisation et d’imposer une nouvelle réalité juridique et administrative en Cisjordanie occupée, accélérant ainsi les tentatives d’annexion illégale et le déplacement du peuple palestinien ».
Les mesures israéliennes envisagent également de transférer l’autorité sur les permis de construire pour les colonies de la ville palestinienne d’Hébron – la plus grande de Cisjordanie – de l’Autorité palestinienne à Israël.
D’autres questions pourraient se poser lors de la visite de M. Herzog à Canberra aujourd’hui.
L’invitation adressée à M. Herzog à se rendre en Australie était motivée par une bonne intention : soutenir une communauté juive en deuil et en choc après les événements tragiques de Bondi.
Mais il n’est guère surprenant, compte tenu des actions du gouvernement israélien au cours des deux dernières années et demie, que cette visite suscite des protestations indignées, non pas en raison de l’antisémitisme, mais parce que – tout comme le gouvernement australien – de nombreux manifestants croient en la solution à deux États, ou du moins en l’égalité des droits entre Israéliens et Palestiniens.
– Avec l’AFP
Laura Tingle est rédactrice en chef des affaires mondiales d’ABC.