La trêve fragile à Gaza a été mise à rude épreuve ce dimanche, alors que le transfert de l’aide humanitaire a été suspendu « jusqu’à nouvel ordre ». Cette décision intervient après que le Hamas a été accusé par Israël d’avoir violé le cessez-le-feu, peu après l’entrée en vigueur d’un accord censé mettre fin à une guerre dévastatrice de deux ans.
L’armée israélienne a rapporté avoir essuyé des tirs de la part de militants du Hamas dans le sud de la bande de Gaza, dimanche. En réponse, les forces israéliennes ont mené des frappes aériennes et d’artillerie sur ce qu’elles décrivent comme des dizaines de cibles du Hamas, ainsi que sur des « terroristes » s’approchant des troupes dans le nord.
Selon les autorités sanitaires palestiniennes, au moins 19 Palestiniens auraient été tués dans ces frappes israéliennes, survenues dans le centre et le sud de Gaza. Parmi les victimes, une frappe aérienne israélienne sur un café improvisé à Zawaida aurait fait au moins six morts, selon le ministère de la Santé de Gaza. Une autre frappe près du club de football Al-Ahly, dans le camp de réfugiés de Nuseirat, aurait causé la mort d’au moins deux personnes et blessé huit autres. L’hôpital Al-Awda a également rapporté avoir reçu les corps de quatre personnes tuées lors d’une frappe sur une école abritant des familles déplacées, ainsi que celui d’une personne décédée dans une frappe sur un point de chargement à l’ouest de Nuseirat. Dans le sud, une frappe dans le quartier Muwasi de Khan Younis aurait tué au moins quatre personnes, dont une femme et deux enfants. Dans le nord, deux hommes ont été tués lors de la frappe à Beit Lahiya, selon l’hôpital Shifa.
Du côté des otages, Israël a annoncé avoir identifié les restes de deux otages libérés par le Hamas au cours de la nuit. Il s’agirait de Ronen Engel, père de famille originaire du kibboutz Nir Oz, et de Sonthaya Oakkharasri, un travailleur agricole thaïlandais du kibboutz Beeri. Tous deux auraient été tués lors des attaques du 7 octobre 2023. La semaine dernière, le Hamas avait déjà remis les restes de 12 otages.
La branche armée du Hamas, les Brigades Qassam, a déclaré avoir retrouvé le corps d’un otage et qu’elle le restituerait dimanche « si les circonstances sur le terrain » le permettaient. Le groupe a mis en garde contre toute escalade israélienne qui pourrait entraver ces efforts de recherche.
Israël avait exhorté le Hamas samedi à respecter ses engagements en matière de cessez-le-feu, notamment en restituant les restes des 28 otages décédés, et a précisé que le poste frontière de Rafah resterait fermé « jusqu’à nouvel ordre ». Le Hamas a justifié les retards dans la restitution des corps par la dévastation causée par la guerre et le contrôle militaire israélien de certaines zones de Gaza. Israël, de son côté, estime que le Hamas détient plus de corps qu’il n’en a restitué.
Parallèlement, Israël a relâché 150 corps de Palestiniens à Gaza, dont 15 ce dimanche, selon le ministère de la Santé de Gaza. L’identité de ces corps n’a pas été précisée par les autorités israéliennes, qui n’ont pas non plus indiqué les circonstances de leur mort. Le ministère de la Santé palestinien a publié des photos des corps pour aider les familles à identifier leurs proches. Seuls 25 corps auraient été formellement identifiés à ce stade.
La remise des dépouilles est un point crucial de la première phase du cessez-le-feu, tout comme l’augmentation de l’aide humanitaire. Dans ce contexte, une délégation du Hamas, menée par le négociateur en chef Khalil al-Hayya, est arrivée au Caire pour discuter de la mise en œuvre de l’accord avec les médiateurs et d’autres groupes palestiniens.
Les prochaines étapes des négociations devraient se concentrer sur le désarmement du Hamas, le retrait israélien de certaines zones de Gaza et la future gouvernance du territoire. Le porte-parole du Hamas, Hazem Kassem, a souligné samedi soir que la deuxième phase des négociations « nécessite un consensus national » et que son mouvement avait entamé des discussions pour « consolider ses positions ». Le plan américain proposé prévoit la création d’une autorité soutenue par la communauté internationale pour diriger Gaza.