Home Économie J’ai lu le manuel pendant seulement 5 minutes et j’ai accepté l’essai clinique… La santé des « pauvres » s’échangeait contre 1 million de won

J’ai lu le manuel pendant seulement 5 minutes et j’ai accepté l’essai clinique… La santé des « pauvres » s’échangeait contre 1 million de won

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Publié le 2025-11-09 07:11:00. Face à des difficultés financières, de plus en plus de personnes se tournent vers les essais cliniques comme source de revenus. Cependant, cette pratique, bien que légale, soulève des questions quant à la protection des participants et à la transparence du processus.

  • Environ 1 000 essais cliniques sont menés chaque année, impliquant plus de 160 000 participants.
  • La rémunération financière est la principale motivation pour la majorité des participants, certains ayant des revenus inférieurs au salaire minimum.
  • Des lacunes dans l’information fournie aux participants et la supervision des procédures d’essai sont constatées.

Cho Ki-young, 47 ans, ancien électricien, a vu sa carrière s’effondrer suite à des « conditions commerciales défavorables ». Le chômage et une blessure au genou l’ont conduit à chercher des solutions. C’est une publicité pour le recrutement de participants à des essais cliniques qui a attiré son attention : trois jours d’hospitalisation, un médicament expérimental, et une vingtaine de prises de sang pour une rémunération financière. Malgré ses appréhensions, l’urgence de payer ses factures a primé. Les essais cliniques sont devenus son nouveau gagne-pain.

Selon le ministère de la Sécurité alimentaire et pharmaceutique, le nombre d’essais cliniques se maintient autour de 1 000 par an, avec une participation croissante. En 2024, plus de 160 000 personnes ont participé à ces études. Si certains le font pour accéder à de nouveaux traitements, une part significative s’inscrit pour la compensation financière. Une analyse du système d’information sur les médicaments révèle que près de 10 000 personnes participent chaque année à des essais sur des volontaires sains, soulignant une demande constante pour cette forme de « vente de santé ».

Une enquête menée par Hankook Ilbo auprès de participants a révélé que 86,7 % d’entre eux participaient « à cause de l’argent ». La moitié des personnes interrogées gagnaient moins que le salaire minimum, et une sur quatre n’avait aucun revenu. Bien que les montants exacts soient confidentiels, les offres de recrutement en font souvent état, avec une moyenne avoisinant le million de wons (environ 700 euros). Cette somme peut être attrayante compte tenu du faible effort physique requis pour certains tests, mais elle masque un revers moins connu.

La participation à un essai clinique impose des contraintes strictes : interdiction de prendre certains médicaments, de consommer de l’alcool, de fumer ou de faire de l’exercice pendant plusieurs mois avant et après le test. Les participants doivent également rester hospitalisés plusieurs jours, subir de multiples prélèvements sanguins, et maintenir des postures parfois inconfortables. S’ajoutent à cela les risques liés aux effets secondaires imprévisibles des nouveaux médicaments. Ces désagréments et risques sont intégralement supportés par le participant, qui signe un contrat reconnaissant sa participation volontaire. Cependant, les participants estiment que le consentement financier ne devrait pas annuler leurs droits.

Les principes éthiques des essais cliniques, tels que la Déclaration d’Helsinki, stipulent que la protection des participants est primordiale, impliquant une information complète et une prise en charge immédiate de tout inconfort. Pourtant, Hankook Ilbo a constaté que ces principes ne sont pas systématiquement respectés. Lors d’une visite dans un centre d’essais cliniques réputé, l’explication du protocole, pourtant long de 66 pages, a été menée en groupe pour cinq personnes, avec un temps imparti de seulement cinq minutes pour la lecture et la signature du formulaire de consentement. L’information sur les effets secondaires, minimisée verbalement par le médecin, contrastait avec la gravité des risques mentionnés dans le document écrit.

Dans un autre établissement, des participants ont témoigné de questionnaires de suivi expéditifs, où un médecin passait rapidement pour s’assurer qu’il n’y avait « rien de mal », interrogeant une centaine de personnes en seulement trois minutes. Un autre participant a rapporté avoir ressenti une douleur intense lors d’un prélèvement sanguin, mais sa plainte n’a suscité qu’une question sur la fluidité du flux sanguin. La peur de perdre une source de revenus et la réticence à se plaindre lorsqu’on est rémunéré contribuent à ce que de nombreux participants ne signalent pas les problèmes rencontrés.

Face à ces constats, des experts soulignent la nécessité de se conformer aux normes internationales. Le professeur Kim Byeong-soo, président du Comité coréen d’éthique de la recherche institutionnelle, insiste sur l’importance de garantir les droits des sujets de recherche. Hankook Ilbo lance une série de reportages intitulée « Trading Health: The Blind Spots of Clinical Trials », dont ce premier volet explore l' »écosystème suspect » entourant ceux qui tirent profit des essais cliniques.

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