Le discours sur l’état de l’Union prononcé mardi par Donald Trump n’était pas qu’une revue de ses politiques : c’était une performance psychologique soigneusement orchestrée, destinée à renforcer son image et à consolider son électorat, selon une analyse approfondie menée par une experte en comportement.
Shelly Dar, psychothérapeute spécialisée dans l’étude du comportement et de la confiance, a décortiqué le discours de 108 minutes, soulignant l’utilisation délibérée de tactiques de contrôle et de manipulation narratives. Selon elle, la longueur même du discours était un élément stratégique : « Un discours de 108 minutes n’est pas anodin. Cette durée impose une forme de domination, témoignant d’endurance, de commandement et d’un refus de se laisser presser, surtout à un moment où son taux d’approbation et les décisions de justice sont remis en question. »
La répétition était un autre pilier de cette stratégie. L’insistance répétée sur l’idée que « nous gagnons tellement » est, selon Dar, une technique classique d’annulation narrative. « Lorsque les indicateurs externes sont mitigés, la répétition contribue à implanter la certitude. Il s’agit moins de données factuelles que de contagion émotionnelle. Si le président semble convaincu, ses partisans se sentent rassurés », explique-t-elle.
Au-delà du contenu, le ton employé par Donald Trump a également été scruté. Bien que généralement mesuré, il a affiché une combativité contenue, notamment lors d’échanges tendus avec le juge en chef Roberts et une réponse impassible d’Amy Coney Barrett, créant une tension palpable.
Un moment particulièrement marquant du discours a été la critique adressée aux membres du Parti démocrate qui sont restés assis lorsque le président a demandé à l’assemblée de se lever pour affirmer que la protection des citoyens américains était la priorité du gouvernement, avant l’accueil des immigrants sans papiers. Shelly Dar y voit une manœuvre visant à projeter une image de force et à dépeindre l’opposition comme obstructive. « En réprimandant le tribunal tout en maintenant une distance, il lance un défi et signale aux électeurs que la résistance institutionnelle ne l’arrêtera pas », a-t-elle analysé.
L’utilisation stratégique d’éléments visuels et symboliques a également été relevée. L’invitation de l’équipe masculine américaine de hockey sur glace, médaillée d’or, en plein milieu d’une controverse concernant des moqueries présumées envers l’équipe féminine, a été interprétée comme une tentative de détourner l’attention et d’injecter une dose de patriotisme. « L’utilisation théâtrale de joueurs de hockey et de personnalités militaires injecte du patriotisme et du spectacle. Elle déplace la température émotionnelle de la controverse juridique vers la fierté nationale. C’est un ancrage stratégique », a précisé l’experte.
Le discours, ponctué de critiques envers les « boucs émissaires » nationaux et internationaux, a contribué à accentuer les divisions, mais a surtout permis, selon l’analyse de Shelly Dar, de consolider la base électorale de Donald Trump en le présentant comme un leader fort, assiégé mais victorieux.