Les mémoires de Gisèle Pélicot, survivante d’une affaire de viol collectif qui a ébranlé la France, ont été publiées ce mardi 22 octobre 2024 dans 22 langues. Son témoignage poignant, loin de se limiter à la description de l’horreur vécue, porte un message d’espoir et de solidarité à toutes les victimes d’agressions sexuelles.
Dans son livre, intitulé « Un hymne à la vie, la honte doit changer de camp », Gisèle Pélicot raconte comment son ex-mari, Dominique Pélicot, et un réseau d’hommes l’ont agressée sexuellement pendant près de dix ans, entre 2011 et 2020, après l’avoir droguée avec des sédatifs. L’affaire a conduit à un procès historique et à la condamnation de 51 hommes, dont Dominique Pélicot a écopé de 20 ans de prison. Les autres accusés ont reçu des peines allant de trois à 15 ans d’emprisonnement.
« Je voulais que mon histoire aide les autres », avait confié Gisèle Pélicot la semaine dernière sur France 5. « Aujourd’hui, je vais mieux et ce livre m’a permis de réfléchir sur moi-même, de faire le point sur ma vie. Il a fallu que j’essaye de me reconstruire sur ce champ de ruines. Aujourd’hui, je suis une femme forte. »
L’affaire Pelicot a mis en lumière les dérives de la pornographie en ligne, les forums de discussion et les conceptions erronées du consentement, contribuant à alimenter la violence sexuelle. Elle a également suscité une prise de conscience en France et à l’étranger sur la culture du viol.
La publication de ses mémoires intervient après l’adoption, en octobre dernier, d’une loi définissant le viol et les agressions sexuelles comme tout acte sexuel non consensuel. Cette nouvelle législation, inspirée de modèles similaires en Allemagne, en Belgique et en Espagne, remplace l’ancienne définition qui exigeait la preuve de la violence, de la contrainte, de la menace ou de la surprise.
L’impact du témoignage de Gisèle Pélicot dépasse les frontières françaises. La gymnaste américaine Simone Biles, elle-même victime d’abus sexuels, a salué son courage. « Gisèle a démontré au monde que ce n’est pas aux victimes d’abus sexuels d’avoir honte, mais aux auteurs », a-t-elle déclaré à la BBC. « En renonçant à son anonymat et en refusant d’éprouver de la honte, Gisèle ouvre la voie à d’autres victimes. »
Dans la librairie « Des Femmes » à Paris, de nombreuses lectrices attendaient avec impatience le jour de la sortie du livre. « J’ai envie de le lire », a confié Cécile Megueulle, admirative de Gisèle Pélicot. « Mais je me dis que le lire sera… en fait un peu effrayant. Le fait de ne pas être à sa place mais de pouvoir voir l’autre côté du miroir, comment elle l’a vécu et comment elle a réussi – je ne sais pas si on peut dire ça – à s’en sortir. »
Selma Memic, avocate genevoise, a souligné l’évolution de la perception de l’affaire : « L’affaire était connue sous le nom d' »affaire Pelicot »… et maintenant nous allons entendre parler de « Gisèle ». Alors, c’est peut-être ce que je cherche. Qui est Gisèle ? Quels sont ses sentiments ? Quel regard porte-t-elle sur ce (le procès) ? »