Publié le 21 février 2026 à 21h13. Le système éducatif marocain est à la croisée des chemins, tiraillé entre les aspirations d’une jeunesse en quête de réformes et les premiers résultats d’initiatives ambitieuses, notamment le programme des « Écoles Pionnières ». Une analyse des enjeux et des défis pour une transformation durable.
- La jeunesse marocaine revendique une réforme curriculaire, un meilleur soutien aux enseignants et une réduction des inégalités territoriales en matière d’éducation.
- Le programme « Écoles Pionnières » montre des progrès encourageants, mais son impact reste limité et ne reflète pas la réalité globale du système.
- Quinze milliards de dollars (environ 13,7 milliards d’euros) ont été investis dans l’éducation et la santé, soulevant la question des mécanismes de suivi et de responsabilisation.
L’année 2025 a marqué un tournant dans l’expression des attentes de la jeunesse marocaine, qui aspire à une vie pleine de sens et d’opportunités. Justice sociale, perspectives professionnelles et équité éducative sont au cœur de leurs préoccupations. Face à ces revendications, il est essentiel de faire le point sur les avancées et les défis à relever pour l’avenir du système éducatif.
La question de la mise en œuvre est cruciale : comment transformer les promesses et les annonces en actions concrètes ? Qui est responsable de ce suivi ? Sans une appropriation claire et un contrôle rigoureux, le progrès risque de rester illusoire. Les mouvements de jeunesse ont exprimé un écart entre les discours et la réalité, un fossé que ceux qui se soucient de l’avenir du pays doivent s’efforcer de combler.
« Au cours des six derniers mois, nous avons entendu diverses demandes de changement. Mais que savons-nous réellement des demandes spécifiques liées à l’éducation ? J’ai décidé d’examiner celles qui résonnent avec le domaine éducatif et de les utiliser comme cadre pour comprendre les progrès sur les engagements institutionnels. »
Neyla
En octobre 2025, le gouvernement a annoncé un investissement de 15 milliards de dollars (environ 13,7 milliards d’euros) dans les secteurs de la santé et de l’éducation, avec la création prévue de 27 000 emplois. L’efficacité de ces investissements dépendra de la mise en place de mécanismes de suivi et d’évaluation performants.
L’expérience des « Écoles Pionnières », lancées en 2022, offre des enseignements précieux sur la manière de traduire les politiques en actions. Un récent rapport sur ce programme pilote révèle à la fois des avancées et des lacunes persistantes :
Principales conclusions :
- Infrastructures scolaires : Des disparités importantes subsistent entre les zones urbaines et rurales, certaines écoles ne respectant pas les normes sanitaires et d’hygiène. Les établissements les moins performants souffrent d’une mauvaise gestion financière, d’un manque d’accès à l’eau potable et d’une irrégularité des réunions pédagogiques hebdomadaires.
- Enseignants : Des efforts notables ont été déployés pour améliorer les méthodes d’enseignement, notamment par la création d’un « coin lecture » dans chaque classe afin d’encourager la lecture autonome.
- Élèves : Le rapport souligne la persistance d’absences prolongées chez certains élèves (plus de 6 jours par mois). Des progrès encourageants ont été constatés en mathématiques et en langue française.
- Parents : Une communication systématique entre les parents et les enseignants a été établie et maintenue, témoignant d’une volonté de suivre les progrès des élèves.
Attention : Ces écoles pilotes ne représentent qu’un échantillon expérimental et ne reflètent pas la réalité de l’ensemble du système éducatif. L’analyse ne permet pas de mesurer la performance globale des écoles primaires publiques, et les disparités régionales en matière de niveaux d’apprentissage restent marquées. La mise en place d’un système solide de retour d’information et d’évaluation externe est essentielle pour assurer la pérennité de ces efforts.
Ces dernières années, la jeunesse marocaine s’est mobilisée en faveur d’une réforme éducative et d’améliorations structurelles. La question centrale qui se pose est de savoir comment construire un système durable, fondé sur l’appropriation, l’adaptabilité et l’apprentissage pratique à tous les niveaux, tel que le prévoit la Vision 2026.
Dans ses articles précédents, Neyla a exploré les pistes envisagées par les éducateurs, les praticiens et les décideurs politiques pour l’avenir de l’éducation au Maroc. Une priorité clé est de développer des mécanismes robustes de suivi et d’évaluation qui garantissent des résultats équitables dans toutes les régions et communautés.
Les prochains articles porteront sur l’éducation préscolaire, les compétences numériques à l’ère de l’intelligence artificielle, les parcours d’enseignement supérieur, le travail des ONG éducatives et les programmes de formation spécialisés.
Nous vivons une période de bascule significative. Le monde tel que nous le connaissons pourrait être en train de changer. La démocratie et l’esprit critique sont menacés à l’échelle mondiale, dans un contexte où le pouvoir domine et où des idéologies totalitaires s’imposent aux esprits les plus vulnérables.
Dans ce nouveau contexte sociopolitique, il est impératif de repenser notre conception de l’apprentissage et de l’enseignement. Un système éducatif solide doit donner aux jeunes un sentiment d’appartenance et d’adaptabilité. Notre système actuel, au contraire, engendre la division et risque de s’effondrer, laissant la place à des influences extérieures.
Le système éducatif que nous devons construire pour le Maroc commence par l’éducation préscolaire, qui constitue le fondement de valeurs partagées et un rempart contre l’ignorance. Il se consolide ensuite à l’école primaire, où les enfants socialisent et apprennent de leurs pairs, en parlant et en écrivant dans leur langue maternelle. Le lycée doit être un espace sûr où les jeunes peuvent s’épanouir et comprendre leur impact sur leur environnement. L’enseignement supérieur doit offrir un apprentissage pratique, permettant à chacun de se projeter dans un avenir qui correspond à ses aspirations.
J’espère que les articles de cette année nous aideront à assembler les éléments constitutifs d’un système éducatif marocain adapté à notre identité, un système qui donne une voix à la jeunesse et ne l’ignore pas.
Neyla
Sources