Publié le 2025-11-06 10:40:00. Le réalisateur Clint Bentley explore la transformation silencieuse de l’Amérique à travers le regard d’un bûcheron nomade, adapté du roman de Denis Johnson. Un portrait mélancolique d’une époque révolue et des vies qui l’ont façonnée.
- « Train Dreams » est une adaptation cinématographique du roman éponyme de Denis Johnson, racontant l’histoire d’un homme et de son pays en pleine mutation.
- Le film suit la vie de Robert Grainier, bûcheron et cheminot, de la fin du XIXe siècle aux années 1960, retraçant l’évolution des États-Unis vers la modernité.
- Joel Edgerton livre une performance mémorable dans le rôle principal, capturant la profondeur et la réserve de son personnage face aux changements sociétaux.
Après son succès avec le scénario de « Sing Sing », Clint Bentley nous offre ici un drame poignant qui puise dans la richesse du roman de Denis Johnson paru en 2011. « Train Dreams » se présente comme un portrait élégiaque de Robert Grainier, interprété par Joel Edgerton, un homme dont l’existence modeste, ponctuée par son travail de bûcheron et de cheminot dans le nord-ouest des États-Unis, reflète la marche discrète mais inexorable du pays vers la modernité au début du XXe siècle.
Le récit s’étend sur plusieurs décennies, de la naissance de Robert dans les années 1890 jusqu’à sa mort dans les années 1950. Au fil du temps, le film, qui pourrait évoquer un western ou une fable, dépeint la rencontre et le mariage de Robert avec Gladys (Felicity Jones). Ensemble, ils construisent leur avenir sur une terre sauvage de l’État de Washington, mais le destin et le passage du temps érodent lentement leur version du rêve américain. L’histoire s’achève en 1968, après le vol d’Apollo 8 autour de la lune, soulignant un arc narratif multigénérationnel empreint de tendresse et de grâce.
Visuellement, « Train Dreams » évoque la mélancolie dorée de Terrence Malick et le romantisme pionnier de « La Porte du Paradis ». Le directeur de la photographie, Adolpho Veloso, dépeint le paysage du nord-ouest du Pacifique tantôt comme une idylle, tantôt comme une frontière sauvage, et enfin comme une étendue martyrisée et réduite par le progrès. La partition subtile de Bryce Dessner résonne comme une élégie pour les forêts disparues, tandis que la narration de Will Patton renforce l’effet « malickien » et préserve la prose spirituelle et dépouillée de Johnson.
Joel Edgerton livre une performance magistrale, une véritable « expédition archéologique » où la valeur réside sous la surface. Il faut attendre une rencontre plus tardive avec le personnage de Kerry Condon, employée des services forestiers, pour découvrir des confessions émanant du héros réticent. La banalité poignante de Robert Grainier et son introspection le placent en contraste saisissant avec l’insistance hollywoodienne sur le libre arbitre, ouvrant la voie à des incursions bienvenues dans le surnaturel.
Felicity Jones apporte une profondeur touchante à Gladys, un personnage qui, sur papier, aurait pu n’être qu’une simple amoureuse. Quant à William H. Macy, il incarne un expert en explosifs volubile dont les réflexions écologiques font écho, de manière surprenante, au manifeste de Ted Kaczynski, « La Société industrielle et son avenir ».
Bien que Clint Bentley s’appuie parfois avec excès sur le lyrisme et la voix off, le sérieux et la retenue du film exercent une fascination singulière. « Train Dreams » pleure la disparition d’une certaine Amérique, mais, de manière plus émouvante, sa discrétion respectueuse rend hommage à ces bâtisseurs anonymes qui ont forgé la nation sans jamais être sous les feux des projecteurs.
Le film est disponible en salles depuis le vendredi 7 novembre et en streaming sur Netflix à partir du vendredi 21 novembre.