Publié le 14 février 2026 à 05h40. Cuba est confrontée à une crise énergétique majeure, aggravée par l’arrêt des livraisons de pétrole et la dégradation de ses infrastructures, suscitant des inquiétudes quant à l’approvisionnement en électricité et en carburant pour ses 9,5 millions d’habitants.
- La situation énergétique à Cuba est qualifiée de « extrêmement critique » par un expert du secteur.
- L’île dépendait fortement du Mexique, du Venezuela et de la Russie pour compléter sa production nationale limitée de pétrole.
- Le manque d’investissements dans l’entretien des centrales électriques et l’absence de réserves stratégiques aggravent la vulnérabilité du pays.
Jorge Piñón, chercheur à l’Energy Institute de l’université du Texas à Austin, suit de près l’évolution de la situation énergétique cubaine. Fort de trente années passées au sein de géants pétroliers tels que Shell, Amoco Oil et BP, il alerte sur la gravité de la crise. Selon ses informations, le dernier navire transportant du pétrole brut vers La Havane, le Marin océanique, a accosté le 9 janvier, après avoir chargé 85 000 barils (environ 13,6 millions de litres) au Mexique.
Cuba a besoin quotidiennement de 100 000 barils de pétrole (environ 15,9 millions de litres) pour assurer le fonctionnement de ses services essentiels, notamment l’approvisionnement en électricité et en carburant. Or, sa production nationale ne couvre plus que 40 000 barils par jour. Ces dernières années, le pays dépendait du Venezuela, du Mexique et de la Russie pour combler ce déficit. L’intervention américaine à Caracas, début janvier, a précipité la fermeture des dernières voies d’approvisionnement.
« Si d’ici mi-mars nous ne voyons pas de pétrolier à l’horizon, Cuba aura atteint le point de rupture », prévient M. Piñón, soulignant l’absence de réserves stratégiques sur l’île. « Cuba a toujours fonctionné au jour le jour, sans la capacité de constituer des stocks de sécurité. »
Le Mexique a cessé ses livraisons de pétrole à Cuba il y a plus d’un mois, mais a récemment envoyé plusieurs tonnes d’aide humanitaire à la population. M. Piñón précise que les expéditions mexicaines étaient particulièrement importantes car elles portaient sur du diesel et du pétrole brut léger, plus facile à raffiner. Pemex, la compagnie pétrolière mexicaine, avait d’ailleurs reconnu expédier environ 17 200 barils par jour vers Cuba.

La situation est d’autant plus préoccupante que 60 % des centrales thermoélectriques cubaines sont hors service, principalement en raison d’un manque d’entretien. Le manque de carburant entrave également la distribution d’eau potable, un problème qui pourrait s’aggraver dans les jours à venir. Le réseau électrique, vieillissant et endommagé, peine à assurer un approvisionnement stable, malgré les efforts pour développer les énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire, à travers de petits parcs solaires.
Jorge Piñón, qui a quitté Cuba en 1960 à l’âge de 14 ans dans le cadre de l’ Opération Peter Pan, après le triomphe de la révolution, souligne que l’histoire énergétique de Cuba a toujours été marquée par une dépendance envers des puissances pétrolières idéologiquement proches du régime : d’abord l’Union soviétique, puis le Venezuela. Un récent incendie dans une des raffineries cubaines vient aggraver la situation.
« Cuba n’a pas voulu renoncer à son modèle économique centralisé et est l’un des rares pays à encore fonctionner selon un modèle stalinien », déplore M. Piñón. « À l’exception de la Corée du Nord, je ne connais aucun autre pays avec un système économique aussi fermé et une gestion aussi déficiente. » Il estime que le régime cubain a eu plusieurs occasions de revoir sa stratégie pour éviter la crise actuelle.
M. Piñón, qui a depuis construit une carrière dans l’industrie énergétique aux États-Unis, perçoit la situation à Cuba comme « désastreuse » et craint qu’elle ne se détériore encore pour les habitants de l’île. « Il faut céder quelque part », insiste-t-il, appelant à un dialogue politique entre La Havane et Washington. « Ce qui se passe est difficile pour tous, pour les Cubains d’ici et pour les Cubains de là-bas. »