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Jornet et son sommet insensé des 14ers américains alimentés par l’huile d’olive

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Publié le 16 octobre 2025 à 08:08. L’athlète d’ultra-endurance Kilian Jornet a repoussé les limites de l’exploit sportif en bouclant un défi monumental aux États-Unis : gravir les 72 sommets de plus de 14 000 pieds (environ 4 270 mètres) dans 48 États américains et les relier à vélo en seulement 3 semaines.

  • Kilian Jornet a gravi 72 sommets de plus de 4 270 mètres à travers 48 États américains en 31 jours.
  • Au cours de ce projet nommé « States of Elevation », il a parcouru un total de 5 100 km, dont environ 4 100 km à vélo.
  • L’athlète a suivi une approche nutritionnelle et d’entraînement non conventionnelle, s’appuyant sur des décennies d’expérience en ultra-endurance.

Kilian Jornet, déjà célèbre pour ses exploits en haute montagne et en trail, vient de réaliser un nouveau prodige d’endurance, baptisé « States of Elevation ». Le défi, qui s’est déroulé sur 31 jours consécutifs, consistait à atteindre les 72 sommets les plus hauts des 48 États contigus des États-Unis, et à effectuer les liaisons entre eux à vélo. Une entreprise titanesque qui témoigne de sa capacité à repousser les limites physiques et mentales.

Le parcours de Jornet l’a mené du Colorado à Washington, en passant par l’Utah, le Nevada et la Californie. Au total, il a parcouru 5 100 kilomètres, accumulant un dénivelé positif de plus de 123 000 mètres. Plus de 4 100 kilomètres de ce périple ont été effectués sur un vélo, une discipline dans laquelle Jornet est moins familier que la course à pied en montagne.

Durant ce mois d’efforts intenses, l’athlète de 37 ans dormait en moyenne seulement quatre à six heures par nuit, dans le camping-car de son équipe. Chaque jour représentait l’équivalent d’un marathon couru et d’une étape du Tour de France effectuée, une cadence infernale pour la plupart des athlètes.

Un athlète hors norme au palmarès impressionnant

Pour comprendre l’ampleur de cette performance, il faut se pencher sur le parcours de Kilian Jornet. Ce Catalan, élevé dans les Pyrénées, a commencé l’alpinisme dès son plus jeune âge. Il est notamment le seul athlète à avoir remporté la « triple couronne » de l’ultra-trail, comprenant les courses mythiques que sont les Western States 100, la Hardrock et l’Ultra Trail du Mont Blanc (UTMB), dont il est devenu le plus jeune vainqueur en 2008.

Surnommé le « Pogi du trail et de l’ultra, et le Merckx de l’alpinisme », Jornet détient également des records de vitesse sur plusieurs sommets emblématiques, dont une double ascension de l’Everest sans oxygène, une performance qui avait suscité un vif débat.

Jornet est plusieurs fois vainqueur de la célèbre course de trail Zegama en Espagne. (Photo : Gari Garaialde/Getty Images)

Au-delà de ses exploits sportifs, Kilian Jornet est également un ardent défenseur de l’environnement et un entrepreneur, co-fondateur de la marque de chaussures de trail écologiques NNormal.

Un entraînement atypique et une nutrition audacieuse

Ce qui rend le projet « States of Elevation » particulièrement remarquable, c’est l’approche non conventionnelle de Jornet en matière d’entraînement et de nutrition. Avant de se lancer dans ce défi, le coureur n’avait pratiquement pas fait de vélo en dehors de quelques sorties occasionnelles sur home trainer. Il avait « roulé dehors deux ou trois fois dans l’année », selon ses propres dires.

Son régime alimentaire, loin des recommandations classiques pour les sports d’endurance, reposait sur une stratégie riche en graisses. L’athlète végétarien a privilégié un mélange d’avocat, d’huile de coco, de noix, de dattes et de banane, complété par des biscuits, des bonbons et des sandwichs. Cette approche nutritionnelle, bien que potentiellement déroutante, lui a permis de soutenir un apport calorique très élevé sur une longue période.

Jornet s'était à peine aventuré au-delà du home trainer avant son aventure épique d'un mois.
Jornet s’était à peine aventuré au-delà du home trainer avant son aventure épique d’un mois. (Photo : Nick Danielson – États d’élévation)

« Je ne savais pas comment je me sentirais ou comment je ressentirais les sorties à vélo », a confié Jornet dans une vidéo récapitulative. « Je n’avais jamais roulé aussi longtemps à vélo. Je m’entraîne sur le vélo à l’intérieur pour m’entraîner ou récupérer, mais cette année, j’avais sorti le vélo peut-être deux ou trois fois avant le voyage. Ensuite, je roulais 200 miles par jour dans le désert avec des températures élevées et de forts vents contraires. Mais j’ai vraiment apprécié. »

Il a également fait sensation sur les réseaux sociaux en partageant des photos où il semble consommer des « shots d’huile d’olive ». Jornet a clarifié qu’il utilisait ces huiles, ainsi que l’huile de coco, pour augmenter la densité calorique de son alimentation, estimant ses besoins quotidiens à 9 000 calories.

Des vélos adaptés à un défi multi-surfaces

Pour mener à bien son projet, Kilian Jornet a fait confiance à la marque Trek, utilisant un vélo de route Madone équipé de prolongateurs aérodynamiques et un vélo de gravel Checkpoint. Ces deux montures étaient équipées de groupes SRAM RED et de roues Bontrager Aeolus, offrant ainsi une polyvalence nécessaire pour affronter les différents types de terrains rencontrés.

Jornet a utilisé un Trek Madone et un Trek Checkpoint pour son aventure multi-surfaces. (Photo : Nick Danielson — États d’élévation)

L’athlète a passé environ 180 heures sur ses deux vélos, répartissant son temps équitablement entre la route et le gravier. L’une des étapes les plus marquantes fut une traversée de cinq jours à travers les plaines désertiques, où il a parcouru 1 400 km en 62 heures. Il a même commenté sur Strava que « compter les wagons était la partie la plus excitante » de cette section.

Une adaptation et une résilience exceptionnelles

Il est crucial de souligner que les méthodes d’entraînement et de nutrition de Kilian Jornet ne sont pas recommandables pour le commun des mortels. Son exploit repose sur des décennies d’ultra-endurance et une capacité d’adaptation physique hors norme. « Le corps est étonnant dans sa capacité d’adaptation », a-t-il expliqué. « C’était dur au début, mon corps était tendu, il combattait tout – l’effort, l’altitude, l’air sec, tout. Puis, après une semaine, il a arrêté de se battre et a commencé à s’adapter. »

Jornet a escaladé le célèbre mont Rainier de Washington à la fin de son projet. (Photo : Nick-Danielson – États d’élévation)

Son corps, habitué à des efforts extrêmes, semble avoir trouvé un équilibre remarquable. Lors de l’ascension des sommets de la Sierra Nevada, il a réussi à dormir seulement une heure et demie en 56 heures sans ressentir une fatigue excessive. « J’avais l’impression que mon corps le prenait et disait ‘c’est cool’ », a-t-il commenté.

En 2025, Jornet avait déjà réalisé des performances notables avant ce projet, terminant deuxième d’une course de 75 miles en Italie et sixième meilleur temps de tous les temps sur les 100 miles de Western States. Son moteur exceptionnel et sa résilience bizarre sont sans doute les clés de sa capacité à encaisser de tels efforts sans succomber à la blessure.

Le « shot d’huile d’olive » a fait remuer les langues sur les réseaux sociaux.
Le « shot d’huile d’olive » a fait remuer les langues sur les réseaux sociaux. (Photo : Nick Danielson — États d’élévation)

Si l’exploit de Jornet peut inspirer, il est essentiel de rappeler que suivre ses méthodes d’entraînement et de nutrition sans une préparation adéquate et une condition physique exceptionnelle mènerait probablement à l’épuisement et aux blessures. Seul un athlète possédant un bagage génétique et une expérience de plusieurs décennies dans l’ultra-endurance peut se permettre de tels écarts.

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