La bataille pour l’égalité salariale dans le football américain prend une tournure judiciaire complexe : un juge fédéral a rejeté la plainte de l’équipe féminine, affirmant qu’elle n’a pas été victime de discrimination salariale par rapport à ses homologues masculins, malgré des succès sportifs incontestables.
Cette décision, rendue vendredi par le juge R. Gary Klausner dans le district central de Californie, contredit la perception largement partagée d’une injustice, illustrée de manière cinglante par le rappeur Snoop Dogg. « Les pauvres s… de joueurs de l’équipe américaine de football, ils n’ont jamais rien gagné, ne gagneront jamais rien, ils ne sortent même pas du premier tour. Mec, payez ces dames. Les femmes devraient toucher 500 000 dollars par athlète. C’est Snoop Dogg qui le dit », avait-il déclaré après la victoire de l’équipe féminine des États-Unis (USWNT) face aux Pays-Bas pour leur quatrième titre de Coupe du Monde. La plainte pour discrimination de genre avait été déposée en mars 2019.
Le juge Klausner s’est rangé du côté de l’employeur, la Fédération américaine de football (U.S. Soccer Federation – USSF), qui soutenait que la demande de traitement salarial égal basé sur une discrimination sexuelle devait être rejetée. La fédération avait argumenté que les disparités salariales étaient dues aux différences de contrats et de rémunérations négociées avec les fédérations internationales (FIFA) et aux conditions économiques distinctes des équipes masculines et féminines.
Pourtant, les chiffres peignent un tableau contrasté. L’équipe masculine (USMNT), malgré une qualification pour la Coupe du Monde en 1930 et une médaille olympique en 1904, n’a jamais atteint le podium de la compétition reine. Parallèlement, l’USWNT affiche un palmarès impressionnant : quatre titres de Coupe du Monde féminine, dont la première en 1991, quatre médailles d’or olympiques, incluant le premier tournoi olympique féminin en 1996, et huit titres de CONCACAF Gold Cup, faisant d’elle la sélection la plus titrée du football féminin international. Malgré cette domination sportive évidente, un écart de rémunération de 730 000 dollars subsiste dans les primes de Coupe du Monde entre les deux équipes.
Selon les révélations, les joueuses de l’USWNT ont perçu 90 000 dollars de primes pour avoir atteint les quarts de finale de la Coupe du Monde. Si elles avaient bénéficié des mêmes primes que leurs homologues masculins, cette somme aurait été multipliée par six, atteignant environ 550 000 dollars par athlète. En outre, l’USMNT bénéficie de primes que les femmes n’ont pas, comme un partage de 4,5 millions de dollars entre les joueurs si l’équipe masculine atteint la phase éliminatoire de la Coupe du Monde.
Malgré la décision judiciaire, le débat sur la reconnaissance de la valeur sportive des femmes et l’égalité salariale est loin d’être clos, comme le souligne le message de Snoop Dogg : « Payez ces dames. »