Une comédie dramatique coréenne, Twinkling Watermelon, séduit le public en revisitant le voyage dans le temps avec une sensibilité nouvelle et une exploration poignante des liens familiaux. La série, diffusée depuis 2023, ne se contente pas de jouer avec les codes du genre, elle offre une réflexion touchante sur les rêves de nos parents et la possibilité de guérir les blessures du passé.
Au cœur de l’intrigue, Eun-gyeol se retrouve propulsé en 1995, où il découvre un aspect insoupçonné de son père : un jeune homme passionné de rock, épris d’une autre. Désemparé, il décide de former un groupe de musique avec son père adolescent, dans l’espoir de modifier un avenir qu’il n’a jamais vraiment compris. Cette aventure temporelle est rythmée par la musique, véritable langage universel qui transcende les époques.
Twinkling Watermelon parvient à recréer l’atmosphère des années 1990 avec une authenticité saisissante, suscitant chez les spectateurs une nostalgie, qu’ils aient grandi durant cette décennie ou qu’ils soient simplement attirés par son esthétique rétro. La série s’éloigne des clichés habituels du voyage dans le temps pour se concentrer sur la complexité des relations parentales, rappelant que nos parents ont été, eux aussi, de jeunes adultes avec leurs propres aspirations et leurs propres difficultés.
L’un des moments les plus émouvants de la série illustre cette idée : Eun-gyeol, submergé par l’émotion, observe son père Yi-chan, encore adolescent, s’exercer maladroitement à la guitare. Il réalise alors que la joie qu’il contemple est une version « volée » de l’homme qu’il connaissait en 2023. C’est cette humanité qui donne à Twinkling Watermelon sa force et sa profondeur.
La réussite de la série repose également sur la complicité entre les acteurs Ryeoun et Choi Hyun-wook. Leur jeu d’acteur, empreint de naturel, évoque une véritable amitié. Choi Hyun-wook incarne avec brio le jeune Yi-chan, tandis que Ryeoun apporte une intelligence subtile et une profondeur émotionnelle à son personnage, celui d’Eun-gyeol, un fils qui se retrouve à « élever » son propre père.
Leur dynamique est au cœur de l’histoire, culminant dans une scène particulièrement poignante où Eun-gyeol tente désespérément d’empêcher l’accident qui a causé la surdité de son père. La musique, plus qu’un simple accompagnement sonore, devient un véritable outil narratif et thérapeutique. Pour Eun-gyeol, enfant d’adultes sourds (CODA), elle est une « voix cachée », un moyen puissant d’expression.
La série aborde avec sensibilité la réalité des CODA en Corée du Sud, souvent confrontés à des difficultés sociales et à un rôle d’intermédiaire entre leurs parents sourds et une société parfois hostile. Twinkling Watermelon met en lumière les défis auxquels est confrontée la communauté sourde et muette, non pas avec pitié, mais avec empathie. La création du groupe Watermelon Sugar est ainsi l’occasion de briser les barrières et de montrer le lien profond qui unit un fils entendant à ses parents sourds.
La série explore également les pressions du système éducatif coréen et les attentes parentales rigides, suggérant que le « handicap » de certains personnages, comme Cheong-ah (interprétée par Shin Eun-soo, la version jeune de la mère d’Eun-gyeol), est parfois une construction sociale. L’interprétation réaliste des acteurs, notamment dans la scène où Cheong-ah exprime enfin sa colère et sa douleur en langue des signes, confère une crédibilité exceptionnelle à chaque personnage.
Le tableau de Frida Kahlo, « Viva La Vida », devient un symbole puissant : même blessée, la pastèque reste vibrante et sucrée, une métaphore qui reflète la force intérieure des personnages qui refusent d’être définis par leur silence. En fin de compte, Twinkling Watermelon délivre un message essentiel sur la relation que nous entretenons avec nos parents, nous invitant à les considérer non pas comme des figures d’autorité, mais comme des individus à part entière, avec leurs propres rêves et leurs propres blessures.
Dans l’épisode final, Eun-gyeol, de retour au présent, se produit avec le groupe SPINE9, tandis que son père, devenu un directeur de marque d’instruments de musique à succès, l’observe de loin. À ce stade, Eun-gyeol n’est plus seulement le fils CODA de ses parents, il est devenu le témoin des rêves scintillants qu’ils n’ont jamais pu abandonner.