Publié le 23 février 2026. Le film coréen « L’homme qui vivait avec le roi » a relancé l’affluence dans les salles obscures pendant les vacances du Nouvel An lunaire, mais un défaut visuel particulier soulève des questions sur l’avenir de l’industrie cinématographique face aux avancées de l’intelligence artificielle.
Le cinéma coréen connaît un regain de popularité, porté par le succès de « L’homme qui vivait avec le roi », réalisé par Jang Hang-jun. Le film a attiré 2,67 millions de spectateurs durant les cinq jours des vacances du Nouvel An lunaire (du 14 au 18 février), dépassant rapidement le seuil de rentabilité de 2,6 millions d’entrées. Au week-end dernier, le nombre total de spectateurs a dépassé les 5,6 millions, insufflant une nouvelle dynamique aux salles obscures.
L’œuvre de Jang Hang-jun revisite l’épisode historique de la détrônation du roi Danjong, en y ajoutant une dimension romantique centrée sur la relation entre le malheureux souverain et le chef de village Eom Heung-do. Le succès du film est également dû aux performances remarquables d’acteurs tels que Yoo Hae-jin et Park Ji-hoon, ainsi qu’à la mise en scène inventive du réalisateur.
Cependant, un élément a terni l’expérience pour certains spectateurs : un tigre généré par ordinateur (CG). Lors d’une scène cruciale où Danjong et le groupe d’Eom Heung-do sont menacés, l’animal apparaît et menace les villageois. Danjong, en exil, parvient à le tuer d’une seule flèche, une scène censée illustrer sa bravoure et son esprit royal. Malgré l’intention narrative, l’effet visuel du tigre CG s’avère peu convaincant et nuit à l’immersion.
Ce défaut, bien que mineur en apparence, prend une dimension plus importante à la lumière des récentes avancées en matière d’intelligence artificielle. Le 10 février, la société chinoise ByteDance a lancé « Sea Dance 2.0 », un modèle vidéo de génération d’IA capable de produire des images d’un réalisme saisissant. Un réalisateur irlandais, Lurie Robinson, a rapidement démontré la puissance de cet outil en publiant une vidéo sur son compte X (anciennement Twitter) mettant en scène des sosies numériques de Tom Cruise et Brad Pitt dans une scène de combat. La qualité de l’image était telle qu’il était difficile de distinguer la vidéo d’un véritable tournage.
Cette avancée technologique a suscité l’inquiétude à Hollywood, où l’on craint une utilisation non autorisée de la propriété intellectuelle et une remise en question des méthodes de production traditionnelles. Le scénariste de « Deadpool », Rhett Reese, a même déclaré :
« Je pense que la fin est probablement venue pour nous. »
Rhett Reese, scénariste de « Deadpool »
En comparaison, l’industrie cinématographique coréenne semble faire preuve d’une certaine complaisance face à cette menace. Les scènes de CG, comme celle du tigre dans « L’homme qui vivait avec le roi », ne témoignent pas d’une prise de conscience de l’urgence de la situation. Kim In-gu, directrice du département de la culture, souligne que cette attitude pourrait mettre en péril non seulement le cinéma, mais aussi l’ensemble de la culture et du contenu coréens, déjà confrontés à la concurrence et à la copie par la Chine.
L’émergence de technologies comme « Sea Dance 2.0 » rend impératif de ne pas négliger le moindre détail, même un simple tigre généré par ordinateur. L’avenir de l’industrie cinématographique coréenne, et plus largement de la culture K, pourrait en dépendre.