Le choix stratégique du parcours par le capitaine de Ryder Cup, Keegan Bradley, s’est avéré un échec cuisant, conduisant à une défaite amère pour les États-Unis face à l’Europe à Bethpage Black.
La Ryder Cup 2025, censée être une démonstration de force sur un terrain réputé impitoyable, s’est transformée en une leçon tactique pour le capitaine américain Keegan Bradley. En modifiant radicalement l’agencement du parcours de Bethpage Black, un bastion de difficulté normalement réservé aux « golfeurs de très haut niveau », Bradley a involontairement ouvert la voie à une victoire européenne, la première à l’extérieur pour l’une ou l’autre équipe depuis 2012, sur le score de 15 à 13.
Connu pour ses allées étroites et ses roughs particulièrement pénalisants, qui ont fait sa renommée lors des US Opens, Bethpage Black a été métamorphosé. Bradley a décidé d’élargir les fairways et d’abaisser la hauteur de l’herbe dans le rough. Cette décision, visant à avantager les frappeurs longs de son équipe, tels que Bryson DeChambeau et Cameron Young, s’est retournée contre lui. Au lieu de devenir un défi de précision, le parcours s’est résumé à une bataille de putting, un exercice dans lequel les Européens, menés par des cogneurs redoutables comme Rory McIlroy et Jon Rahm, ont excellé durant les deux premiers jours.
« Nous avons essayé d’aménager le parcours pour aider notre équipe. Clairement, ce n’était pas la bonne décision », a regretté Bradley dimanche soir, encore marqué par la défaite concédée par deux points. « Quand on est leader, capitaine ou entraîneur, il faut accepter la responsabilité quand les choses tournent mal. J’ai fait une erreur dans la préparation du parcours. J’aurais dû écouter davantage mon intuition. Pour une raison ou une autre, ce n’était pas la bonne approche. Les greens étaient aussi mous que j’aie jamais vu sans qu’il pleuve. Normalement, à cet endroit, ils peuvent devenir très fermes, mais ils ne l’ont jamais été. »
Si les choix de certains joueurs de Bradley ont également suscité des interrogations, c’est bien la configuration du parcours qui constitue la faute la plus grave de la semaine. La stratégie, initialement pensée pour favoriser les frappeurs les plus puissants, s’est avérée vouée à l’échec pour plusieurs raisons. Premièrement, un rough court pénalise moins les joueurs, rendant les longs clubs plus faciles à manier. Deuxièmement, les deux fers de lance européens, McIlroy et Rahm, comptent parmi les plus longs frappeurs du circuit, leur permettant de libérer leurs drives sans crainte. Enfin, même si la stratégie avait profité à DeChambeau et Young, elle a parallèlement servi les intérêts des meilleurs joueurs européens, qui ont prospéré sur un terrain parfaitement adapté à leur style.
Un facteur imprévisible a également joué un rôle crucial : l’état des greens. Les fortes pluies tombées le jeudi, combinées à un arrosage intensif préalable pour assurer la qualité du terrain, ont rendu les surfaces de putting inhabituellement molles. La faible hauteur du rough n’a fait qu’accentuer la facilité du parcours. Paradoxalement, être en dehors du fairway est parfois devenu un avantage, car cela permettait de jouer son coup sans craindre une rotation excessive de la balle. Dans un lieu comme Bethpage Black, le rough est censé représenter une pénalité significative, mais son absence a affaibli l’avantage du public local.
L’ambiance survoltée, censée déstabiliser l’équipe adverse, a perdu de son efficacité. Les Européens, habitués aux parcours exigeants et déjà forts de leur expérience en Ryder Cup (11 joueurs sur 12 avaient déjà participé à l’édition précédente à Rome), n’ont pas été mis sous pression par des coups incertains. Des joueurs comme Matt Fitzpatrick, Sepp Straka, Ludvig Åberg et Shane Lowry, qui découvraient la Ryder Cup sur le sol américain ou cherchaient à y confirmer leurs performances, ont apporté des contributions majeures. Bien que leur niveau de jeu aurait pu être le même quelle que soit la configuration du parcours, il est indéniable que Bethpage Black leur a réservé un accueil clément, offrant peu de situations inconfortables.
Bradley a dû faire face à des critiques concernant ses choix de joueurs et d’associations, comme la titularisation répétée de Collin Morikawa et Harris English, ou encore la décision d’aligner Russell Henley sur des trous impairs le vendredi aux côtés de Scottie Scheffler. Cependant, la faute la plus significative de son mandat de capitaine fut commise avant même le début des hostilités à Long Island. L’édulcoration d’un parcours notoirement difficile, alors que ses joueurs bénéficiaient du soutien du public et d’une adaptation plus aisée, s’apparente à un propre but. Bradley a reconnu sa méprise rapidement, mais la prise de conscience précoce ne peut effacer les cauchemars des tondeuses, des arroseurs et de la pluie.