Home International La Belgique met fin à l’ambition de l’UE de céder des milliards d’actifs russes à l’Ukraine | International

La Belgique met fin à l’ambition de l’UE de céder des milliards d’actifs russes à l’Ukraine | International

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Publié le 2025-10-24 18:59:00. L’Union européenne se retrouve dans une impasse concernant le transfert d’avoirs russes gelés à l’Ukraine. La Belgique, face à des incertitudes juridiques et des risques de représailles, a bloqué la proposition de prêt, semant le doute sur le financement urgent de Kiev.

  • La Belgique refuse le plan européen de prêter à l’Ukraine des avoirs russes gelés, invoquant des garanties juridiques insuffisantes.
  • Le président ukrainien Volodymyr Zelensky réclame un financement urgent pour 2026, dont le montant est estimé à 130 milliards d’euros par le FMI.
  • Malgré le blocage belge, le projet d’utiliser 140 milliards d’euros d’actifs russes n’est pas abandonné, mais la Commission européenne doit convaincre le gouvernement de Bruxelles.

L’ambition de l’Union européenne de débloquer des milliards d’euros d’actifs souverains russes immobilisés sur son territoire pour financer l’Ukraine via un prêt se heurte à un obstacle de taille. La Belgique, pays où est domiciliée une part prépondérante de ces fonds, a annulé la décision lors du sommet de jeudi dernier. Le Premier ministre belge, Bart De Wever, a justifié cette position en arguant que le projet de la Commission européenne ne lui offre pas les protections juridiques nécessaires face aux risques de représailles du Kremlin et aux implications pour Euroclear, la chambre de compensation financière hébergée sur son sol.

L’Ukraine, confrontée à un besoin de financement urgent pour assurer sa survie économique, notamment d’ici le printemps 2026, voit ses besoins s’élever à environ 130 milliards d’euros pour la période 2026-2027, selon le Fonds monétaire international (FMI). Alors que le soutien américain se réduit, l’Europe se retrouve en première ligne pour combler ce déficit. La majorité des États membres de l’UE, manquant de ressources et de liquidités, voit dans l’utilisation des avoirs russes la solution la plus viable. Bien que le projet d’utiliser les 140 milliards d’euros d’actifs russes gelés ne soit pas officiellement annulé, la Commission européenne est appelée à redoubler d’efforts pour rallier le gouvernement belge à sa cause.

« Avoir une base juridique solide n’est ni un détail ni un luxe », a rétorqué Bart De Wever, niant vouloir torpiller l’accord tout en insistant sur la nécessité de garanties solides, durables et mutualisées, c’est-à-dire apportées par tous les États membres de l’UE. Le Premier ministre belge exprime des réserves quant à la structure de la proposition de la Commission européenne. Celle-ci prévoit l’octroi à l’Ukraine d’un « prêt de réparation » sans intérêt, garanti par les soldes de trésorerie issus des avoirs souverains russes immobilisés chez Euroclear. Selon ce schéma, l’Ukraine ne rembourserait qu’une fois le conflit terminé et après le paiement des réparations par Moscou.

La Commission européenne soutient que l’essence même de ces biens souverains ne sera pas touchée, excluant ainsi toute confiscation. Cependant, Bart De Wever perçoit la mesure comme telle. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pourtant ferme sur la nécessité que « la Russie paie pour les ravages qu’elle a causés », se retrouve critiquée pour une proposition jugée hâtive, n’ayant pas résolu les doutes belges avant un sommet qui a envoyé un message d’indécision à la Russie.

Le Premier ministre belge réfute toute divergence de fond avec Bruxelles : « Soyons très clairs, la Belgique ne veut pas qu’un seul euro ne revienne à Moscou. La Russie doit payer pour les destructions qu’elle a causées en Ukraine », a-t-il martelé dans plusieurs langues, dont l’espagnol, à l’issue de la réunion européenne. Le bât blesse, c’est la méthode. Bart De Wever, nationaliste flamand de droite, recourt à une analogie pour illustrer son propos : « Nous devrions garder cette poule [les actifs immobilisés] et, au final, quand nous parlerons d’un traité de paix, alors nous pourrons mettre la poule sur la table », a-t-il coutume de dire. Les prêts innovants proposés, prévient-il, reviennent à « manger la poule », engageant ainsi l’Europe dans un « territoire juridique inconnu » et sans précédent face à un Moscou promettant « des conséquences pour l’éternité » si ses fonds sont touchés. « Même pendant la Seconde Guerre mondiale, les avoirs immobilisés n’ont pas été touchés », a-t-il rappelé.

Au-delà des considérations internationales, la prudence de Bart De Wever est également alimentée par des enjeux internes. Son gouvernement, issu d’une coalition précaire formée après sept mois de tractations, est fragilisé par des coupes budgétaires drastiques qu’il souhaite imposer, provoquant par ailleurs de fréquentes grèves nationales.

Bart De Wever assure ne pas être le seul à nourrir des doutes quant à la proposition européenne, même si tous ne l’expriment pas publiquement. Dès le début de l’initiative, plusieurs dirigeants ont fait part de leurs appréhensions, bien qu’il soit actuellement nécessaire de trouver une solution pour lancer ce que certains appellent un « tomahawk financier ».

« J’ai l’impression que plusieurs dirigeants sont partagés entre leur volonté de soutenir l’Ukraine et leur conscience qu’il existe de réels doutes » sur l’utilisation des avoirs russes, a souligné le dirigeant belge.

« Cette solution soulève des questions juridiques et des questions liées au partage des risques », a également constaté le président français Emmanuel Macron. « Les clarifications techniques ne nous ont pas permis d’achever ce dossier aujourd’hui », a-t-il reconnu à l’issue du sommet, tout en affirmant que la volonté de poursuivre la démarche était « très clairement réaffirmée ». « Le mandat a été confié à la Commission afin que nous puissions parvenir à un accord définitif en décembre », a-t-il précisé.

Les dirigeants ont chargé la Commission européenne de cartographier « dès que possible » les besoins financiers de l’Ukraine et de définir des « options de soutien financier ». Après le sommet, Ursula von der Leyen a réaffirmé que le gel des avoirs restait l’option privilégiée. « La question est de savoir comment exactement nous pouvons utiliser ces actifs », a-t-elle admis.

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