Publié le 24 octobre 2025 19:29:00. La comète interstellaire 3I/ATLAS, troisième visiteuse venue d’ailleurs jamais détectée dans notre système solaire, intrigue les astronomes par son comportement inhabituel, notamment une « anti-queue » temporaire qui pose question sur sa nature profonde.
Détectée le 1er juillet 2025 par le système d’alerte d’impact terrestre d’astéroïdes (ATLAS), cette comète est la plus imposante du genre à ce jour, avec un diamètre estimé entre 5 et 11 kilomètres. Son passage dans notre voisinage céleste suscite un vif intérêt, les télescopes du monde entier se focalisant sur ses caractéristiques surprenantes.
Une « anti-queue » qui défie les lois
Parmi les phénomènes observés, l’apparition d’une « anti-queue » pointe vers le Soleil, contredisant le comportement habituel des comètes. Normalement, le rayonnement solaire et le vent stellaire repoussent les gaz et poussières éjectés de la surface d’une comète, formant une queue s’éloignant de notre étoile. Or, 3I/ATLAS a présenté durant les mois de juillet et août une structure allongée se dirigeant dans la direction opposée de celle attendue.
Si certains y voient une possible illusion d’optique, des chercheurs comme Avi Loeb et Eric Keto suggèrent, dans une prépublication de septembre, que cette « véritable anti-queue » pourrait être un phénomène physique réel, non dû à la perspective terrestre. Ce concept d’anti-queue n’est cependant pas entièrement nouveau ; des observations similaires remontent au moins à 1974, comme pour la comète Kohoutek, expliquées par la dispersion des plus gros fragments éjectés du noyau qui ne réagissent pas immédiatement au vent solaire.

Transformation et indices sur sa composition
Le comportement de 3I/ATLAS a cependant évolué de manière spectaculaire en septembre. De nouvelles images révèlent le passage de cette « anti-queue » à une formation plus conventionnelle, s’éloignant du Soleil. Cette métamorphose, documentée dans une étude préliminaire non encore évaluée par des pairs par David Jewitt et Jane Luu, est jugée cruciale pour comprendre la composition et l’évolution de l’objet.
Les données spectroscopiques obtenues grâce au télescope spatial James Webb indiquent que le dioxyde de carbone serait le principal moteur de l’activité de cette comète. Les jets de gaz et de poussières qu’il génère, en fonction de leur taille et de leur vitesse d’éjection, mettent un temps variable à former une queue visible. L’observation du 2 août par le Teide Twin Telescope, montrant un large jet de poussière et de gaz en éventail pointant vers le Soleil, corrobore cette explication naturelle. Selon l’astrophysicien Miquel Serra-Ricart, il s’agit là d’un phénomène classique, déjà observé sur d’autres comètes comme NEOWISE en 2020.

Débat sur l’origine : naturelle ou artificielle ?
Alors que la comète s’approche de son périhélie, prévu le 29 octobre, les scientifiques estiment sa perte de masse entre juillet et octobre à environ 2 millions de tonnes. Ce chiffre, bien que considérable, ne représente qu’une infime fraction (0,00005 %) de sa masse totale estimée à plus de 33 milliards de tonnes, selon les calculs d’Avi Loeb et ses collaborateurs.
La nature inhabituelle de 3I/ATLAS a relancé le débat sur son origine. Avi Loeb, connu pour ses théories audacieuses, a suggéré que le passage de l’anti-queue à une queue classique pourrait être interprété comme une « technosignature », c’est-à-dire une preuve de manœuvres contrôlées par une technologie artificielle. Son collègue Adam Hibberd a même évoqué la possibilité d’une tentative d’insertion sur une orbite héliocentrique.
Cependant, la grande majorité des astronomes maintiennent que 3I/ATLAS est un objet naturel, à l’instar de ‘Oumuamua. Des observations futures, notamment celles issues de la caméra HiRISE du rover martien (dont la publication est attendue), devraient apporter des éclaircissements décisifs sur la véritable nature de ce visiteur venu des profondeurs de l’espace.
La comète sera de nouveau visible en novembre et se rapprochera de la Terre en décembre, offrant aux astronomes une nouvelle opportunité d’étudier cet astre énigmatique.