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La BoJ prévoit une hausse des taux à court terme, le yen pourrait influencer le calendrier

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Publié le 2025-10-31 18:10:00. Le gouverneur de la Banque du Japon, Kazuo Ueda, a laissé entendre une possible hausse des taux d’intérêt dans un avenir proche, le calendrier dépendant de l’évolution des salaires et, de plus en plus, de la faiblesse du yen.

  • Le gouverneur conciliant de la Banque du Japon (BoJ) a clairement indiqué qu’une hausse des taux pourrait intervenir bientôt.
  • La BoJ pourrait disposer de suffisamment d’informations sur la « dynamique initiale des salaires » d’ici décembre.
  • Une prudence excessive pourrait reporter la décision à janvier.
  • La récente dépréciation du yen exerce une pression accrue sur la BoJ pour une décision en décembre.
  • Malgré le soutien politique, des remarques extérieures pourraient tempérer la pression pour un resserrement immédiat.

Lors d’une conférence de presse tenue le 30 octobre 2025 à Tokyo, Kazuo Ueda, le gouverneur de la Banque du Japon (BoJ), a modulé ses récentes déclarations qui semblaient anticiper une hausse des taux d’intérêt en décembre ou janvier. La banque centrale a maintenu son taux directeur à 0,5 % lors de sa réunion, une décision conforme aux attentes. Toutefois, M. Ueda a souligné que la probabilité de voir se concrétiser son scénario de base s’était accrue, une formulation qu’il avait précédemment utilisée pour signaler une action imminente.

Le conseil d’administration de la BoJ a par ailleurs révisé à la hausse ses prévisions de croissance pour l’année en cours et a ajusté sa vision des perspectives de reprise économique du Japon dans un rapport trimestriel. Tout en reconnaissant les incertitudes mondiales persistantes, la banque centrale affiche un optimisme prudent.

« Les propos de Ueda contiennent de nombreux signaux indiquant que, sauf chocs majeurs sur l’économie ou les marchés américains, la probabilité d’une hausse des taux à court terme augmente », a analysé Takeshi Yamaguchi, économiste en chef pour le Japon chez Morgan Stanley MUFG Securities. Selon lui, l’expression « dynamique initiale » suggère que la BoJ ne devrait pas attendre les résultats définitifs des négociations salariales de mars, prédisant une hausse des taux dès décembre.

D’autres données économiques clés sont attendues avant la prochaine réunion de politique monétaire de la BoJ, prévue les 18 et 19 décembre. Celles-ci incluront les rapports sur les bénéfices des entreprises et l’enquête de conjoncture « tankan » de la banque centrale, dont les résultats seront publiés le 15 décembre. Ces indicateurs fourniront des éclaircissements cruciaux sur l’évolution des salaires pour l’année à venir.

Le principal regroupement syndical japonais a déjà annoncé qu’il demanderait des augmentations de salaires d’au moins 5 % pour 2026, marquant ainsi la quatrième année consécutive de revendications salariales ambitieuses, malgré les défis économiques extérieurs. Des indices précoces sur la fixation des salaires par les constructeurs automobiles, un secteur particulièrement surveillé par M. Ueda, pourraient également émerger. L’année dernière, les syndicats des grands constructeurs avaient défini leurs objectifs d’augmentation salariale en décembre.

La pression interne au sein du conseil d’administration de la BoJ pour une action rapide se fait également sentir. Deux membres ont réitéré leur proposition, formulée en septembre, de relever les taux à 0,75 %. Sur la scène internationale, le secrétaire adjoint au Trésor américain, Scott Bessent, a récemment exhorté le gouvernement japonais à laisser à la BoJ une marge de manœuvre pour ajuster sa politique monétaire et à éviter une dépréciation excessive du yen. L’actuelle Première ministre, Sanae Takaichi, connue pour sa sympathie envers une politique monétaire expansionniste, pourrait trouver un intérêt politique à initier un resserrement monétaire dès le début de son mandat, selon certains analystes.

« Un bloc de faucons s’est solidifié au sein du comité politique de la BoJ », a commenté Frédéric Neumann, économiste en chef pour l’Asie chez HSBC, anticipant une hausse des taux en décembre. Il ajoute qu’un « défenseur extérieur pousse au resserrement monétaire » en la personne de Scott Bessent.

Le yen complique le calendrier

Malgré ces indices, la BoJ pourrait opter pour une approche plus prudente et attendre sa réunion des 22 et 23 janvier. Cette date coïnciderait avec la finalisation des plans budgétaires et des politiques économiques de l’administration Takaichi, et permettrait à la BoJ de présenter une analyse plus approfondie justifiant une hausse des taux dans son rapport trimestriel attendu après cette réunion. Cependant, le moment exact de la décision pourrait être largement influencé par l’évolution du yen. Une nouvelle faiblesse de la monnaie japonaise entraînerait une augmentation des coûts d’importation et une poussée inflationniste.

Le yen a atteint jeudi son plus bas niveau depuis neuf mois face au dollar, et ce, malgré les commentaires plus fermes de M. Ueda. Les données publiées vendredi ont révélé une accélération de l’inflation sous-jacente des prix à la consommation dans la capitale japonaise en octobre, un indicateur avancé des tendances nationales, qui demeure au-dessus de l’objectif de 2 % de la banque centrale. De nouvelles hausses du coût de la vie iraient à l’encontre de l’engagement de Mme Takaichi à atténuer l’impact de l’inflation sur les ménages.

Akira Otani, ancien dirigeant de la BoJ et actuel directeur général de Goldman Sachs Japon, anticipe une hausse des taux en janvier, estimant que suffisamment de données permettront alors de déterminer si les entreprises résisteront aux tarifs douaniers et maintiendront leur politique d’augmentation des salaires. Toutefois, il considère le yen comme un facteur susceptible de modifier ce calendrier. « Pour l’instant, nous ne voyons pas de fortes chances d’une hausse des taux en décembre », a-t-il déclaré, « mais la possibilité pourrait s’accroître si la chute du yen s’accélère et augmente le risque d’une inflation dépassant les prévisions de base de la BoJ faites en octobre. »

Reportage de Leika Kihara ; Montage par Kim Coghill

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