Publié le 2025-11-04 17:09:00. Des données de localisation téléphonique commerciale, obtenues par des médias européens, ont permis de retracer des centaines d’appareils utilisés par des responsables de l’UE et de l’OTAN jusqu’à leurs domiciles en Belgique, soulevant de vives inquiétudes quant à la sécurité et à l’espionnage.
- Des centaines d’appareils appartenant à des fonctionnaires européens et de l’OTAN ont été localisés à des adresses privées en Belgique grâce à des données commerciales.
- Cette révélation, déjà abordée dans une précédente enquête sur des données irlandaises, suscite des craintes de sécurité et d’espionnage.
- La Commission européenne et plusieurs eurodéputés appellent à des mesures renforcées pour protéger les données sensibles.
Une enquête menée par un consortium de journalistes européens (Allemagne, France, Belgique, Pays-Bas) a analysé 278 millions de signaux de localisation de téléphones mobiles en Belgique. Ces données, achetées légalement auprès de courtiers, ont permis d’identifier des mouvements liés à 264 appareils au siège de la Commission européenne (Berlaymont) et à 543 autres au quartier général de l’OTAN. Dans certains cas, les enquêteurs ont pu remonter jusqu’aux domiciles des individus.
Parmi les personnes dont les déplacements ont été identifiés figurent cinq employés de l’UE, dont un haut fonctionnaire de la Commission, un diplomate de haut rang, ainsi que du personnel du Parlement européen et du Service européen pour l’action extérieure. Deux d’entre eux ont confirmé l’exactitude des données concernant leurs déplacements quotidiens.
Cette affaire fait écho à une précédente enquête diffusée en septembre, qui avait révélé la facilité avec laquelle des données détaillées sur les mouvements d’utilisateurs de smartphones irlandais pouvaient être acquises auprès de courtiers du secteur de la publicité numérique. Une équipe de journalistes avait alors pu obtenir un échantillon de données montrant les déplacements précis de 64 000 smartphones irlandais sur deux semaines, permettant d’identifier des appareils provenant de lieux sensibles comme le parlement, des prisons ou des bases militaires, et de les relier à leurs adresses résidentielles. Ces révélations avaient déjà suscité une enquête de la Commission de protection des données irlandaise.
En réponse à ces nouvelles révélations, la Commission européenne a indiqué avoir publié de nouvelles directives pour son personnel concernant les paramètres de suivi publicitaire sur les appareils professionnels et privés, et avoir informé les autres entités de l’Union ainsi que les équipes de réponse aux incidents de sécurité informatique (CSIRT) des États membres. Un porte-parole de l’OTAN a quant à lui déclaré que l’Alliance était « pleinement consciente des risques généraux que la collecte de données par des tiers fait peser sur l’Alliance » et avait pris des mesures pour les atténuer.
Plusieurs eurodéputés irlandais ont réagi vivement. Billy Kelleher (Fianna Fáil) a estimé que le cadre européen de protection des données « n’est clairement pas assez loin » et qu’il était nécessaire de considérer les données comme une question de sécurité nationale, notamment face aux menaces d’acteurs malveillants cherchant à déstabiliser l’Union. Il plaide pour un renforcement de la législation existante ou une nouvelle réglementation pour améliorer l’application et la compréhension par les citoyens de l’utilisation de leurs données. Maria Walsh (Fine Gael), membre de la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures, a souligné que les lois européennes « ne parviennent pas à protéger la sécurité européenne et nos citoyens », qualifiant la marchandisation de la vie privée d’« odieuse » et de « menace majeure pour la sécurité européenne ». Elle a insisté sur la nécessité d’une application plus stricte des règles actuelles et de nouvelles lois face aux menaces émergentes, soulignant que la Russie et d’autres acteurs hostiles à l’UE étaient susceptibles d’exploiter ces données. L’eurodéputé indépendant Michael McNamara a abondé dans ce sens, estimant que ces données représentaient un risque potentiel pour la sécurité, tant au niveau national qu’européen, et constituaient une « énorme atteinte à la vie privée ». Il a critiqué l’orientation actuelle à Bruxelles vers la déréglementation, plaidant pour des lois plus efficaces protégeant la confidentialité des données des citoyens et de leurs représentants démocratiques.